Icône menu hamburger Icône loupe de recherche
  1. TDN >
  2. Science

« Il traversait le ciel à plus de 119 000 km/h » : un météore spectaculaire observé au-dessus de la France

Publié par Killian Ravon le 10 Mar 2026 à 10:47

Un météore a brièvement transformé la nuit en plein jour au-dessus de la Colombie-Britannique, au Canada. Observé par de nombreux habitants, suivi d’un bang supersonique et même repéré par des instruments scientifiques, le phénomène a finalement été identifié par la NASA.

Un bolide lumineux traverse un ciel nocturne étoilé au-dessus d’un paysage sombre.
Un bolide fend le ciel de nuit dans une composition sobre et photoréaliste.
Publicité

Comme une boule de feu naturelle entrée dans l’atmosphère à environ 33 km/s, soit près de 119 000 km/h.

Un météore des Perséides photographié dans le ciel berlinois en août 2019. Crédit : Robert Krewenka.

Un flash, puis un bang: ce que les habitants ont réellement vu

Le phénomène s’est produit peu après 21 h, heure locale, dans la soirée du 3 mars 2026 en Colombie-Britannique, soit le 4 mars à 05 h 09 UTC. Dans la région de Vancouver, de nombreux témoins ont vu une lumière très brève traverser le ciel, avant d’entendre un bruit puissant quelques instants plus tard. Des vidéos de caméras de surveillance ont montré un éclair soudain, assez fort pour illuminer des rues et des façades pendant une fraction de seconde.

Publicité

Le caractère spectaculaire de l’événement a immédiatement alimenté les réactions. Plusieurs habitants ont cru à une explosion, d’autres à un séisme ou à un accident. Le son a été signalé dans une large zone du sud-ouest canadien, et jusqu’à l’État de Washington, de l’autre côté de la frontière américaine. Les premiers témoignages ont convergé très vite vers une même hypothèse: celle d’un météore particulièrement lumineux, autrement dit une boule de feu.

Ce détail est important, car l’épisode n’a rien d’exceptionnel dans l’absolu à l’échelle de la planète. La Terre traverse en permanence des poussières et fragments rocheux venus de l’espace. En revanche, voir un objet de ce type au-dessus d’une région densément peuplée, de nuit, avec un flash net et un bang audible, reste beaucoup plus rare. C’est précisément ce qui explique l’ampleur des réactions observées en quelques minutes sur place.

Perseids meteors and stars over east Tuntorp, Brastad, Lysekil Municipality, Sweden.
Publicité

Pourquoi ce météore a été si visible

Le mot “météore” désigne ici le phénomène lumineux produit lorsqu’un petit corps venu de l’espace entre dans l’atmosphère terrestre à très grande vitesse. Ce n’est pas forcément un gros bloc. La luminosité dépend surtout de la vitesse d’entrée, de l’angle de trajectoire et de la manière dont l’air est comprimé et chauffé autour de l’objet. À 33 km/s, l’énergie dégagée devient suffisante pour produire un éclat impressionnant, parfois comparable à celui de la pleine Lune.

La NASA indique que l’objet est devenu visible à environ 98 kilomètres d’altitude au-dessus de Coquitlam, dans la région métropolitaine de Vancouver. Il se déplaçait légèrement vers l’est du nord, à environ 75 000 miles par heure, soit 33,3 km/s. Il a ensuite parcouru environ 71 kilomètres dans la haute atmosphère avant de se désintégrer à près de 65 kilomètres d’altitude au-dessus de Greenmantle Mountain, dans le secteur du parc provincial Garibaldi.

Autrement dit, l’objet n’a pas touché le sol sous sa forme initiale. Ce que les habitants ont vu, ce n’est pas une “pierre en feu” au sens courant, mais surtout l’atmosphère portée à très haute température autour du fragment cosmique. Le bang entendu ensuite s’explique par l’onde de choc générée par un déplacement supersonique. Le même mécanisme existe pour les avions de chasse, mais ici à une vitesse bien plus extrême et dans une zone atmosphérique beaucoup plus élevée.

Publicité
Un météore des Léonides montrant nettement sa traînée, son sillage et son après-lueur. Crédit : Navicore.

Des capteurs sismiques ont aussi détecté le passage du météore

L’un des aspects les plus frappants de cette affaire tient au fait que l’événement n’a pas seulement été vu et entendu. Il a aussi été enregistré par des instruments. Selon des témoignages relayés dans la presse canadienne, plusieurs sismomètres de Colombie-Britannique ont relevé une vibration brève au moment du passage. Alison Bird, sismologue liée au système d’alerte sismique de Ressources naturelles Canada, a toutefois précisé qu’il ne s’agissait pas d’un tremblement de terre.

Ce point aide à comprendre la confusion initiale. Lorsqu’un objet se fragmente à très grande vitesse dans l’atmosphère, l’onde de pression peut se propager sur une longue distance et secouer légèrement bâtiments, vitres ou structures sensibles. Pour les habitants, la sensation peut évoquer un choc lointain. Pour les instruments, cela produit un signal anormal, mais distinct de celui d’un séisme classique.

Publicité

Les réseaux d’observation civils ont aussi joué un rôle utile. L’American Meteor Society a recueilli 23 signalements liés à cet événement entre la Colombie-Britannique et l’État de Washington, avec au moins une vidéo versée au dossier. La couverture nuageuse a limité la précision de certaines observations visuelles, mais les données croisées avec les capteurs et le satellite GOES-18 ont permis d’établir une trajectoire cohérente.

Publicité

Ce que les scientifiques ont appris après l’analyse

La fiche publiée par la NASA apporte un autre élément marquant: l’énergie détectée serait de l’ordre de 10 tonnes de TNT. À partir de cette estimation, l’agence suggère que l’objet pouvait avoir une masse d’environ 75 kilos et un diamètre proche de 38 centimètres. C’est davantage que les premières estimations avancées juste après l’événement par certains spécialistes locaux, qui évoquaient un fragment plus modeste.

Cette différence n’a rien d’étonnant. Dans les premières heures, les scientifiques travaillent souvent avec des vidéos incomplètes, des témoignages dispersés et des observations partielles. L’analyse plus fine repose ensuite sur des données satellitaires, des angles de vue comparés et des modèles de trajectoire. C’est ce travail de reconstitution qui permet de passer d’une impression spectaculaire à une estimation physique plus crédible.

À lire aussi

L’astronome Brett Gladman, de l’Université de Colombie-Britannique, a expliqué qu’il s’agissait bien de l’entrée naturelle d’un fragment rocheux venu de l’espace. Il a aussi souligné que, si des restes ont survécu, ils auraient probablement terminé leur course dans une zone montagneuse et boisée au nord de Coquitlam, ce qui rendrait toute récupération particulièrement compliquée.

Publicité
Illustration NASA expliquant comment la Terre traverse les poussières laissées par une comète, à l’origine d’une pluie de météores. Crédit : NASA Goddard Space Flight Center.

Météore, météorite, boule de feu: ne pas confondre

Ce type d’événement rappelle aussi une confusion fréquente. Un météoroïde est le petit corps rocheux qui voyage dans l’espace. Un météore est le phénomène lumineux observé lorsqu’il entre dans l’atmosphère. Une météorite, enfin, désigne les fragments qui atteignent effectivement le sol. Dans le cas observé au-dessus de la Colombie-Britannique, les données disponibles montrent surtout une désintégration en altitude. La possibilité de retrouver une météorite n’est donc pas exclue, mais elle reste faible.

Le terme “boule de feu” décrit simplement un météore très brillant. C’est ce qui a été vu au-dessus de Vancouver. Le phénomène n’annonce ni catastrophe imminente ni anomalie cosmique majeure. Il rappelle surtout que notre planète traverse sans cesse un environnement spatial actif, peuplé de poussières, de petits cailloux et parfois de fragments plus conséquents. La plupart passent inaperçus. Celui-ci, en revanche, a rencontré la Terre au bon endroit, au bon moment et sous les yeux de milliers de personnes.

Publicité

Pourquoi cet épisode marque les esprits

Le vrai intérêt de cet événement ne tient pas seulement à sa vitesse. Un chiffre comme 119 000 km/h frappe évidemment l’imagination, mais ce qui retient surtout l’attention, c’est la combinaison rare entre observation humaine, enregistrement vidéo, bang supersonique et confirmation scientifique rapide. Peu de phénomènes célestes offrent un récit aussi complet en quelques heures.

Publicité

Dans une époque saturée d’images et d’alertes, ce genre de scène conserve pourtant une force intacte. Elle rappelle que le ciel peut encore surprendre sans prévenir, même au-dessus d’une grande agglomération. Et elle montre aussi à quel point les réseaux d’observation modernes, des caméras privées aux satellites météo, permettent désormais de documenter presque en temps réel des phénomènes autrefois racontés seulement à travers des témoignages.

En cela, cette boule de feu canadienne vaut presque comme une démonstration grandeur nature. Le spectacle a été bref. L’analyse, elle, raconte beaucoup plus. Elle dit quelque chose de notre place dans le Système solaire, mais aussi de notre capacité à comprendre un événement spectaculaire sans céder aux interprétations hasardeuses. Ce météore n’aura duré que quelques secondes. Pourtant, il aura suffi pour rappeler qu’au-dessus de nos têtes, l’espace n’est jamais tout à fait silencieux.

Carte du radiant d’une pluie de météores, utile pour comprendre d’où semblent provenir les traînées lumineuses observées dans le ciel. Crédit : NASA Goddard Space Flight Center.
Publicité

Un phénomène céleste

Ce météore observé au-dessus de la Colombie-Britannique n’a pas seulement offert une image spectaculaire. Il a aussi permis de suivre, presque pas à pas, la manière dont un phénomène céleste est identifié, mesuré et expliqué. Entre témoignages, sismomètres, vidéos et données de la NASA, l’épisode illustre parfaitement la rencontre entre émerveillement et méthode scientifique.

Retrouvez plus d’article sur le même thème ici.

Rejoignez nos 875 726 abonnés en recevant notre newsletter gratuite

N'oubliez pas de cliquer sur l'email de validation pour confirmer votre adresse email. Si vous ne l'avez pas recu vérifiez dans vos spams.

Laissez un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *