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« La Troisième Guerre mondiale a commencé » : ce que l’on sait

Publié par Killian Ravon le 25 Fév 2026 à 9:03

À l’approche du 24 février, date qui marque l’anniversaire de l’invasion à grande échelle lancée par la Russie en 2022, Volodymyr Zelensky a remis la guerre au centre du débat international. Dans un entretien accordé à la BBC, le président ukrainien a estimé que Vladimir Poutine avait « déjà commencé la Troisième Guerre mondiale », en appelant les alliés de Kiev à maintenir — et renforcer — la pression sur Moscou. Selon lui, ce conflit dépasse désormais les frontières de l’Ukraine et dessine une confrontation plus large autour du modèle politique et des règles de sécurité en Europe.

Volodymyr Zelensky s’exprime devant un drapeau ukrainien, pendant la guerre en Ukraine.
Volodymyr Zelensky lors d’une allocution, dans un contexte de mobilisation des alliés face à la Russie.

Crédit : The Presidential Office of Ukraine / President.gov.ua — CC BY 4.0.

Le propos frappe, et il n’est pas isolé. Ces derniers jours, plusieurs médias internationaux ont repris la séquence, rappelant que Zelensky refuse toute idée de concessions territoriales et juge qu’un « gel » du front ne ferait que préparer la suite. D’autres dirigeants européens, au moment du quatrième anniversaire, ont aussi insisté sur la nécessité de sanctions et de soutien militaire face à la stratégie russe.

Zelensky, une communication tournée vers la résistance et l’unité. Crédit : President.gov.ua.
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Une phrase-choc, mais une logique bien rodée

Dimanche 22 février, Zelensky a résumé sa lecture de la situation en une formule : « Je pense que Poutine a déjà commencé la Troisième Guerre mondiale. » Dans la même veine, il a décrit une Russie qui chercherait à imposer « une manière de vivre différente » et à remodeler le choix politique de sociétés qui ne veulent pas vivre sous influence du Kremlin. Derrière la citation, il y a un message très concret : l’Ukraine se présente comme un verrou, et sa chute ouvrirait, selon lui, une séquence de déstabilisation plus large.

Cette rhétorique n’arrive pas par hasard. Au fil des mois, Kiev a souvent alerté sur le risque d’extension du conflit, par la pression sur les voisins, l’énergie, les routes commerciales, ou la militarisation de l’information. À l’approche d’une date symbolique, Zelensky remet donc de la gravité dans les mots, pour éviter que la guerre ne s’installe dans une forme de routine médiatique.

Dans la presse anglo-saxonne, l’entretien est présenté comme un avertissement autant qu’un appel à l’action. Time, notamment, souligne que Zelensky lie cette mise en garde à la question des garanties de sécurité et à la continuité du soutien occidental, y compris sur le long terme. Le raisonnement est simple : si l’aide faiblit, la Russie testera plus loin.

Le président russe, au centre d’une stratégie que Kiev juge expansionniste. Crédit : premier.gov.ru.

« Ce ne sont pas seulement des territoires » : la ligne rouge de Kiev

Dans le même entretien, Zelensky a rejeté l’idée de concessions territoriales, parfois évoquée dans des scénarios de cessez-le-feu. Le président ukrainien explique qu’abandonner des zones occupées reviendrait à « abandonner » les Ukrainiens qui y vivent, et non à céder de la surface sur une carte. Il insiste aussi sur l’idée que la Russie « ne s’arrêtera pas » si l’Ukraine est contrainte de reculer, ce qui rendrait la concession non seulement injuste, mais dangereuse.

Cette position s’inscrit dans une constante : Kiev veut l’intégrité territoriale comme base de discussion, et des garanties de sécurité robustes comme condition d’un accord durable. Le Financial Times, de son côté, rapporte un Zelensky convaincu qu’un cessez-le-feu sans engagements contraignants laisserait à Moscou le temps de se réarmer et de revenir. Autrement dit : une trêve fragile peut devenir une pause avant une nouvelle offensive.

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Il faut aussi lire ces propos à la lumière des discussions diplomatiques, qui peinent à produire des avancées. Plusieurs articles récents évoquent des négociations qui n’aboutissent pas à un compromis tangible, tandis que Moscou continue de fixer des exigences jugées inacceptables par Kiev. Dans ce contexte, la fermeté de Zelensky vise aussi à verrouiller le débat : pas de paix « à n’importe quel prix ».

Un quatrième anniversaire sous tension, et une bataille d’attention

Le 24 février est devenu une date de mobilisation politique. Reuters rapporte que Zelensky a profité de cet anniversaire pour rappeler que l’Ukraine a « défendu son indépendance », tout en dénonçant les divisions au sein de l’ OTAN ou de l’Union européenne sur l’aide, les sanctions et les financements. Le moment est choisi : il s’agit de maintenir un front diplomatique uni, alors que certains pays rechignent à de nouvelles mesures.

Les commémorations ont également été l’occasion d’une démonstration de solidarité, notamment via des réunions et des déclarations de dirigeants européens. The Guardian évoque, en parallèle, la difficulté d’entrevoir une paix rapide et la poursuite des appels à durcir la pression sur Moscou. Dans la communication ukrainienne, l’idée est claire : l’usure est l’un des objectifs de la Russie, et la réponse doit être la constance.

Sur le plan intérieur, Zelensky doit aussi gérer une fatigue de guerre réelle, un effort militaire continu et une société éprouvée. Les chiffres humains et matériels, eux, pèsent lourd, et le conflit continue de frapper les infrastructures et les civils. C’est précisément pour cela que le président ukrainien veut élargir le cadre : en parlant de Troisième Guerre mondiale, il transforme une guerre longue en enjeu immédiat pour les partenaires.

Kyiv, symbole d’une capitale qui tient malgré la guerre. Crédit : Hwyrd.

Le récit ukrainien : résister, tenir, et arracher des garanties

En filigrane, Zelensky cherche à obtenir deux choses : des livraisons d’armes et une architecture de sécurité plus stable. Time rappelle qu’il insiste sur des garanties durables, idéalement inscrites dans des engagements politiques qui survivraient aux alternances. Cela touche autant Washington que les capitales européennes, avec une même inquiétude : le soutien ne doit pas dépendre d’un seul calendrier électoral ou d’une éventuelle annexion supplémentaire.

Le président ukrainien joue aussi sur une corde morale qui parle au public occidental. Dire « je vois ça comme un abandon », ce n’est pas seulement une formule : c’est une manière de rappeler que la guerre concerne des populations, des familles, des villes, et pas uniquement des lignes de front. À force, ce type de discours a contribué à faire de Zelensky une figure de la résistance dans l’imaginaire collectif, y compris au-delà des cercles diplomatiques.

Ce capital politique ne suffit pas à gagner une guerre, mais il aide à la tenir. En période de doutes, il rassure ses alliés sur un point essentiel : Kiev ne veut pas d’une paix de façade. Et sur ce terrain-là, Zelensky apparaît plus constant que beaucoup de dirigeants ne l’ont été dans des conflits longs : sa ligne est dure, mais lisible.

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Le contraste avec Moscou, de plus en plus assumé

Face à cela, le Kremlin continue de défendre son récit, tout en répétant des objectifs maximalistes. La méthode n’est pas nouvelle : maintenir la pression militaire, saturer l’espace informationnel avec un nouveau missile, et tester la cohésion du camp adverse. Le problème, c’est qu’à force de pousser tout le monde au bord du précipice, Moscou rend chaque sortie de crise plus difficile à vendre — y compris à ses propres partenaires.

Dans cette guerre, les mots ne sont pas un décor : ils sont une arme. Zelensky en est conscient et s’en sert pour rappeler une évidence souvent oubliée quand le conflit dure : l’Ukraine ne demande pas qu’on la plaigne, elle demande qu’on l’équipe. Et, pour l’instant, sa capacité à tenir la ligne — malgré les pertes et l’usure — reste l’un des éléments qui empêchent l’Europe de basculer dans l’habitude.

Panoramic aerial view of winter city Kyiv covered in snow

Que retenir ?

Quand Zelensky affirme que Poutine a « déjà commencé la Troisième Guerre mondiale », il ne décrit pas une guerre totale au sens classique. Il tente plutôt d’imposer une lecture : la Russie a ouvert une séquence où les frontières, le droit international et la sécurité européenne sont redevenus négociables par la force. Dans ce cadre, soutenir Kiev n’est pas seulement aider un pays attaqué, c’est refuser que la règle devienne l’exception.

Au passage, Zelensky rappelle aussi un point que beaucoup préfèrent oublier : une paix durable se construit rarement sur un renoncement imposé. Et si Moscou maîtrise l’art de la menace et de la mise en scène, on cherche encore, côté Kremlin, la même créativité quand il s’agit de proposer une sortie de guerre crédible.

Les images des zones touchées rappellent l’enjeu humain derrière les débats territoriaux. Crédit : Ukrinform TV / Ukrainian Armed Forces.

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