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« Elle a mis la main dans le pantalon de ma fille de 15 ans » : des supportrices bordelaises dénoncent des fouilles humiliantes à Bayonne

Publié par Elsa Lepic le 06 Mai 2026 à 13:06
« Elle a mis la main dans le pantalon de ma fille de 15 ans » : des supportrices bordelaises dénoncent des fouilles humiliantes à Bayonne

Samedi dernier, les Girondins de Bordeaux se déplaçaient à Bayonne pour la 28e journée de National 2. Un match de foot ordinaire en apparence. Sauf qu’avant même le coup d’envoi, l’entrée du stade Jean Dauger s’est transformée en cauchemar pour de nombreuses supportrices bordelaises. Des palpations décrites comme « invasives », « humiliantes », poussées jusque dans les sous-vêtements. Une vingtaine de femmes ont déjà fait un signalement. Et certaines ont décidé de porter plainte.

Ce que décrivent les supportrices bordelaises

C’est l’association de supporters Ultramarines Bordeaux 1987 qui a donné l’alerte en premier, directement sur le réseau social X. Le message est sans ambiguïté : les membres dénoncent « des palpations exagérées jusqu’aux parties intimes » et « des actes humiliants et dégradants inadmissibles ». Le groupe appelle toutes les victimes à les contacter pour « envisager une action commune ».

GIRONDINS DE BORDEAUX

Derrière ces mots, il y a des récits glaçants. Celui de Sophie — prénom modifié — recueilli par ICI Gironde, est particulièrement difficile à lire. Sa fille de 15 ans « s’est effondrée en larmes » après les contrôles à l’entrée du stade. La mère décrit les gestes d’une policière qui « a carrément mis la main dans le pantalon » de l’adolescente, faisant « tout le tour de sa taille avec la main toujours à l’intérieur ». La CRS lui aurait aussi soulevé le t-shirt avant de lui toucher la poitrine.

Sophie elle-même dit avoir subi un traitement similaire, « mais pas au niveau du pantalon ». Sa fille, mineure, faisait partie d’un groupe de supportrices venues simplement encourager leur équipe. Mais ce qui s’est passé à la fouille n’a rien à voir avec un contrôle de sécurité classique.

Une ambassadrice de Her Game Too parmi les victimes

Le témoignage de Sophie n’est pas isolé. Maëva Lagarde, supportrice des Girondins et ambassadrice de l’association Her Game Too — qui lutte contre le sexisme dans le sport — était elle aussi au stade Jean Dauger ce jour-là. Elle décrit la même scène, avec la même CRS.

Entrée d'un stade de football avec portiques de sécurité et barrières métalliques

Selon son récit, la policière « s’est permise de rester assez longtemps au niveau de ma poitrine avec des mains dans le soutien-gorge ». Un détail aggrave encore le tableau : « Elle n’a pas fouillé avec la tranche de la main. » Autrement dit, ce n’était pas une palpation réglementaire, mais un contact plein, direct, prolongé. Les protocoles de sécurité encadrent très précisément les gestes autorisés lors des fouilles. Ce que décrivent ces femmes va bien au-delà.

L’association Her Game Too recense depuis samedi soir une vingtaine de signalements sur sa plateforme en ligne. Parmi les victimes, deux sont mineures. Les faits signalés relèvent, selon l’association, de violences sexistes et sexuelles. Ce n’est malheureusement pas la première fois que le monde du football est secoué par des comportements scandaleux, mais ici, ce sont des représentantes des forces de l’ordre qui sont mises en cause.

Un stade, un match, et un contexte qui interroge

Le match entre Bayonne et les Girondins de Bordeaux n’avait rien d’un choc à haut risque. On parle ici de National 2, la quatrième division du football français. Pas d’un Classique entre l’OM et le PSG, où les tensions sont légendaires. Et pourtant, les fouilles décrites dépassent de très loin ce qu’on pourrait attendre dans n’importe quel contexte, même le plus sensible.

Les supporters bordelais se déplacent régulièrement, dans des ambiances festives et encadrées. Être supporter et aller au stade, c’est censé rester une fête, pas une épreuve. La question qui revient dans tous les témoignages est simple : pourquoi un tel niveau de contrôle, avec de telles méthodes, pour un match de N2 ?

Aucune explication officielle n’a été communiquée pour l’instant sur les raisons qui auraient justifié des fouilles aussi poussées. Ce flou renforce le sentiment d’arbitraire décrit par les victimes.

Ce que dit la loi sur les palpations de sécurité

En France, les palpations de sécurité à l’entrée des stades sont encadrées par la loi. Elles doivent être effectuées par une personne du même sexe — c’est le cas ici, les CRS incriminées étant des femmes. Mais la loi précise aussi que ces palpations se font « par-dessus les vêtements », avec la tranche de la main, et ne doivent jamais s’apparenter à une fouille à corps.

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Une fouille à corps, c’est tout autre chose : elle ne peut être ordonnée que par un officier de police judiciaire, dans le cadre d’une enquête, et dans un local fermé. Glisser la main dans un pantalon ou dans un soutien-gorge à l’entrée d’un stade, devant tout le monde, sur une mineure de 15 ans — si les faits sont confirmés — n’entre dans aucun cadre légal. C’est précisément ce que les plaintes déposées devront établir.

Le droit distingue très clairement la palpation de sécurité (superficielle, rapide, consentie) de l’attouchement (contact prolongé, intrusif, non justifié). Les descriptions fournies par les supportrices bordelaises penchent très nettement du côté de la seconde catégorie.

Des plaintes annoncées, un club qui « suit de très près »

Plusieurs victimes ont indiqué vouloir porter plainte. Les Ultramarines ont mis en place une adresse mail dédiée — justice.ub87@gmail.com — pour centraliser les témoignages et « envisager une action commune ». L’association de supporters promet d’apporter « tout le soutien nécessaire » aux victimes.

Du côté du club, les Girondins de Bordeaux ont réagi avec prudence. Le club dit « suivre de très près la situation » et espère « que toute la lumière sera rapidement faite sur cette affaire ». Pas de condamnation directe, pas de mise en cause nominative. La position classique d’un club qui attend les résultats d’une enquête — mais qui ne peut pas ignorer les témoignages de ses propres supporters.

Her Game Too, de son côté, continue de recueillir les signalements. L’association, créée au Royaume-Uni et implantée en France depuis quelques années, milite pour que les stades de football soient des espaces sûrs pour les femmes. Cette affaire montre que le chemin reste long. Le problème du sexisme dans le sport dépasse largement les frontières du terrain — il commence parfois dès le portique d’entrée.

Vingt signalements, et un silence qui pèse

Ce qui frappe dans cette affaire, c’est le nombre. Vingt femmes qui signalent des faits similaires, le même jour, au même endroit, avec des descriptions convergentes. Ce n’est plus un incident isolé. C’est un schéma. Et le fait que deux mineures figurent parmi les victimes rend l’affaire encore plus grave.

À l’heure où cet article est publié, ni la préfecture des Pyrénées-Atlantiques ni la direction départementale de la sécurité publique n’ont communiqué sur les faits. Le silence des autorités contraste avec la parole libérée des supportrices. Sophie, Maëva et les autres ont choisi de raconter ce qu’elles ont vécu. Reste à savoir si la justice leur donnera raison.

Une chose est certaine : aller au stade avec sa fille de 15 ans pour soutenir son équipe ne devrait jamais se terminer en larmes. Le football français a encore du travail pour que ses enceintes soient vraiment un espace pour tous — et surtout pour toutes.

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