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Plus vous êtes modeste, mieux vous maîtrisez ce trait clé de votre personnalité

Publié par Killian Ravon le 16 Fév 2026 à 19:00

La modestie passe souvent pour une vertu discrète, presque invisible dans une époque qui encourage l’affirmation de soi. Pourtant, une étude récente suggère qu’elle pourrait offrir un avantage très concret : une meilleure régulation des émotions, y compris face au rejet. Derrière cette idée un peu contre-intuitive, des chercheurs ont observé des mécanismes cérébraux précis, qui aident certains profils à encaisser sans se crisper et à apprécier un compliment sans s’y accrocher.

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Modestie et régulation émotionnelle : une jeune femme calme dans un scanner IRM, avec un cerveau en surimpression et des feedbacks sociaux.
Face au jugement social (approbation ou rejet), la modestie serait associée à une meilleure stabilité émotionnelle, suggèrent des travaux en IRM.

Dans un monde où la performance sociale se mesure parfois au volume de l’ego, ces résultats interrogent. La modestie serait-elle moins une posture morale qu’un outil psychologique ? Et si, au fond, « prendre moins de place » aidait à respirer plus large ? On associe souvent ce trait à une forte personnalité qui n’a pas besoin de l’approbation constante des autres.

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Le campus de Peking University, cadre du recrutement de l’étude. Crédit : for3w.
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Quand la modestie devient une compétence émotionnelle

On confond souvent modestie et effacement. Or, dans la littérature scientifique, le trait est plutôt associé à une manière de se situer : moins centré sur son statut, plus attentif à la valeur et aux apports des autres. C’est exactement la définition retenue dans une étude publiée dans Human Brain Mapping, reprise ensuite par le média PsyPost.

L’intérêt, ici, n’est pas de départager les « gentils » des « vaniteux ». Les chercheurs cherchent plutôt à comprendre un point précis : comment la modestie influence le traitement d’un feedback social, en particulier quand il est négatif ou inattendu. Dans les relations sociales, cela évite par exemple de toujours interrompre les autres pour ramener la couverture à soi.

Les interactions de groupe sont un terrain classique du feedback social. Crédit : Harless Todd.
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Une expérience qui simule le jugement social, en conditions contrôlées

Pour observer ce mécanisme, l’équipe a recruté 54 adultes chinois à l’université de Pékin. Après exclusions (mouvements trop importants pendant l’IRM, ou trop peu d’essais dans certaines conditions), l’échantillon final comptait 47 participants, âgés de 18 à 28 ans.

Le protocole repose sur un dispositif connu en psychologie sociale : le Social Judgment Paradigm. Concrètement, chaque participant pense être évalué par des pairs à partir de sa photo et de son profil. Pendant la séance d’IRM fonctionnelle, il voit la photo d’un « évaluateur » et doit prédire s’il va être « aimé » ou « pas aimé », avant de recevoir le feedback.

L’IRM fonctionnelle permet d’étudier la régulation émotionnelle en situation expérimentale. Crédit : KasugaHuang.
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Rejet inattendu : pourquoi certains ruminent moins

Le rejet fait rarement plaisir, mais il n’a pas le même poids selon la manière dont on l’interprète. C’est là que la modestie semble jouer un rôle : elle limiterait la bascule vers une lecture « tout est contre moi », et réduirait la rumination quand le feedback surprend.

Dans l’étude, les chercheurs ont aussi mesuré des stratégies de régulation émotionnelle. Un résultat ressort nettement : la modestie est négativement corrélée à la suppression expressive (le fait de cacher/étouffer ses émotions). Plus les participants étaient modestes, moins ils utilisaient cette stratégie.

Ce point peut sembler technique, mais il dit beaucoup. La suppression expressive donne parfois l’impression d’être « solide », alors qu’elle coûte cher mentalement. Sur le long terme, elle peut même réduire l’accès aux émotions positives, parce qu’on finit par tout verrouiller, y compris la joie.

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Ce que l’IRM suggère sur le « mode de traitement » des personnes modestes

Les auteurs rapportent que la modestie module l’activité cérébrale selon les situations, notamment quand le feedback est inattendu. L’idée générale : au lieu de se recroqueviller sur soi, le cerveau traiterait davantage le contexte social, la signification et la réévaluation de l’information.

Dans leur résumé, ils indiquent aussi des différences d’activation dans plusieurs régions impliquées dans le suivi des attentes et la régulation émotionnelle (dont des zones associées au contrôle cognitif et à l’évaluation de la valeur). Il est prouvé que ces personnes ont une gestion cognitive plus fluide des interactions.

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Les participants sont installés dans l’appareil pendant les tâches et la collecte des signaux. Crédit : Svadg.

La modestie n’empêche pas d’aimer les compliments

Un stéréotype persistant voudrait que les personnes modestes n’aiment pas être félicitées. Or, le papier insiste sur l’inverse : elles peuvent apprécier l’acceptation, et leur cerveau réagit aussi à la récompense sociale. La différence se jouerait plutôt sur la dépendance au regard des autres, car arrêter de courir après les compliments est un signe de maturité.

Cette nuance est importante, parce qu’elle remet la modestie à sa place : pas un renoncement, mais une stabilité. Recevoir un compliment devient un signal agréable, sans forcément être une « preuve » qu’on vaut quelque chose. Et encaisser une remarque négative devient une information à traiter, pas une attaque identitaire.

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L’humilité intellectuelle : le cousin qui éclaire bien l’histoire

Pour prolonger le sujet, on peut regarder un trait proche : l’humilité intellectuelle. En 2017, une équipe associée à l’université Duke (dont le psychologue Mark Leary) a décrit cette disposition comme l’opposé de l’arrogance intellectuelle : on peut avoir des convictions fortes tout en restant conscient de sa faillibilité.

Dans plusieurs études, les chercheurs rapportent que les personnes intellectuellement humbles évaluent mieux la qualité des preuves et distinguent plus facilement un argument solide d’un argument faible, même sur des sujets du quotidien. Ce lien est intéressant, parce qu’il rapproche deux gestes mentaux. D’un côté, réguler ses émotions face au rejet. De l’autre, réguler son ego face à l’idée d’avoir tort. Dans les deux cas, il faut accepter une forme d’inconfort sans se rigidifier.

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Une représentation artistique de la modestie, bien avant les débats modernes sur l’ego. Crédit : Atelier de Herman Hahn.

Pourquoi notre culture récompense l’inverse (et ce que ça change)

La modestie reste rarement « bankable ». Les réseaux sociaux, le personal branding, certains codes professionnels : tout pousse à se vendre, à occuper l’espace, à raconter une histoire très centrée sur soi. Cette dynamique peut donner l’impression que la modestie est un handicap, parce qu’elle fait moins de bruit.

Pourtant, la compétence la plus recherchée dans beaucoup de situations n’est pas de briller. C’est de rester stable quand ça pique, de ne pas se fermer quand on est contredit, et de garder une relation saine à la reconnaissance. Sur ce terrain-là, l’étude apporte une piste : certains profils, moins tournés vers la mise en avant, paient peut-être moins cher émotionnellement les aléas du jugement social.

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Une force tranquille, pas un effacement

La modestie n’est ni une posture molle, ni une morale de façade. Les données suggèrent plutôt une manière plus souple de gérer le feedback social : moins de suppression expressive, moins de recentrage égocentré quand une remarque surprend, et une capacité à rester présent émotionnellement. On reconnaît souvent ce trait à travers certaines phrases qui dévoilent une forte intelligence émotionnelle.

Rien ne dit qu’il faut devenir « modeste » comme on enfilerait un manteau. En revanche, on peut retenir une idée simple : plus l’ego a besoin d’être protégé, plus le rejet fait mal. Et plus on s’autorise à être un élément parmi d’autres dans un monde plus vaste, plus on peut respirer dans la critique. La modestie, au fond, n’est peut-être pas le fait de se diminuer. C’est surtout l’art de ne pas se laisser dévorer par le regard des autres.

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