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Surnommée « la lèpre des maisons », cette masse blanche sous les plinthes peut coûter jusqu’à 100 000 euros

Publié par Hannah Maline le 21 Avr 2026 à 10:30

Un duvet blanc, cotonneux, presque nacré, qui s’étire au pied d’une plinthe ou dans un recoin de cave. Le réflexe de la plupart des propriétaires : un coup d’éponge, un spray anti-moisissure, et on n’y pense plus. Sauf que cette masse duveteuse n’a rien à voir avec les traces noires d’une salle de bain mal ventilée. Derrière ces filaments se cache le champignon lignivore le plus destructeur connu en Europe — et la loi vous oblige à réagir sous 30 jours.

Pourquoi un simple coup d’éponge peut déclencher une catastrophe

Son nom scientifique : Serpula lacrymans. Son surnom : la lèpre des maisons. La mérule pleureuse se manifeste d’abord par une substance qui ressemble à de la ouate épaisse ou à une toile d’araignée blanche, virant progressivement au gris. L’aspect est si anodin que la majorité des gens confondent ces filaments avec une moisissure classique.

Filaments blancs de mérule sous une plinthe en bois

Premier réflexe à bannir absolument : gratter la zone ou l’asperger d’eau de Javel. En grattant, vous libérez des millions de spores volatiles qui coloniseront le reste de la maison. L’eau de Javel, quant à elle, ne tue pas le mycélium en profondeur et apporte l’humidité supplémentaire dont le champignon raffole. Si vous avez repéré des traces suspectes sur vos murs, la prudence impose de ne toucher à rien avant un diagnostic professionnel.

Ce qui rend la mérule redoutable, c’est sa vitesse. Lorsque les conditions sont réunies — un taux d’humidité du bois supérieur à 20 % et des températures entre 20 et 26 degrés —, elle progresse jusqu’à 12 centimètres par semaine dans toutes les directions. Trois mois suffisent parfois pour qu’une charpente entière devienne irrécupérable. Mais le pire reste invisible.

Des filaments capables de traverser un mur en pierre

Les syrrotes — ces filaments gris argenté du mycélium — peuvent atteindre plusieurs mètres de longueur. Ils s’insinuent au cœur du bois, prospectent à travers les joints de maçonnerie et n’hésitent pas à franchir les murs mitoyens. Concrètement, la mérule peut traverser un mur de pierre et attaquer la charpente de votre voisin sans que personne ne s’en aperçoive pendant des mois.

Dans la majorité des cas, elle se développe derrière un doublage, ce qui explique sa détection tardive. Chaque cave mal ventilée, chaque mur fissuré laissant entrer l’eau de pluie, chaque vide sanitaire oublié depuis vingt ans constitue un terrain de jeu idéal. Son activité ne se limite pas à un problème esthétique : elle peut affecter la structure même du bâtiment. Dans les cas les plus extrêmes, des effondrements partiels ont été documentés.

Sur le plan sanitaire, la mérule entraîne chez l’homme des problèmes respiratoires — bronchite, asthme —, des sinusites, des otites et diverses allergies. Pour les personnes âgées ou souffrant de pathologies respiratoires chroniques, vivre dans un logement infesté sans le savoir représente un risque de santé bien réel. Et certaines régions sont infiniment plus exposées que d’autres.

Cinquante départements français sous arrêté préfectoral

La Bretagne est en première ligne. Son climat doux et son taux d’humidité élevé offrent des conditions idéales au développement du champignon. Les maisons en granit des années 1950, rénovées à la va-vite avec un doublage intérieur plaqué contre un mur froid, sont devenues de véritables bombes à retardement mycologiques. Les murs en pierre, s’ils ne sont pas correctement isolés, favorisent les remontées capillaires et les infiltrations d’eau.

Maison bretonne en pierre avec traces d'humidité

La Normandie n’est pas épargnée non plus. Ses nombreuses maisons à colombages, aussi charmantes soient-elles, offrent une source abondante de nourriture pour ce champignon vorace. Les constructions anciennes avec leurs caves et vides sanitaires mal ventilés constituent un terrain propice. L’importance d’aérer correctement son logement prend ici une dimension toute particulière.

Au total, le Grand Ouest (Bretagne, Pays de la Loire, Normandie), le Nord de la France et la région Île-de-France — y compris Paris — concentrent l’essentiel des foyers identifiés. Environ cinquante départements français sont aujourd’hui concernés par des arrêtés préfectoraux délimitant des zones à risque. Mais même en dehors de ces zones, la loi s’applique. Et c’est là que beaucoup de propriétaires tombent des nues.

30 jours pour déclarer en mairie : ce que dit la loi ALUR

Depuis la loi ALUR de 2014, tout propriétaire ou occupant qui découvre la présence de mérule dans son logement a l’obligation légale de la déclarer en mairie. Pas seulement en cas de vente. Pas seulement en zone classée à risque. Dans tous les cas. L’article L. 133-7 du Code de la construction et de l’habitation impose un délai de 30 jours dès la constatation, même si l’infestation résulte d’un sinistre.

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Un détail pratique que beaucoup ignorent : pour effectuer cette déclaration, il est possible d’utiliser le formulaire Cerfa dédié aux termites en remplaçant simplement « termites » par « mérule », ou de rédiger une déclaration sur papier libre. La logique derrière cette obligation est collective : chaque signalement individuel alimente une cartographie qui protège l’ensemble des habitants d’une commune, y compris les futurs acheteurs de biens voisins.

La sanction pour non-déclaration s’élève à 1 500 euros d’amende. Mais le risque financier réel va bien au-delà. La présence de mérule non déclarée lors d’une vente immobilière constitue un vice caché pouvant entraîner l’annulation de la transaction ou des poursuites judiciaires. Selon la jurisprudence actuelle, la responsabilité du propriétaire peut être engagée, ainsi que celle des intermédiaires professionnels — agent immobilier, diagnostiqueur, notaire — en cas de dissimulation ou de manquement au devoir de conseil.

Lorsque des foyers sont identifiés dans une commune, le conseil municipal déclare tout ou partie du territoire comme zone à risque, informe la préfecture, et un arrêté préfectoral est pris. Votre déclaration déclenche donc un mécanisme de protection à l’échelle du quartier. Reste la question qui fâche : combien ça coûte de s’en débarrasser ?

De 200 euros pour le diagnostic à 100 000 euros de travaux

Le premier palier, c’est le diagnostic. Son prix varie en fonction de la nature de la charpente, de la présence ou non d’une cave et de la superficie du logement. Comptez entre 200 et 600 euros. Si l’infestation est confirmée, le traitement curatif coûte entre 100 et 250 euros par mètre carré selon l’ampleur des dégâts.

Diagnostiqueur mesurant l'humidité d'une poutre infestée

Pour illustrer : une cave de 30 m² touchée à mi-chemin de son développement représente une facture de 5 000 à 7 500 euros, hors remise en état des bois et maçonneries. Pour les murs humides ayant favorisé le champignon, une injection de résine hydrophobe dans les maçonneries est souvent nécessaire afin de couper les remontées capillaires — comptez environ 100 euros par mètre linéaire. Sans traitement préalable de la source d’humidité, toute éradication est vouée à l’échec.

Le traitement complet doit inclure trois étapes : la suppression des sources d’humidité (infiltration, remontée capillaire, fuite), l’assèchement des murs par drainage, injection de résine ou ventilation, puis la réfection des matériaux poreux contaminés. Quand l’humidité ambiante n’est pas maîtrisée, la récidive est quasi certaine. Le coût total des travaux de réparation peut varier de 10 000 à plus de 100 000 euros selon l’étendue des dégâts et la rapidité d’intervention.

Les aides financières que peu de propriétaires réclament

Une bonne nouvelle toutefois : les travaux de traitement de la mérule ouvrent droit au taux réduit de TVA à 10 % lorsqu’ils s’inscrivent dans une rénovation globale. L’Agence Nationale de l’Habitat (ANAH) propose des subventions pour la rénovation des logements anciens, sous conditions de ressources. Les propriétaires bailleurs peuvent bénéficier d’aides spécifiques pour traiter les problèmes d’humidité et de champignons.

Pour un retraité propriétaire en Bretagne aux ressources modestes, ces dispositifs peuvent couvrir une part significative de la facture. Encore faut-il avoir déclenché les démarches à temps — c’est-à-dire dès les premiers filaments blancs sous la plinthe. Six mois d’attente en espérant que le problème disparaisse de lui-même, c’est souvent la différence entre un traitement localisé à quelques milliers d’euros et une rénovation structurelle à six chiffres. Le sujet de la hausse des assurances habitation rend d’autant plus crucial le fait d’agir rapidement : mieux vaut un diagnostic à 400 euros aujourd’hui qu’un sinistre non couvert demain.

Au final, ces filaments blancs cotonneux qui semblent si anodins sous une plinthe sont peut-être le signal d’alerte le plus coûteux qu’une maison puisse envoyer. Le seul réflexe à avoir : ne toucher à rien, appeler un diagnostiqueur certifié, et déclarer en mairie dans les 30 jours. Le champignon, lui, n’attend pas.

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