Voilà pourquoi vous ne devriez plus acheter des fraises qui viennent d’Espagne

C’est un plaisir estival qu’on ne renierait pour rien au monde. Un grand saladier de fraises bien rouges, savoureuses et juteuses, délicatement saupoudrées de sucre pour conclure des dîners en famille, entre amis ou en couple. S’il n’est pas forcément évident de se procurer des fraises locales plutôt coûteuses, les fraises importées d’Espagne sont généralement disponibles dans la plupart des grandes surfaces à un prix défiant toute concurrence. Le pays exporte chaque année plus de 400 000 tonnes de fraises pour un montant frôlant les 600 000 millions d’euros. Mais derrière ce business de « l’or rouge » se cachent cependant des vérités bien plus sombres.

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fraises espagne

La cueillette des fraises, un business juteux pour l’Andalousie et l’Espagne

Les touristes s’aventurant sur les autoroutes du sud de l’Espagne sont obligatoirement frappés par ce spectacle ahurissant. Des grandes bâches blanches qui s’étendent à perte de vue, recouvrant ainsi les plaines andalouses sur des dizaines, des centaines de kilomètres. La province espagnole produit et exporte chaque année des centaines de milliers de tonnes de fruits et légumes, cultivés sous ces serres géantes tout au long de l’année. L’Andalousie, territoire aride, au coeur de la Sierra Nevada, est devenue au fil des années le « Jardin de l’Europe » . Ce business juteux dynamise l’économie locale (580 millions d’euros pour 400 000 tonnes de fraises exportées chaque année) et pousse les producteurs à embaucher toujours plus de main-d’oeuvre pour développer leur activité. Mais l’envers du décor n’est pas aussi radieux.

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Des milliers de jeunes marocaines exploitées pour la cueillette des fraises

Pour accroître leur productivité, les agriculteurs andalous recrutent chaque année des milliers de jeunes femmes pour la récolte des fraises cultivées sous-serres. Ces ouvrières débarquent principalement du Maroc, où le coût de la main-d’oeuvre est assez faible. La filière s’est largement développée ces dernières années avec l’instauration d’un système de visa travailleur mis en place par les gouvernements espagnol et marocain en 2001. L’Espagne employait 200 Marocaines en 2001, elles sont 21 000 aujourd’hui sous les serres andalouses.

Serres andalouses fraises

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Des conditions de travail inhumaines sous un soleil de plomb

Interloqués par le développement sans précédent de cette filière hispano-marocaine, des journalistes du Guardian ont mené l’enquête en interrogeant une dizaine de ces ouvrières chargées de la récolte des fraises. Les témoignages de ces jeunes femmes sont édifiants. Conditions de travail inhumaines, salaires misérables, logements insalubres, maltraitance… La cueillette des fraises se transforme en véritable cauchemar pour ces jeunes femmes. « Avant de quitter ma maison, j’étais vue comme une héroïne pour tout le monde, raconte Samira au Guardian. Personne dans mon village n’avait jamais eu la chance d’aller travailler dans un pays aussi riche que l’Espagne, mais cela s’est avéré être la pire décision de ma vie. » Si les exploitants promettent 40€ par jour aux travailleuses qui sont nourries et logées sur place, la réalité est tout autre.

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Quand la récolte des fraises se transforme en véritable cauchemar

Ces jeunes marocaines qui délaissent leur famille et parfois même leurs enfants découvrent alors l’horreur de leurs conditions de travail. En plus de la tâche éreintante qui consiste à récolter les fraises, pliées en quatre sous une température avoisinant les 40 degrés, ces ouvrières sont exploitées sans commune mesure. Elles sont ainsi forcées de travailler parfois pendant 12 heures consécutives sans interruption par des employeurs qui refusent de les payer ou les privent de nourriture s’ils jugent qu’elles n’ont pas été assez productives. Les travailleuses sont aussi régulièrement victimes ou témoins de trafic d’êtres humains, de harcèlement, d’agressions sexuelles et de racisme selon les dires des Marocaines interrogées. « Certaines racontent avoir été violées, d’autres ont subi des pressions pour obtenir de la nourriture et de l’eau en échange de relations sexuelles. D’autres femmes avaient également reçu l’ordre de se prostituer avec des hommes qui venaient attendre dans leur voiture devant la ferme chaque nuit » rapporte le quotidien britannique.

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Un système mis en place pour abuser des femmes étrangères

En plus de ces conditions de travail inhumaines, les jeunes ouvrières vivent dans des logements étroits et insalubres, avec des douches et toilettes défectueuses. Les exploitants mettent tout en oeuvre pour profiter de la vulnérabilité des ces cueilleuses de fraises. « J’ai vu qu’ils recherchaient des femmes entre 20 et 45 ans pour quelques mois dans les champs sous les serres, témoigne Aicha. J’ai demandé si mon mari pouvait avoir un poste lui aussi mais on m’a répondu qu’ils cherchaient seulement des femmes. J’ai compris par la suite que c’était pour nous exploiter plus facilement. » Dès son arrivée en Espagne, la jeune femme est harcelée et agressée sexuellement.

Fraises espagne

Cette situation critique interpelle les activistes des groupes de défense des droits des femmes comme Alicia Navascues, membre de Mujeres 24. Elle dénonce dans les colonnes du Guardian un système bien ficelé pour exploiter les jeunes Marocaines qui traversent la Méditerranée : « Ils recherchent délibérément de la main-d’œuvre vulnérable et peu couteuse au Maroc. À savoir, des femmes venant des zones rurales, ayant de jeunes enfants, qui ne comprennent que l’arabe et, donc, qui ne peuvent pas comprendre les contrats écrits en espagnol, ni faire valoir leurs droits »

L’inaction criante de la police et des pouvoirs publics

Après six semaines d’abus en tous genres, les cueilleuses de fraises Samira, Aicha et huit autres collègues décident d’aller porter l’affaire devant les officiers de la Guardia Civil. Mais Samira déchante très rapidement. « Nous pensions que lorsque nous irions voir la police pour porter plainte, nous obtiendrions justice, mais au lieu de ça, nous avons été abandonnées. » Leurs témoignages sont minimisés et les tribunaux d’Andalousie s’opposent à l’ouverture d’une enquête mettant en lumière un manque de preuves. Les gouvernements font eux aussi la sourde oreille.

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« Bien que de nombreuses plaintes pour exploitation et viol ont été relayées dans les médias, le ministère marocain du Travail, chargé de recruter et de délivrer les visas aux travailleurs migrants, a nié l’an dernier que des plaintes formelles avaient été déposées«  rapporte le Guardian. Le cauchemar des accusatrices est toutefois loin d’être terminé. Elles n’ont plus de logement, ni aucune ressource. Leur visa de travail a expiré mais elles refusent de quitter le pays tant que justice n’aura pas été faite. Certaines ont été désavouées par leur mari ou leurs familles qui ont appris l’envers du décor des serres andalouses. La cueillette des fruits peut donc se transformer en véritable calvaire, pensez donc à vérifier l’origine de vos fraises, pour ne pas attraper la nausée.

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Publié par Maxime le 11 Mar 2020
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