Tarif réglementé EDF : qui va payer plus… et qui va gagner à partir du 1er février
Le tarif réglementé EDF revient sur le devant de la scène à partir du 1er février 2026. Sur le papier, la hausse redoutée n’est pas au rendez-vous.
Pourtant, derrière une moyenne presque immobile, des millions de foyers vont constater des écarts très concrets sur leur facture.
Un “tarif bleu” qui bouge sans vraiment bouger
Depuis la crise énergétique, le tarif réglementé de vente de l’électricité est devenu un repère. Beaucoup y voient un bouclier. D’autres le prennent comme une boussole pour comparer les offres de marché. Dans tous les cas, sa mise à jour reste un moment clé, car elle donne le ton pour le reste du secteur.
Cette fois, la Commission de régulation de l’énergie a proposé de maintenir les tarifs réglementés TTC globalement stables en moyenne au 1er février 2026, avec une légère baisse de l’ordre de 0,83 %. Cette baisse, bien que minime, marque la fin d’une période de fortes tensions.
Dit autrement : l’“étiquette” générale ne change presque pas. Mais ce chiffre moyen cache un mécanisme plus subtil. Car le TRVE n’est pas un prix unique. Il additionne plusieurs briques : l’acheminement (réseau), l’approvisionnement (énergie), et les taxes. La CRE rappelle aussi que 19,75 millions de clients résidentiels étaient encore au TRVE en France métropolitaine continentale au 30 septembre 2025.
Autant de contrats, donc autant d’habitudes de consommation… et autant de réactions différentes quand les curseurs bougent. Le contexte, lui, évolue vite. La CRE met en avant la fin de l’ARENH au 31 décembre 2025 et une nouvelle façon de refléter les prix de marché de gros, tout en intégrant d’autres coûts, comme ceux liés aux certificats d’économie d’énergie.
Le détail qui compte : l’abonnement reprend la main
Dans une facture d’électricité, l’œil se fixe souvent sur le prix du kilowattheure. Pourtant, l’abonnement pèse lourd, surtout pour les petits consommateurs. Et c’est justement là que se joue une partie importante du 1er février.
Le gouvernement prévoit en effet une baisse du taux de la Contribution tarifaire d’acheminement. Elle passerait de 21,93 % à 15 %. Service-Public précise que cette baisse se traduit surtout par une diminution de la part fixe, de l’ordre d’une dizaine d’euros par an pour un foyer, sans effet direct sur le prix du kWh consommé.
En parallèle, il faut aussi compter avec une hausse mécanique annuelle de l’accise sur l’électricité, annoncée à 30,85 €/MWh contre 29,98 €/MWh auparavant. Un changement de tarif qui reste surveillé de près par les associations de consommateurs.
Résultat : des mouvements contraires s’annulent partiellement. L’affichage “stable” devient alors une moyenne statistique, pas une promesse identique pour tous. C’est ici que l’option tarifaire prend toute son importance. Base, heures pleines/heures creuses, Tempo, EJP : chacune réagit différemment à la même mise à jour. Et c’est ce tri qui va séparer les gagnants des perdants.
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Heures creuses : l’option qui gagne du terrain
Pendant longtemps, l’option heures pleines/heures creuses a eu un défaut : elle n’était rentable que si l’on décalait une part importante de sa consommation la nuit. Pour certains foyers, c’était simple. Pour d’autres, impossible.
À partir du 1er février, la mécanique devient plus favorable. Plusieurs acteurs du suivi des prix estiment que le seuil de rentabilité baisse nettement : il suffirait d’environ 26 % de consommation placée en heures creuses pour que l’option devienne plus intéressante que l’option Base, contre 31 % auparavant. Il est crucial de surveiller son chauffage pour maximiser ces économies.
Concrètement, cela change le profil des “bons candidats”. Un chauffe-eau programmé, un lave-linge lancé au bon moment, un lave-vaisselle en différé : ces gestes, qui semblaient anecdotiques, peuvent désormais faire basculer le calcul. Pour les foyers équipés d’un véhicule électrique, l’effet peut être encore plus visible, parce que la recharge pèse lourd et se pilote facilement.
Ce mouvement n’est pas neutre. Il s’inscrit dans une logique plus large d’incitation à décaler la demande, alors que le système électrique doit composer avec des pics hivernaux et une production renouvelable variable. D’ailleurs, la réforme des heures creuses engagée fin 2025 vise aussi à mieux coller aux nouveaux équilibres de production, notamment en journée.
L’illusion de la moyenne : ce que dit vraiment la CRE
À ce stade, on comprend mieux pourquoi la moyenne ne raconte pas l’histoire entière. La CRE donne d’ailleurs un exemple parlant : pour une consommation annuelle de 4,5 MWh, la facture TTC passerait d’environ 1 051 € à 1 042 €, soit une baisse d’environ 9 € par an.
Ce chiffre paraît modeste. Pourtant, il masque deux réalités. D’abord, un foyer peu consommateur ressentira plus fortement toute variation d’abonnement. Ensuite, un foyer très consommateur verra davantage l’impact du prix du kWh, donc de la répartition entre heures pleines et heures creuses. Un mauvais réglage de la puissance souscrite peut d’ailleurs fausser tous ces calculs.
Autre détail qui mérite attention : la CRE évoque aussi des évolutions de structure, comme la suppression de l’option Base pour certaines puissances (18 à 36 kVA) chez les résidentiels en métropole, dans une logique d’orientation vers une option HP/HC. Ce point concerne moins de foyers, mais il montre la direction : pousser vers des tarifs qui envoient un “signal” horaire.
Tempo : la mauvaise surprise que peu attendaient
On la présente souvent comme une offre “maligne”. Tempo récompense ceux qui adaptent fortement leur consommation. Les jours bleus et blancs peuvent être très avantageux. Et les jours rouges, eux, servent de rappel à l’ordre en plein hiver, quand le réseau est sous tension. EDF a d’ailleurs précisé les heures stratégiques pour couper ses appareils les jours de forte tension.
Le principe reste le même : 300 jours bleus, 43 jours blancs, et 22 jours rouges, placés sur la saison froide, avec des heures pleines très coûteuses ces jours-là. Cette logique est rappelée par des sources pédagogiques du secteur, ainsi que par EDF dans la description de l’option.
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Sauf qu’au 1er février 2026, le signal se durcit. Plusieurs estimations évoquent une hausse des prix du kWh TTC sur l’ensemble des créneaux Tempo, avec des augmentations pouvant aller d’environ +7,5 % à plus de +9 % selon les cas, notamment sur les heures pleines des jours rouges. Même si l’abonnement peut légèrement bouger selon la puissance, la tendance côté énergie devient moins favorable.
EJP : l’option “historique” qui change de logique
EJP est devenue rare. Mais elle existe encore, et elle concerne toujours des centaines de milliers de clients. Le principe ressemble à Tempo, mais en version plus brutale : quelques jours de pointe très chers, et le reste de l’année à un prix plus doux.
Or, à partir du 1er février 2026, le basculement annoncé est spectaculaire. Pour 343 jours, le prix du kWh hors taxes augmenterait fortement, passant de 0,0882 € à 0,1176 €, soit environ +33 %. En face, le prix pendant les heures de pointe mobile baisserait nettement, autour de 0,2558 € contre 0,8756 € auparavant.
Sur le papier, on pourrait croire à une meilleure “incitation”. Dans les faits, beaucoup de clients EJP risquent surtout de perdre l’avantage qu’ils avaient sur la majorité de l’année. Et peu de foyers compensent une hausse sur 343 jours uniquement grâce à 22 jours de pointe, même avec une baisse marquée sur ces créneaux. C’est donc une ligne rouge claire : les gros perdants, ce sont les contrats dont le “socle” annuel augmente.
Comment éviter la mauvaise surprise sur sa facture EDF
Avant tout, il faut vérifier son option tarifaire. Beaucoup de consommateurs connaissent leur fournisseur, mais pas leur option exacte. Or, c’est elle qui pilote l’évolution réelle au 1er février.
Ensuite, il faut regarder ses usages pilotables. Un foyer peut souvent gagner sans se priver, simplement en programmant les appareils. À l’inverse, un foyer chauffé à l’électrique, peu flexible, peut souffrir sur Tempo lors des jours rouges.
Enfin, il faut garder en tête que le marché a bougé. Les offres évoluent, les taxes aussi, et les règles d’heures creuses s’adaptent progressivement. Le tarif réglementé EDF reste un repère, mais il n’est plus une garantie uniforme. Au final, la mise à jour du 1er février 2026 ressemble à un test grandeur nature : ceux qui peuvent déplacer leur consommation seront mieux armés.
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