Au Brésil, un bébé naît avec une queue de 12 cm terminée par une boule : moins de 40 cas recensés dans l’histoire
Un nouveau-né prématuré, 2,1 kg à peine, une excroissance de 12 centimètres qui dépasse du bas de son dos… terminée par une petite boule de 4 cm. Au premier regard, le personnel de l’hôpital pour enfants Albert Sabin de Fortaleza, au Brésil, a cru à un effet d’optique. Sauf que non : c’était bien réel. Et dans toute l’histoire de la médecine, moins de 40 cas comparables ont été documentés. Autant dire que ce bébé vient d’entrer dans les livres.
Ce que les médecins ont découvert à la naissance
Le nourrisson est né en mars 2020 à Fortaleza, dans le nord-est du Brésil, après seulement 35 semaines de grossesse. Dès les premières secondes, l’équipe médicale a repéré cette excroissance partant de la région lombo-sacrée. Pas un bout de peau qui pendouille : une véritable appendice caudale de 12 cm, souple, recouverte de peau lisse, sans aucun poil.
Les examens ont révélé que cette queue était composée de tissu mou — graisse, nerfs et vaisseaux sanguins — mais ne contenait ni os ni cartilage. Un détail crucial pour la suite, parce qu’il permet de distinguer une vraie queue humaine d’une pseudo-queue, qui elle est souvent liée à une tumeur ou à une malformation vertébrale bien plus dangereuse.
Avant de toucher à quoi que ce soit, les chirurgiens ont fait passer une IRM complète au bébé. Résultat : aucune trace de spina bifida, aucun dysraphisme spinal, aucune connexion anormale avec la moelle épinière. Le feu vert pour opérer était donné. Mais comment un tel phénomène est-il seulement possible ?
Une étape embryonnaire que vous avez connue, vous aussi
Voilà un truc que la plupart des gens ignorent : entre la 4ᵉ et la 6ᵉ semaine de grossesse, tous les embryons humains développent une petite queue. Oui, vous aussi, vous en avez eu une. Normalement, cette structure régresse avant la fin de la 8ᵉ semaine et finit par donner… le coccyx. Ce petit os au bout de la colonne vertébrale, c’est littéralement le vestige de votre ancienne queue.
Dans 99,99 % des cas, la régression se passe sans accroc. Mais très rarement — on parle de quelques dizaines de fois dans toute l’histoire de la médecine moderne — le processus ne s’achève pas correctement. L’appendice persiste, continue de grandir, et le bébé naît avec. Ce phénomène rappelle d’autres curiosités anatomiques, comme ce trou au-dessus de l’oreille que certaines personnes possèdent sans jamais en connaître l’origine.

La médecine fait une distinction nette entre deux types de queues. La vraie queue humaine est un vestige embryonnaire composé uniquement de tissus mous. Elle est bénigne, sans risque neurologique majeur, et peut être retirée chirurgicalement sans séquelles. La pseudo-queue, elle, peut contenir de l’os, du cartilage, voire être le signe d’une tumeur sous-jacente. Son traitement est autrement plus complexe.
Dans le cas du bébé de Fortaleza, tous les voyants étaient au vert : vraie queue, zéro complication neurologique. Restait à passer sur le billard. Et c’est là que les choses se sont jouées.
L’opération et ce qu’elle nous apprend
L’ablation a été réalisée essentiellement pour des raisons esthétiques et préventives. Même si la queue ne présentait aucun danger immédiat, la laisser en place aurait exposé l’enfant à des risques d’infection, de traumatisme, et évidemment à des difficultés sociales en grandissant. L’intervention s’est déroulée sans la moindre complication.
Pour les chirurgiens pédiatriques, ce type de cas reste avant tout un défi de diagnostic. Confirmer qu’il s’agit d’une vraie queue sans lien anormal avec la moelle épinière permet d’envisager une ablation rapide. Le bébé ne présentait aucune autre malformation et a pu poursuivre son développement normalement. Ce cas médical a d’ailleurs été décrit dans une publication scientifique, enrichissant les données du Journal of Pediatric Surgery Case Reports.
Ce genre de découverte rappelle d’autres cas médicaux rarissimes qui défient l’entendement. Mais ici, la bonne nouvelle, c’est que l’histoire se termine bien. Et elle alimente surtout un débat scientifique fascinant sur ce que notre corps garde comme traces de son passé évolutif.
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Moins de 40 cas dans toute l’histoire médicale
Le chiffre donne le vertige. À ce jour, la littérature scientifique mondiale recense moins d’une quarantaine de vraies queues humaines. Sur des milliards de naissances documentées depuis que la médecine moderne existe. Chaque nouveau cas est donc une opportunité unique pour les chercheurs d’affiner leur compréhension des mécanismes de régression embryonnaire.
Ces observations alimentent des hypothèses passionnantes sur nos vestiges évolutifs. La queue n’est pas le seul héritage anatomique de nos lointains ancêtres : les muscles auriculaires (ceux qui permettaient théoriquement de bouger les oreilles), le muscle plantaire ou encore les dents de sagesse sont autant de reliques d’un passé où notre corps avait d’autres besoins. D’ailleurs, nos empreintes digitales elles-mêmes cachent une histoire évolutive étonnante.

Pour les scientifiques, chaque publication sur le sujet est précieuse. Le fait que le bébé de Fortaleza ait eu une queue aussi longue — 12 cm, c’est remarquable pour un nourrisson de 2,1 kg — et aussi bien formée offre des données anatomiques rares. L’analyse des tissus, des nerfs et des vaisseaux permet de mieux comprendre pourquoi, chez certains embryons, le signal de régression ne fonctionne pas.
Pourquoi tout le monde pense à Dragon Ball Z
Impossible de passer à côté. Quand les photos de ce bébé ont circulé sur les réseaux, la référence a fusé immédiatement : Son Goku. Dans Dragon Ball et Dragon Ball Z, les Saiyans naissent avec une queue de singe qui leur confère des pouvoirs spéciaux — notamment la capacité de se transformer en singe géant les nuits de pleine lune. La queue du bébé brésilien, terminée par sa petite boule, ressemblait à s’y méprendre à celle des guerriers de l’espace créés par Akira Toriyama.
Évidemment, le parallèle s’arrête là. Aucun pouvoir caché, aucune transformation nocturne en perspective. Mais le clin d’œil est trop beau pour ne pas être relevé. Et il a eu le mérite de rendre viral un cas médical qui, autrement, serait resté confiné aux pages d’une revue de chirurgie pédiatrique.
Ce n’est d’ailleurs pas la première fois qu’une naissance hors du commun fait le tour du web. On se souvient de ce bébé brésilien né en serrant un stérilet dans sa main, ou de cette Malienne qui a donné naissance à neuf bébés en une seule fois. Le corps humain n’a pas fini de nous surprendre.
Ce que ce bébé nous rappelle sur notre propre corps
Derrière l’anecdote spectaculaire et les mèmes Dragon Ball, cette histoire nous dit quelque chose de profond. Nous sommes tous passés par cette étape. Chaque être humain, à un moment donné de son développement in utero, a eu une queue. La différence entre vous et ce bébé de Fortaleza tient à un signal biologique — un simple mécanisme de régression cellulaire — qui, dans son cas, n’a pas fonctionné.
Notre corps est un palimpseste. Sous la surface de ce qu’on voit, il garde des traces de millions d’années d’évolution. Des branchies de poisson aux queues de primates, en passant par le lanugo (ce duvet qui recouvre les fœtus), chaque stade embryonnaire rejoue en accéléré l’histoire de notre espèce. Les scientifiques qui étudient les avancées en embryologie le savent bien : comprendre ces vestiges, c’est comprendre d’où on vient.
Le petit garçon de Fortaleza, lui, grandit aujourd’hui normalement, sans sa queue et sans la moindre séquelle. Son cas continuera d’alimenter la recherche pendant des années. Et si un jour il découvre Dragon Ball Z, il aura une sacrée histoire à raconter à ses copains.