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Installée aux États-Unis, Surya Bonaly règle ses comptes avec la France

Publié par Killian Ravon le 17 Fév 2026 à 12:30

À 52 ans, Surya Bonaly n’a rien perdu de son franc-parler. Installée entre Las Vegas et, par périodes, le Midwest américain. L’ancienne star du patinage artistique explique pourquoi elle a fini par reconstruire sa vie loin de la France. Derrière l’image de la championne qui défiait la gravité. Ele décrit une reconversion compliquée, un sentiment de mise à l’écart et une comparaison très directe entre les systèmes français et américain.

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Surya Bonaly, ex-championne de patinage français, en portrait (exil aux États-Unis)
Surya Bonaly raconte sa reconversion de coach aux États-Unis et son sentiment d’avoir été mise à l’écart en France. Kingkongphoto & www.celebrity-photos.com
(Flickr)

Surya Bonaly, née à Nice le 15 décembre 1973, a marqué le patinage français comme peu d’athlètes avant elle. Comme d’autres personnalités publiques, Surya Bonaly fait partie de ces stars qui ont été adoptées. Neuf fois championne de France, cinq fois championne d’Europe et trois fois vice-championne du monde, elle a construit un palmarès gigantesque dans une discipline où la conformité compte parfois autant que la technique.

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Un style athlétique

Son style, très athlétique, s’appuyait sur une explosivité rare et une culture gymnique assumée. Or, dans les années 1990, les juges valorisent encore fortement une certaine “ligne” et une esthétique jugée plus classique. De son côté, Bonaly racontera à plusieurs reprises s’être sentie évaluée autrement, y compris sur des critères liés à son identité et à son style de patinage.

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Le moment le plus gravé dans la mémoire collective reste son salto arrière aux Jeux olympiques de Nagano, en 1998. La figure est alors interdite en compétition, et la Française la tente tout de même dans son programme libre, avec une réception spectaculaire sur un pied. La séquence devient instantanément un symbole : celui d’une patineuse qui refuse de rentrer dans le moule, quitte à être pénalisée.

Avec le recul, ce salto a aussi pris une autre dimension, parce que la règle a évolué. L’Union internationale de patinage (ISU) a acté la levée de l’interdiction des saltos pour la saison 2024-2025, un changement qui résonne forcément avec l’histoire de Bonaly. Et aux JO 2026, l’Américain Ilia Malinin a remis le geste sous le projecteur olympique, cette fois sans sanction.

Nagano, théâtre du salto arrière qui a changé l’histoire de Surya Bonaly. Crédit : Christophe95.
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Le paradoxe Bonaly : pionnière applaudie, mais rarement “installée”

Le paradoxe est là. Pendant que la séquence de Nagano est devenue culte, l’après-carrière, lui, a ressemblé à un couloir étroit. Bonaly devient professionnelle après 1998 et poursuit dans les shows, mais la question de la reconversion finit par se poser comme pour beaucoup de champions dont les médailles ne garantissent pas toujours un avenir tout tracé.

Ce qu’elle raconte aujourd’hui, c’est moins une rupture brutale qu’une accumulation. D’après ses propos rapportés par plusieurs médias, elle n’a pas eu la sensation de trouver “sa place” dans les structures françaises censées accueillir les anciens champions, notamment via des postes d’encadrement. Le résultat, dit-elle, a été une forme de décrochage affectif : rester attachée au pays, tout en comprenant qu’elle n’y construirait pas sa seconde vie professionnelle.

Une rue porte le nom de Surya Bonaly, symbole d’un héritage qui dépasse la glace. Crédit : Chabe01.
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Prestation de patinage sur glace.

Surya Bonaly et la reconversion : pourquoi le modèle américain l’a attirée

Dans une interview au Parisien en 2022, Surya Bonaly détaille un point très concret : aux États-Unis, l’économie du coaching repose largement sur le privé, avec une rémunération “à la leçon”. Elle y évoque aussi un tarif horaire et décrit un système moins “administratif” dans l’accès au métier, même si cela implique moins de sécurité. Une transparence financière qui rappelle celle de Philippe Candeloro lorsqu’il parle de ses revenus.

À l’inverse, elle renvoie la France à ses logiques plus institutionnelles, avec des filières, des validations et des postes plus rares. Le sujet dépasse son cas personnel : il touche à la manière dont un pays réemploie — ou non — ses champions, et comment les fédérations et structures publiques accompagnent la transition vers l’après-compétition.

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Ce qui frappe, c’est qu’elle ne raconte pas seulement une question d’argent. Elle parle d’utilité et de reconnaissance : être sur la glace, transmettre, former, exister dans un club, plutôt que d’être réduite au statut d’icône “d’hier”. Dans ce récit, l’exil devient presque une conséquence logique, plus qu’un caprice.

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Une naturalisation américaine, sans effacer le lien avec la France

Surya Bonaly a obtenu la nationalité américaine en janvier 2004, alors qu’elle vivait à Las Vegas. Selon des sources biographiques, elle a pu conserver sa nationalité française, ce qui résume assez bien sa trajectoire : s’ancrer ailleurs sans rompre totalement.

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Ce lien, elle le rappelle encore ces derniers mois. Nice-Matin expliquait en janvier 2026 qu’elle vit depuis des années entre Las Vegas et Minneapolis, tout en gardant un attachement fort à Nice et en se disant ouverte à l’idée de contribuer à des projets liés aux JO d’hiver dans les Alpes françaises à l’horizon 2030. Autrement dit, la distance n’a pas coupé le fil, même si la blessure institutionnelle reste présente dans ses mots.

Las Vegas, base américaine de Surya Bonaly depuis les années 2000. Crédit : Supercarwaar.

Une histoire personnelle qui renvoie à un débat plus large

Le cas Bonaly résonne aussi parce qu’il interroge une réalité souvent peu visible : la reconversion des sportifs de haut niveau. Les médailles, les titres, les images fortes ne garantissent pas une place dans l’organigramme. Et quand la porte ne s’ouvre pas, certains finissent par aller là où leur expertise est immédiatement monétisable et recherchée. Cette problématique rejoint parfois d’autres zones d’ombre, comme le sujet des violences sexuelles dans le sport, qui ébranlent également les institutions.

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Dans le patinage, la question est d’autant plus sensible que le sport est petit, très codifié, avec un nombre limité de postes et de créneaux. Bonaly, elle, renvoie à une frustration très humaine : celle de se sentir indispensable sur la glace, mais périphérique dès qu’il s’agit de “décider” ou d’encadrer.

Le retour du “backflip” en 2026, comme clin d’œil à son héritage

Voir le salto arrière redevenir acceptable, puis réapparaître sur la grande scène olympique, a forcément un goût particulier. L’histoire récente du geste — de l’interdiction à la réhabilitation — a été largement racontée dans la presse anglo-saxonne. On peut encore aujourd’hui admirer les expressions faciales des patineurs lors de telles prouesses techniques.

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Son héritage, au fond, ne se résume pas à une figure. Il tient à cette manière d’avoir forcé la discipline à regarder ailleurs : vers plus d’athlétisme, plus de diversité de styles, et peut-être un peu moins de rigidité dans la définition du “beau”. Même si elle vit à des milliers de kilomètres, la trace est toujours là.

La patinoire niçoise, un décor qui rappelle les racines françaises de la championne. Crédit : Jiel Beaumadier.

La question de la reconversion en France

Surya Bonaly ne raconte pas une simple expatriation, mais une deuxième carrière née d’un manque de place. Son récit met au jour un sujet délicat : que fait-on, en France, des champions quand les projecteurs s’éteignent ? Entre système fédéral, accès au métier d’entraîneur et reconnaissance symbolique, elle décrit une mécanique qui l’a poussée à chercher ailleurs ce qu’elle ne trouvait plus ici. Et pendant que le patinage réhabilite le salto qui l’a rendue immortelle, elle, continue de transmettre… loin des patinoires françaises

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