« On a du mal à se faire accepter » : aucune banque ne veut financer la campagne du RN pour 2027

À un an de l’élection présidentielle, le Rassemblement national fait face à un problème que personne n’avait vraiment vu venir. Pas un problème de sondages, pas un problème de candidat — un problème d’argent. Plus précisément : aucune banque, en France comme en Europe, n’accepte de prêter un centime au parti de Jordan Bardella pour financer sa campagne. Et le temps presse.
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10,7 millions d’euros et pas un seul prêteur
Le chiffre est posé sur la table : le RN cherche à emprunter 10 700 000 euros pour sa campagne présidentielle. C’est le budget estimé pour monter une machine électorale crédible — meetings, communication, logistique, sans oublier un QG de campagne qui reste lui aussi introuvable. Sauf qu’à ce jour, selon les informations de France Info, pas une seule banque n’a dit oui.
Ni en France, ni ailleurs en Europe. Le trésorier du parti, Kévin Pfeffer, ne cache pas sa frustration : les établissements bancaires auraient « un a priori négatif » envers le RN. Résultat, « on a encore du mal à se faire accepter par le milieu bancaire », lâche-t-il, même si selon lui « ça commence à se dégeler ». Un optimisme prudent, pour ne pas dire fragile.

Cette situation n’est pas totalement inédite pour le parti. Depuis des années, le RN (ex-FN) se heurte à la frilosité des banques françaises. Mais en 2022, une solution avait été trouvée — et elle venait de l’est de l’Europe. Sauf que cette porte-là vient de se refermer brutalement.
La chute d’Orban, un séisme pour le RN
Pour la campagne de 2022, c’est une banque hongroise qui avait accepté de prêter au RN. À l’époque, Viktor Orban régnait sans partage sur la Hongrie et entretenait des liens étroits avec Marine Le Pen. Elle le qualifiait publiquement de « visionnaire » et de « pionnier ». Un allié solide, un financeur indirect précieux.
Sauf que le 12 avril 2026, tout a basculé. Orban a perdu les élections législatives hongroises face au conservateur pro-européen Peter Magyar. Un véritable tremblement de terre politique en Europe centrale. Et pour le RN, la perte d’un allié stratégique à un moment critique. La piste hongroise, qui avait sauvé la dernière campagne, n’existe plus.
Ce revers intervient dans un contexte européen où les ambitions présidentielles du RN semblaient pourtant plus crédibles que jamais. Les sondages placent le parti en position de force, mais sans argent, même les meilleures intentions restent des PowerPoint.
D’autant que les ennuis ne s’arrêtent pas aux portes des banques. Un autre dossier, bien plus explosif, plane au-dessus du parti comme une épée de Damoclès.
Le verdict du 7 juillet qui peut tout faire basculer
Le 7 juillet prochain, la cour d’appel de Paris rendra sa décision dans l’affaire des assistants parlementaires du FN. En jeu : une possible confirmation de l’inéligibilité de Marine Le Pen. Si ce verdict tombe, la triple candidate à la présidentielle serait purement et simplement interdite de se présenter en 2027.
Autant dire que le RN navigue en plein brouillard. Comment convaincre une banque de vous prêter plus de 10 millions d’euros quand vous ne savez même pas qui sera votre candidat ? C’est un peu comme demander un crédit immobilier sans savoir dans quelle ville vous voulez acheter.
Un élu du parti, cité par France Info, glisse d’ailleurs que le programme lui-même ne sera « tranché que lorsque le nom du candidat sera connu ». Pas de candidat officiel, pas de programme, pas de financement. Le triptyque de l’incertitude. Pourtant, Jordan Bardella apparaît comme le favori dans les sondages, mais rien n’est encore acté en interne.
Bardella en pole position, mais sans investiture officielle

Si Marine Le Pen est déclarée inéligible, le scénario le plus probable serait une candidature de Jordan Bardella. Le président du parti, 30 ans, caracole en tête de plusieurs enquêtes d’opinion. Selon certains sondages, il l’emporterait au second tour quel que soit son adversaire.
Mais voilà : tant que la justice n’a pas tranché, Marine Le Pen n’a pas renoncé. Et Bardella, fidèle à sa stratégie, ne se déclare pas officiellement. Ce flou permanent complique mécaniquement les négociations avec les banques. Quel établissement prendrait le risque de financer un candidat qui n’existe pas encore officiellement ?
Cette paralysie politique a un coût concret. Chaque semaine sans QG de campagne, sans équipes structurées, sans budget communication, c’est du terrain perdu face à des adversaires comme Édouard Philippe, déjà en ordre de marche depuis des mois.
Un séminaire secret pour tenter de débloquer la situation
Face à l’urgence, le RN a organisé une réunion de crise. Les 16 et 17 avril, Marine Le Pen et Jordan Bardella se sont retrouvés avec plusieurs conseillers et élus pour un séminaire stratégique. Objectif : « réfléchir à une stratégie, un calendrier et l’organisation de la campagne pour l’élection présidentielle », selon France Info, confirmant une information du Point.
Le lieu ? Tenu secret, quelque part hors de Paris. On imagine facilement l’ambiance : une salle de réunion, des tableaux blancs, et cette question obsédante — comment on finance tout ça ? Car même avec les recettes engrangées après les législatives, le parti ne peut pas autofinancer une campagne présidentielle à cette échelle.
Le RN se retrouve dans une situation paradoxale assez vertigineuse. Premier parti de France en nombre de voix aux dernières élections, favori des sondages pour 2027, porté par une dynamique électorale historique… et pourtant incapable de trouver un banquier pour lui faire un chèque. Comme si le système financier restait le dernier verrou que la montée en puissance politique ne suffit pas à faire sauter.
Un parti au sommet des sondages, au creux de la trésorerie
C’est tout le paradoxe de cette séquence. Le RN n’a jamais été aussi haut dans les intentions de vote. Huit Français sur dix jugent le macronisme comme un échec, et le parti à la flamme semble le mieux placé pour capitaliser sur ce rejet. Pourtant, la mécanique de campagne est grippée.
Sans financement, pas de campagne digne de ce nom. Sans candidat officiel, pas de financement. Sans verdict judiciaire, pas de candidat officiel. Le cercle vicieux est parfaitement verrouillé. Et pendant ce temps, d’autres candidats potentiels avancent leurs pions. Certains ministres sont déjà pressentis pour la course, tandis qu’Emmanuel Macron lui-même entretient le flou sur son avenir.
Reste à savoir si le RN trouvera une solution avant que le compte à rebours ne devienne critique. Une chose est sûre : à un an de l’élection la plus importante du quinquennat, le premier parti de France cherche encore quelqu’un pour lui ouvrir un compte en banque. Et ça, c’est peut-être le signe le plus révélateur de l’état réel de la politique française.