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« Blocage, blocage » : l’ambassade d’Iran détourne le tube de Desireless avec un deepfake de Trump

Publié par Elsa Fanjul le 14 Avr 2026 à 16:36

En pleine tension entre Washington et Téhéran autour du détroit d’Ormuz, l’ambassade d’Iran en Afrique du Sud a choisi une arme inattendue : un tube français des années 80. Une vidéo parodique de Donald Trump chantant une version détournée de Voyage, Voyage de Desireless vient d’enflammer les réseaux sociaux. Et le résultat est aussi surréaliste que calculé.

Quand Desireless s’invite dans la géopolitique mondiale

Pétroliers bloqués dans le détroit d'Ormuz au coucher du soleil

On pensait avoir tout vu dans la guerre de communication entre les États-Unis et l’Iran. On avait tort. L’ambassade iranienne en Afrique du Sud a publié sur son compte X une vidéo dans laquelle Donald Trump apparaît en train de chanter Blockade, Blockade — une parodie directe du hit planétaire de Desireless, sorti en 1986.

Le montage, réalisé à l’aide de l’intelligence artificielle, montre le président américain interpréter ce détournement musical avec un sérieux déconcertant. La légende qui accompagne la publication ne laisse aucun doute sur l’intention : « And today’s popular music: ‘blockade’ by Trump ». Un trolling diplomatique en bonne et due forme.

Le contexte, lui, n’a rien d’une plaisanterie. Le détroit d’Ormuz, par lequel transite environ un cinquième du pétrole mondial, est au cœur d’un bras de fer entre les deux pays. Et c’est précisément ce blocus que l’Iran a décidé de tourner en dérision. Mais les paroles de la parodie vont bien plus loin qu’un simple jeu de mots.

Les paroles qui piquent sous le vernis musical

Dans cette version détournée, le faux Trump ne se contente pas de chanter Blockade, Blockade sur l’air entêtant de Desireless. Les paroles glissées dans sa bouche sont un missile diplomatique déguisé en karaoké.

On y entend notamment : « S’il vous plaît, laissez les bateaux passer », une allusion directe à l’impossibilité pour les navires commerciaux et pétroliers de franchir le détroit. Plus mordant encore : « Maintenant, les MAGA et Melania, laissez-moi », suivi d’un « Je pense que bientôt je vais me faire destituer… »

Le message est limpide. L’Iran ne se contente pas de bloquer un passage maritime stratégique : il ridiculise le président américain en le présentant comme un leader impuissant, incapable de résoudre la crise et potentiellement menacé dans son propre camp. Le tout sur un air que des millions de Français connaissent par cœur.

Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que Téhéran joue la carte de la provocation numérique dans ce conflit. Mais le choix d’un tube français des années 80 ajoute une dimension surréaliste que personne n’avait vue venir.

Le détroit d’Ormuz, l’arme économique ultime de l’Iran

Pour comprendre pourquoi cette vidéo est plus qu’un simple buzz, il faut mesurer l’enjeu du détroit d’Ormuz. Ce corridor maritime de 34 kilomètres de large, coincé entre l’Iran et Oman, est le goulot d’étranglement le plus critique du marché pétrolier mondial.

Chaque jour, environ 21 millions de barils de pétrole y transitent. Un blocus, même partiel, fait immédiatement flamber les prix du carburant à l’échelle planétaire. Les automobilistes français le savent : les tensions au Moyen-Orient se ressentent directement à la pompe. Certains analystes évoquent déjà un litre d’essence à 2 euros si la situation s’enlise.

L’Iran le sait parfaitement. En bloquant Ormuz, Téhéran dispose d’un levier de pression colossal sur les économies occidentales. Et en publiant cette vidéo, l’ambassade rappelle que le régime iranien maîtrise aussi la guerre de l’information — avec une légèreté qui contraste avec la gravité de la situation sur le terrain.

Les frappes américaines sur l’Iran et les pertes militaires des deux côtés donnent à cette parodie musicale un arrière-goût amer. Derrière le rire, c’est une vraie démonstration de soft power.

Pourquoi l’Iran mise tout sur la dérision

Ce n’est pas un hasard si c’est l’ambassade d’Iran en Afrique du Sud qui a diffusé cette vidéo, et non Téhéran directement. En passant par une représentation diplomatique dans un pays du Sud global, l’Iran cible un public bien précis : les nations qui ne sont alignées ni avec Washington, ni avec les puissances occidentales.

Le message sous-jacent est clair : les États-Unis ne font pas peur. Trump chante pendant que l’Iran contrôle le détroit. C’est une inversion totale du rapport de force, du moins dans la narration. Et sur les réseaux sociaux, la narration compte autant que les faits.

Cette stratégie de communication par la moquerie n’est pas nouvelle dans les conflits modernes. Mais utiliser un tube de variété française pour humilier un président américain, c’est un niveau de créativité qu’on n’attendait pas forcément d’une ambassade. Le choix de Desireless — et non d’un artiste anglo-saxon — intrigue d’ailleurs les observateurs. Certains y voient un clin d’œil à la position française dans ce conflit, d’autres une simple volonté de viralité maximale avec un morceau universellement reconnaissable.

Pendant que les négociations entre Washington et Téhéran oscillent entre menaces et retournements, cette vidéo a déjà fait le tour du monde. Et Desireless, 39 ans après la sortie de son tube mythique, se retrouve mêlée — bien malgré elle — à l’un des conflits géopolitiques les plus tendus de la décennie. Voyage, Voyage n’avait probablement jamais autant voyagé.

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