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« C’est Vianney qui a acheté » : le chanteur s’est-il vraiment offert un étage de la tour Montparnasse ?

Publié par Cassandre le 10 Mai 2026 à 8:24

D’un côté, un chanteur qui vient de terminer sa cabane en bois à la main, loin de tout. De l’autre, un étage entier d’une tour de béton que la moitié de Paris déteste. Le rapprochement entre Vianney et la tour Montparnasse a de quoi faire sourire. Et pourtant, selon une enquête du Figaro, l’auteur-compositeur aurait bel et bien acquis 80 % du 43e étage de l’édifice, en plein cœur d’un feuilleton immobilier à 727 millions d’euros. Son entourage dément formellement. Mais les documents existent, les copropriétaires parlent, et l’histoire ressemble à un roman d’Alexandre Dumas.

Vianney souriant en sweat bleu marine, gros plan visage

Un chanteur trappeur au milieu des cols blancs

Vianney n’est pas exactement le profil type que l’on croise dans les assemblées générales de la tour Montparnasse. Au syndicat des copropriétaires, on trouve des représentants de la MGEN, d’Axa, du gestionnaire d’actifs LFPI. Des costumes-cravates, des tableaux Excel, des discussions en millièmes de copropriété. Pas vraiment le genre du chanteur amoureux de nature qui publie sur Instagram ses aventures de construction en solitaire.

Et pourtant, la transaction aurait été conclue en avril 2026. Le vendeur : le groupe Le Duff, géant de la boulangerie (Brioche dorée, Del Arte). L’acheteur : une SAS baptisée Edmond de Vayres, créée le 8 avril 2026. Cette société est détenue à 100 % par La maison bleue, dont Vianney est l’unique actionnaire, dotée d’un capital de 2,2 millions d’euros. L’objet social d’Edmond de Vayres est limpide : acquisition immobilière, location, réaménagement, et même « transformation en établissement hôtelier ».

Parmi les copropriétaires mis dans la confidence, la surprise est totale. D’autant qu’un autre acheteur était pressenti pour ce fameux 43e étage. Et pas n’importe lequel.

LFPI doublé au dernier moment

La tour Montparnasse entourée d'échafaudages lors de sa rénovation au crépuscule

Le groupe LFPI, plus gros copropriétaire de la tour avec environ 30 % des millièmes, avait de très bonnes raisons de vouloir ce niveau. Il possède déjà les deux étages au-dessus et celui juste en dessous du 43e. Son projet : créer un hôtel de luxe sur ces quatre niveaux dans le cadre de la rénovation titanesque prévue pour la tour.

« Mais, au dernier moment, c’est Vianney qui a acheté. On ne comprend absolument pas ce qui s’est passé », confie une source anonyme au Figaro. La question est cruelle : peut-on vraiment installer un hôtel haut de gamme quand un étage en plein milieu appartient à quelqu’un d’autre ? Sur le papier, ça ressemble à un grain de sable capable de gripper une mécanique à plusieurs centaines de millions d’euros.

Un étage vide de la tour Montparnasse avec vue panoramique sur Paris

Contactés par le journal, ni LFPI ni le groupe Le Duff n’ont répondu. Quant à Vianney, la réponse est nette. « Il dément cet achat. Il n’a pas assez d’argent pour faire une telle acquisition », assure son agent, précisant que le chanteur est « en autarcie dans son refuge de bois » pour préparer son prochain album. Mais derrière ce démenti, un faisceau d’indices raconte une tout autre histoire. Et elle commence par un nom de société très particulier.

Edmond de Vayres : un nom qui sent la vengeance

Le choix du nom Edmond de Vayres n’a rien d’anodin. Et c’est peut-être là que cette affaire bascule du simple achat immobilier au règlement de comptes digne d’un feuilleton. Selon plusieurs sources proches de la copropriété, ce nom porte « la signature de Frédéric Lemos », ancien homme fort de la tour, remercié avec fracas par LFPI en novembre 2025.

Pourquoi Vayres ? Parce que Gilles Etrillard, patron de LFPI — celui-là même qui a viré Lemos —, est propriétaire du château de Vayres. Quant à « Edmond », il faudrait y voir une référence à Edmond Dantès, le héros du Comte de Monte-Cristo. Celui qui, dans le chef-d’œuvre de Dumas, organise méthodiquement sa vengeance contre ceux qui l’ont trahi. Le message est à peine voilé.

Frédéric Lemos affirme détenir 20 % du 43e étage, mais jure ne rien savoir des « emplettes immobilières » de Vianney. « Que viendrait-il faire à la tour ? Vous êtes sûre du tuyau ? », lançait-il au Figaro le mercredi. Le lendemain, son ton avait légèrement changé : « S’il a acheté 100 m², ce n’est pas un étage entier. » Les étages de la tour couvrent tout de même près de 1 700 m² chacun.

Ce qui est certain, c’est que le vendeur, Louis Le Duff, entretient des « relations notoirement mauvaises » avec Lemos. Jamais il ne lui aurait cédé quoi que ce soit directement. Un intermédiaire était donc nécessaire. Et la question brûle les lèvres : Vianney est-il destiné à revendre ensuite ces mètres carrés très convoités à Frédéric Lemos ?

Un lien ancien entre le chanteur et l’ex-homme fort de la tour

Les deux hommes ne se sont pas rencontrés par hasard dans un couloir de la tour Montparnasse. Leur lien est bien plus ancien et bien plus intime. Frédéric Lemos a perdu son fils Noé en 2014, emporté par un cancer pédiatrique à l’âge de dix ans. Depuis, il se bat pour la recherche dans ce domaine. Vianney l’a accompagné dans ce combat.

Le 24 septembre 2024, jour du dixième anniversaire de la mort du petit garçon, le chanteur avait publié un message touchant sur les réseaux sociaux : « Je me rappelle la chanson écrite ensemble et son inspirante lumière, même à quelques jours de son départ. Nous sommes nombreux à avoir été inspirés par Noé : son combat ne sera pas vain. » Une amitié forgée dans le deuil, qui rend plausible le scénario d’un service rendu entre proches.

Lemos est également décrit comme proche de Xavier Niel, lui aussi copropriétaire dans la tour. Le fondateur de Free a surtout investi dans le centre commercial Montparnasse voisin et l’immeuble CIT, mais sa présence dans ce périmètre entre les 14e et 15e arrondissements ajoute une couche supplémentaire à un dossier déjà labyrinthique.

727 millions d’euros suspendus à un Tetris géant

Pour comprendre pourquoi cette transaction fait trembler tout le monde, il faut saisir l’ampleur du chantier. La tour Montparnasse a fermé ses portes le 31 mars dernier. Objectif : lancer en septembre une rénovation chiffrée à 727 millions d’euros HT. Après des années de discussions, le permis de construire modificatif doit tomber en novembre. Le calendrier est serré.

Or, avant même de poser la première poutre, des dizaines d’échanges de lots entre copropriétaires sont nécessaires. Ici pour installer une gaine technique, là pour créer un couloir ou ériger un local. Le Figaro décrit un « vrai Tetris » où chaque pièce dépend des autres. Une seule transaction bloquée peut avoir des conséquences en chaîne sur l’ensemble du projet, comme un château de cartes.

La plupart de ces échanges ont été bouclés. Mais un copropriétaire résiste : Frédéric Lemos. Lors de la dernière assemblée générale, le 31 mars, il a refusé de céder un lot qu’il détient au 57e étage via sa société Biscuit nantais. Ce lot est stratégique : sans lui, impossible d’installer un étage technique à ce niveau, et par ricochet, impossible d’exploiter la terrasse du 59e étage — un espace « qui vaut de l’or » et que Lemos convoite depuis des lustres.

Avec le 43e étage en poche (directement ou via Vianney), il disposerait désormais de deux leviers de pression majeurs. Face à LFPI, face aux autres copropriétaires, et surtout face à l’urgence du calendrier. Un rapport de force qui dépasse largement le simple marché immobilier classique.

Le scénario que tout le monde redoute

Derrière les portes fermées de la copropriété, un cauchemar circule. « Notre crainte, c’est que les copropriétaires — y compris LFPI — se lassent d’attendre, se mettent à vendre les uns après les autres et que Xavier Niel rachète au fil de l’eau à bas prix », confie un bon connaisseur du dossier. Ce scénario signifierait le retour de Lemos aux commandes, une rénovation encore repoussée, et des centaines de millions perdus.

Le dossier est désormais piloté par Germain Aunidas, responsable mondial du développement de BNP Paribas Asset Management. Lui non plus n’a pas répondu aux sollicitations du Figaro. Pour l’instant, le choix collectif est de ménager Frédéric Lemos. Malgré son poids modeste en millièmes face aux mastodontes de la copropriété, il a conservé sa place au comité de pilotage de la rénovation.

L’intéressé se défend de tout projet de blocage. « Je suis l’artisan de la rénovation sur laquelle j’ai travaillé durant des années. Dans la limite de ce qui est acceptable, je ne ferai rien pour la bloquer. » Une formule suffisamment floue pour laisser toutes les portes ouvertes.

Quant à Vianney, il reste dans sa cabane. Le chanteur qui préfère le bois au béton s’est peut-être retrouvé au cœur d’une des batailles immobilières les plus complexes de Paris sans même le vouloir. Ou alors, il a parfaitement compris ce qu’il faisait. Dans les deux cas, le 43e étage de la tour Montparnasse n’a jamais autant fait parler de lui. Et le petit monde de l’immobilier parisien retient son souffle jusqu’en novembre.

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