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Dans les comptes de Sabrina, agente d’entretien à Dunkerque à 1 430 € nets par mois

Publié par Mathieu le 22 Mai 2026 à 19:02

Sabrina a 41 ans. Elle est agente d’entretien dans une résidence pour personnes âgées à Dunkerque, dans le Nord. Chaque mois, elle touche 1 430 € nets. Mère célibataire d’un garçon de 9 ans, elle jongle entre des horaires décalés et un budget où chaque dizaine d’euros compte. Voici comment elle répartit chaque euro — et ce qu’il reste une fois que tout est payé.

Ce qui tombe sur son compte chaque mois

Sabrina travaille 35 heures par semaine, réparties entre 6 h et 14 h du lundi au vendredi, avec un samedi sur deux en plus. Son salaire de base s’élève à 1 380 € nets. À cela s’ajoutent environ 50 € mensuels de prime de dimanche et jours fériés, lissés sur l’année. Total salarial : 1 430 € nets.

Sabrina agente d'entretien comptant son budget mensuel

Mais ce n’est pas tout ce qui arrive sur son compte. En tant que mère isolée, Sabrina perçoit l’allocation de soutien familial (ASF) versée par la CAF : 195 € par mois. Elle touche aussi 78 € d’APL, qui viennent en déduction directe de son loyer. Enfin, la prime d’activité lui rapporte 186 € mensuels.

Au total, Sabrina dispose de 1 811 € de ressources mensuelles pour faire tourner son foyer. C’est bien en dessous du salaire médian français, qui tourne autour de 2 100 € nets pour un temps plein. « Je ne me plains pas, il y a pire. Mais je ne peux rien laisser filer, sinon c’est la spirale », résume-t-elle.

Les factures qui tombent avant même d’avoir ouvert le frigo

Le poste le plus lourd, c’est le loyer. Sabrina occupe un T3 de 58 m² dans un quartier HLM de Dunkerque. Loyer brut : 520 €. Après déduction des APL (78 €), il lui reste 442 € à sortir de sa poche. Les charges locatives (eau froide, entretien des communs, ordures ménagères) montent à 65 € par mois.

Côté énergie, son appartement est chauffé au gaz collectif. Elle paie 87 € de mensualité gaz + électricité combinés. L’hiver, la régularisation annuelle lui coûte généralement une centaine d’euros supplémentaires, qu’elle provisionne tant bien que mal.

Couloir d'appartement HLM avec factures et compteur de chauffage

Les assurances pèsent aussi : 18 € pour la multirisque habitation, 38 € pour la mutuelle (obligatoire, partiellement prise en charge par l’employeur). Son fils est couvert par la complémentaire santé solidaire, ce qui lui évite un surcoût.

Sabrina possède une Renault Clio de 2014, indispensable pour ses horaires du matin où aucun bus ne circule à 5 h 15. L’assurance auto lui revient à 52 € par mois. Elle n’a plus de crédit dessus — la voiture a été achetée d’occasion 4 500 € il y a trois ans, payée comptant grâce à un prêt familial remboursé depuis.

Restent les abonnements : 20 € pour le forfait mobile, 25 € pour la box internet, et 5,99 € pour Netflix (le forfait avec pub, partagé avec sa sœur). Le téléphone fixe a disparu depuis longtemps. « Netflix, c’est mon seul luxe. Et encore, on regarde surtout les dessins animés avec Enzo. »

La cantine scolaire, facturée au quotient familial, représente 42 € par mois. L’assurance scolaire de son fils coûte 3 € mensuels lissés.

Total des dépenses fixes : 798 €. Soit 44 % de ses ressources totales. Il reste donc environ 1 013 € pour tout le reste. Mais « tout le reste », chez un petit salaire, c’est justement là que la marge de manœuvre se joue au centime.

Le frigo, l’essence et les baskets du petit

Les courses alimentaires représentent le deuxième gros poste. Sabrina fait ses achats principalement chez Lidl et Aldi, avec un passage ponctuel au marché du samedi matin pour les fruits et légumes frais. Budget mensuel : 340 €. « Je fais les menus de la semaine le dimanche soir. Sans ça, je dérape tout de suite. »

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L’essence engloutit 95 € par mois. Le trajet domicile-travail fait 7 km aller, mais les détours pour déposer Enzo à l’école et les courses du samedi alourdissent la facture. Elle a fait la demande pour la prime carburant de 100 € dès l’ouverture du formulaire.

Les vêtements et fournitures pour Enzo pèsent en moyenne 45 € par mois, lissés sur l’année. La rentrée scolaire de septembre représente un pic à 180 € que Sabrina commence à provisionner dès mai. Pour elle, le shopping se limite à deux ou trois achats par an chez Kiabi ou en friperie : 15 € mensuels en moyenne.

Les sorties ? Un McDo avec Enzo deux fois par mois et, de temps en temps, une entrée à la piscine municipale (2,50 € l’entrée tarif réduit). Budget loisirs et sorties : 40 €. Les vacances, c’est une semaine chez sa mère à Berck-sur-Mer en août. Coût réel : l’essence pour y aller, soit environ 30 €. « On va à la plage tous les jours, Enzo est content. Je n’ai pas besoin de partir à l’autre bout du monde. »

Dernier poste variable : les frais de santé non couverts et les imprévus (pharmacie, petit dépannage, cadeau d’anniversaire pour un copain d’école). Sabrina y consacre environ 35 € par mois.

Total des dépenses variables : 570 €. En additionnant fixes et variables, on arrive à 1 368 € de dépenses mensuelles.

Ce qui reste quand tout est payé

Sur ses 1 811 € de ressources, il reste donc en théorie 443 € en fin de mois. En pratique, Sabrina nuance immédiatement : « Sur le papier c’est pas mal. Mais il y a toujours un truc. La voiture qui passe au contrôle technique, la machine à laver qui lâche, un voyage scolaire à 85 €. »

Elle parvient malgré tout à mettre 80 € par mois sur un Livret A, qui affiche aujourd’hui un solde de 2 340 €. C’est son filet de sécurité, celui qu’elle s’interdit de toucher sauf urgence absolue. « J’ai déjà été à découvert trois mois de suite il y a deux ans. Plus jamais. » Le reste de l’excédent théorique — environ 360 € — absorbe les dépenses imprévues et les variations saisonnières (régularisation énergie, rentrée, Noël).

Sabrina n’a aucun crédit à la consommation en cours. C’est une ligne rouge qu’elle s’est fixée après avoir vu sa propre mère s’enliser dans un crédit revolving dans les années 2000. « Quand je veux quelque chose que je ne peux pas payer cash, j’attends. Enzo comprend, il n’est pas capricieux. »

Son projet à moyen terme ? Passer le concours d’agent de service hospitalier qualifié (ASHQ) pour intégrer la fonction publique hospitalière et gagner en stabilité. Le salaire ne serait pas beaucoup plus élevé au départ, mais l’accès à la titularisation et aux primes hospitalières changerait la donne à terme. « Là je suis en CDI privé, c’est bien. Mais la fonction publique, c’est la tranquillité. Et les horaires seraient mieux pour Enzo. »

Pour replacer ces chiffres dans un contexte plus large : avec 1 430 € nets de salaire, Sabrina se situe 670 € en dessous du salaire médian français. Comme elle le résume avec un haussement d’épaules : « Je ne suis pas pauvre, mais je suis à un imprévu de l’être. » Un équilibre fragile que partagent des millions de travailleurs en France — coiffeuses, aides-soignantes ou serveurs — pour qui chaque fin de mois est un exercice de précision.

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