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« Pour oser sortir avec des talons et maquillé dans la rue, il faut avoir des couilles » : Valentin Nerdenne, dragqueen, nous a expliqué les dessous de cet univers qui questionne les genres et leur place dans notre société !

Publié par Salomee le 01 Août 2020 à 7:33
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Notre société actuelle est construite sur des bases patriarcales, qui sont aujourd’hui positivement remises en question. Les organisations humaines ont développé des schémas genrés : une femme donne la vie par sa rencontre avec un homme viril. Chaque rôle se définit via ce modèle universel, qui met à mal de nombreuses personnes, jugées différentes, offensantes par leur désir naturel de vivre hors de ces normes.

Aujourd’hui, les normes changent, se bouleversent dans une lutte pour l’égalité, l’acceptation de la différence. Hommes et femmes subissent les injonctions de cette société normée, à différents degrés. Valentin Nerdenne, dragqueen, nous a raconté les dessous de cet univers qui bouleverse en usant des stéréotypes du genre. Découvrez l’interview exclusive dans la vidéo ci-dessous : 

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L’histoire de Valentin Nerdenne alias Barbara Dicknson

Valentin Nerdenne est venu nous parler de l’univers des dragqueens, dont il fait aujourd’hui parti. Ce jeune homme est comédien et continue sa formation au conservatoire de théâtre.

Pour interpréter un rôle de dragqueen, il a voulu s’immerger dans ce monde intriguant. Il a commencé par regarder les quelques documentaires disponibles sur le sujet puis la fameuse téléréalité Ru Paul, qui a largement démocratisé le sujet. Puis, il a assisté à des shows de drag à Paris. Après sa performance théâtrale, Valentin Nerdenne a ressenti un vide intense, un vide laissé par la soudaine disparition de ce « mélange des genres ». Conscient secrètement de son attirance, depuis l’enfance, pour le déguisement et le travestissement, ce rôle lui a permis de réaliser son besoin d’intégrer cet univers libre.

Désormais, Valentin Nerdenne se transforme fréquemment, le temps d’une soirée, en Barbara Dicknson, une femme plus confiante qui aime jouer des stéréotypes. Par son entrée dans cet univers, il a pu en apprendre davantage sur les questions de genre, les différentes sexualités, les nombreuses identités. Il a côtoyé des personnes qui ont décidé de vivre selon leurs envies, leur désirs dans une société en mal d’acceptation.

Issu d’une famille ouverte d’esprit, Valentin nous livre un témoignage positif, bienveillant sur son expérience de dragqueen. Conscient de vivre dans une société « genrée », il aime cette idée d’emprunter les codes que celle-ci donne aux femmes pour les « singer » , les caricaturer afin de faire perdre l’importance identitaire de ces conventions.

En effet, hommes et femmes doivent répondre à des stéréotypes pour intégrer ce monde genré sans faire de vague. Ces deux genres universels y répondent tant bien que mal, en perdant confiance, en se questionnant sur leur véritable identité, en tentant de parfaire à ces injonctions inconscientes. Parce qu’aujourd’hui, les humains sont guidés par leur volonté de correspondre aux codes qui entourent leur genre. Pourquoi ? Pour être acceptés.

La dragqueen, une offense à la suprématie de l’homme dans la société

« Les hommes dragqueen vont OSER perdre leur virilité, donc perdre leur suprématie«  : cette phrase fait retentir la réalité patriarcale. Dans notre société, un homme doit forcément être différent d’une femme. Il doit être fort, viril, sans émotion, sans paillette, sans expression. Contrairement à la femme, qui doit être fragile, bienveillante, touchante, en recherche de protection. Il est nécessaire de déconstruire ces schémas destructeurs et normés, qui creusent les différences entre hommes et femmes.

Dans ce monde classifié et organisé, la dragqueen choque et provoque. En effet, en empruntant « les attraits qu’on attribue au genre féminin » , elle bouleverse. Notamment et surtout parce qu’il s’agit d’hommes déguisés en femmes. Pris sous un autre angle, le déguisement n’a pas la même intensité : si un homme ou une femme caricature son propre genre, à l’image d’un homme déguisé en pirate ou d’une femme en princesse, le travestissement reste purement ludique. En caricaturant l’autre genre, la dragqueen devient immédiatement politique, revendique et interroge sans forcément avoir eu l’ambition de le faire. Simplement parce que l’homme n’est plus celui qu’il DOIT être. 

En jouant sur les archétypes de l’homme fort, Valentin Nerdenne affirme la chose suivante : « pour oser sortir avec des talons et maquillé dans la rue, il faut avoir des couilles » , les couilles de perdre un statut dominant. Mais les couilles aussi de changer les normes, d’apporter de la joie, de la bonne humeur, de jouer la comédie, de se déguiser, d’être insouciant face aux genres et à leurs injonctions insupportables.

Valentin le dit lui-même, s’éloigner de ces codes lui permet de se forger une plus forte confiance en lui : « puisque qu’on n’entre pas dans un genre, on est vraiment un être à part » . Libéré des stéréotypes, il est simplement. Il n’est ni un homme ni une femme, simplement une personne vivante et heureuse de vivre. Preuve que les normes jouent un rôle important sur notre santé mentale, nos doutes, nos interrogations sur la « normalité » , notre place dans la société. L’humain est par nature un « animal social » , qui fédère et se rassemble. Dans une société où tout est différence en dehors des normes, qui sont encore restreintes, les minorités subissent.

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Vers une véritable mise en lumière des minorités

Dans cette interview, Valentin parle de l’invisibilisation de la communauté queer, qui se définit comme un ensemble de personnes dont l’identité sexuelle, le genre n’entre pas dans les modèles dominants, les modèles de notre société genrée : homme ou femme ou rien. Grâce aux nombreux mouvements de libération de la parole et à une meilleure valorisation de ces mouvements sur les canaux de communication, notre société change positivement et heureusement. Mais remercions le courage et les « couilles » de ces dragqueens.

Tout le problème réside dans la place que l’on souhaite attribuer à l’humain dans une société. La différence est subjective. Est différent ce qui n’est pas la norme. Une cité qui inclut, qui offre une audience aux minorités, les intègrent automatiquement dans cette norme. La xénophobie, le racisme, l’antisémitisme, l’homophobie et on en passe, se résume à la peur et le rejet de la différence. Via l’inclusion sociale, médiatique, économique, politique, la norme change et évolue, s’agrandit pour accueillir et cultiver la diversité.

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