Démarchage téléphonique : vers une interdiction totale des appels frauduleux ?
Le démarchage téléphonique va basculer dans une nouvelle ère : à partir du 11 août 2026, les appels commerciaux non sollicités seront interdits, sauf consentement préalable.
D’ici là, les Français continuent pourtant de subir un flot d’appels indésirables et de tentatives d’arnaques, parfois très sophistiquées. Alors, comment reprendre la main dès maintenant, sans attendre l’entrée en vigueur de la loi ?
Une avalanche d’appels : pourquoi la France décroche… autant
Dans beaucoup de foyers, le scénario est devenu banal : un numéro inconnu s’affiche, on hésite, on décroche parfois… et c’est un silence, un robot, ou une offre “urgente”. Selon la séquence diffusée par TF1/LCI, 53% des appels reçus en France seraient non désirables, un niveau très élevé. La statistique circule aussi dans la presse tech, qui la relie à des mesures de détection des spams téléphoniques. C’est notamment le cas pour certains numéros en 06 ou 07 utilisés de façon détournée.
Ce qui fatigue le plus, ce n’est pas seulement la quantité. C’est l’incertitude permanente : un appel peut être un vrai livreur, un vrai médecin, une vraie administration… ou un imposteur. Le résultat, c’est une vigilance de tous les instants et, parfois, des victimes qui finissent par se faire piéger au mauvais moment.
Car entre le démarchage “classique” et l’escroquerie, la frontière est parfois mince. Les fraudeurs empruntent des codes commerciaux (discours rodé, pression, promesses), pendant que certains démarcheurs franchissent la ligne en multipliant les appels ou en jouant sur la confusion.
La loi du 11 août 2026 : fin de l’“opt-out”, début de l’“opt-in”
Jusqu’ici, la logique française reposait surtout sur l’opposition : c’est au consommateur de dire “non”, notamment via Bloctel. Le texte qui doit entrer en vigueur le 11 août 2026 inverse la charge : l’appel commercial sera interdit par défaut, sauf si la personne a donné son accord. Sur Légifrance, cette bascule apparaît dans le Code de la consommation, avec une entrée en vigueur explicitement rattachée à l’article 13 de la loi du 30 juin 2025.
Ce point est central : il ne s’agit pas d’un simple durcissement des horaires ou d’une énième liste à rallonge. La philosophie change. Le Monde résume l’idée ainsi : les entreprises devront pouvoir démontrer un consentement, par exemple via une case cochée ou une démarche volontaire.
Reste une question très concrète : pourquoi attendre août 2026 ? Plusieurs acteurs expliquent que la transition est calée sur la fin de la concession du dispositif Bloctel. UFC-Que Choisir rappelle que la bascule interviendra à cette date, avec l’enterrement de la liste telle qu’on la connaît.
Bloctel aujourd’hui : utile… mais pas magique
Bloctel demeure, en théorie, un outil simple : vous inscrivez vos numéros, et les professionnels sont censés les exclure de leurs campagnes. Le ministère de l’Économie rappelle que l’inscription est gratuite et qu’on peut y enregistrer plusieurs numéros.
Dans la vraie vie, tout dépend de la nature des appels que vous recevez. Contre des entreprises qui respectent les règles, Bloctel peut réduire la pression. Face à des plateformes opportunistes ou à des fraudeurs situés hors radar, l’effet est plus limité : ceux-là n’ont aucun intérêt à respecter une liste d’opposition.
Il faut aussi garder en tête que certains appels se cachent derrière des exceptions, ou s’appuient sur la notion de relation contractuelle. Bref : Bloctel n’est pas un bouton “silence total”. C’est un filtre administratif, utile, mais insuffisant seul.
Arnaques : les scénarios qui reviennent le plus souvent
Les fraudeurs changent de masque en permanence, mais quelques mécaniques reviennent. L’une des plus courantes consiste à se faire passer pour votre banque, un service de livraison, ou une administration, et à vous pousser à agir vite. Il y a par exemple de nombreux numéros à éviter pour ne pas tomber dans ces pièges.
Dans le sujet TF1/LCI, la journaliste Sandra Marconi insiste sur un réflexe : ne pas cliquer, ne pas répondre à un message qui se fait passer pour la banque, et vérifier via l’application officielle. Autre technique qui explose : le wangiri, ou arnaque au rappel, qui peut coûter très cher.
Enfin, certaines escroqueries jouent sur la curiosité ou la peur. Un SMS vous annonce un colis, une amende, une convocation : vous rappelez, vous cliquez, vous “confirmez” une identité… et la machine s’enclenche.
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Ce qu’il ne faut jamais faire quand un appel paraît louche
Quand la pression monte, le cerveau cherche une sortie rapide. C’est exactement ce que veulent les arnaqueurs. Refusez d’entrer dans leur tempo : ne communiquez jamais de code (banque, SMS, double authentification), n’installez rien “pendant l’appel”, et ne rappelez pas un numéro qu’on vous impose sans vérification.
Le Monde décrypte très clairement le problème du “spoofing” : le numéro affiché peut être falsifié, ce qui rend le tri “au feeling” beaucoup plus risqué. Si un doute persiste, coupez court et rappelez via un canal sûr. Par exemple, pour une banque, passez par l’application ou le numéro inscrit au dos de la carte. Ce n’est pas “parano”, c’est devenu une hygiène numérique de base.
Les outils concrets pour réduire les appels indésirables dès maintenant
Avant août 2026, il faut empiler plusieurs protections. Aucune n’est parfaite isolément, mais ensemble, elles font une vraie différence au quotidien. D’abord, exploitez les fonctions de filtrage intégrées à votre smartphone. Il existe parfois un réglage caché qui permet de bloquer automatiquement les spams.
Sur iPhone comme sur Android, vous pouvez limiter les appels de numéros inconnus, signaler un appel comme spam, et bloquer facilement une série de numéros. Cette routine prend quelques secondes, mais elle “éduque” aussi certains systèmes de détection.
Ensuite, utilisez les plateformes officielles de signalement. SignalConso, service public piloté par la DGCCRF, propose un parcours dédié au démarchage abusif et rappelle aussi l’existence de Bloctel. Pour les spams vocaux et SMS, Service-public cite également le 33700 comme canal de signalement (par SMS ou via l’interface associée).
Après l’interdiction : ce que la loi promet… et ce qu’il faudra surveiller
Sur le papier, l’interdiction du démarchage non consenti est une petite révolution. Le Parlement a entériné le principe, avec une entrée en vigueur fixée au 11 août 2026 et des exceptions encadrées.
Mais une loi ne suffit pas à elle seule à faire disparaître les appels frauduleux. D’abord parce que l’escroquerie ne se limite pas au démarchage : un fraudeur n’a pas besoin d’être “démarcheur” pour vous appeler. Ensuite parce que l’efficacité dépendra des contrôles et des sanctions, comme le soulignent les associations de consommateurs, dont UFC-Que Choisir, qui insiste sur le besoin de surveillance.
Il y aura aussi une période d’adaptation. Les entreprises devront revoir leurs bases de prospects, leurs preuves de consentement, et leurs pratiques. Les fraudeurs, eux, chercheront probablement d’autres portes d’entrée : SMS, messageries, usurpation de numéros, voire appels via l’étranger.
Le calme ne viendra pas tout seul, et l’on peut déjà reprendre la main
L’interdiction du démarchage téléphonique non consenti, prévue pour le 11 août 2026, marque un vrai tournant. Elle répond à une exaspération massive et à un constat partagé : le modèle actuel laisse trop de place aux abus.
En attendant, l’essentiel est de combiner des gestes simples : filtrer, bloquer, signaler, et surtout ne jamais agir sous pression. Les arnaqueurs misent sur la panique et l’automatisme. En ralentissant, vous cassez leur mécanique.
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