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Dans les comptes de Mehdi, chauffeur VTC à Paris à 2 050 € nets par mois

Publié par Mathieu le 05 Avr 2026 à 19:03

Mehdi, 34 ans, conduit pour Uber et Bolt à Paris depuis trois ans. Après commission et charges, il rentre chaque mois avec environ 2 050 € nets. Un salaire trompeur : derrière ce chiffre se cachent des coûts que beaucoup ignorent — et une pression financière permanente.

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Chauffeur VTC souriant au volant de sa berline noire

Les revenus : un brut qui donne le vertige, un net qui déçoit

Sur le papier, Mehdi génère entre 3 800 € et 4 200 € de chiffre d’affaires mensuel brut selon les mois, en travaillant six jours sur sept, souvent de 7h à 20h. Mais c’est là que le calcul devient douloureux.

Les plateformes (Uber principalement, Bolt en complément) prélèvent en moyenne 25 % de commission, soit environ 950 € partis d’emblée. Il reste ensuite à déduire les charges sociales d’auto-entrepreneur : autour de 22 % du chiffre d’affaires net plateforme, ce qui représente 660 € supplémentaires. Le revenu net réel tourne donc autour de 2 050 € par mois. « Les gens me disent que je dois bien gagner ma vie parce que je travaille tout le temps. Si seulement ils voyaient ce qui part avant que j’aie le temps de compter. »

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Il ne perçoit aucune aide, pas d’APL (son revenu dépasse le plafond), et n’a droit à aucun arrêt maladie indemnisé au-delà de la franchise de sept jours. Une semaine de grippe, c’est 500 € de revenus envolés.

Les dépenses fixes : le poste essence mange tout

Mehdi loue un studio de 22 m² à Aubervilliers (93), juste hors de Paris, pour 780 € charges comprises. C’est le minimum syndical pour rester à proximité raisonnable des zones de prise en charge, sans se ruiner sur un loyer parisien. Il sait que certaines villes de France offrent un coût de la vie bien plus bas, mais sa clientèle est ici.

Main tenant une pompe à essence devant un véhicule VTC
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L’assurance habitation lui coûte 18 € par mois. La mutuelle santé, en tant qu’indépendant sans employeur pour participer, grimpe à 62 €. Son forfait mobile professionnel — indispensable pour les applis plateformes — est à 25 €. Internet (box) : 32 €. Soit un total abonnements et assurances de 137 €.

Mais le vrai gouffre, c’est le véhicule. Mehdi roule en berline hybride achetée à crédit : la mensualité du prêt auto s’élève à 340 €. L’assurance tous risques obligatoire pour l’activité VTC lui coûte 198 € par mois — soit presque le triple d’une assurance classique. Le contrôle technique renforcé, la visite médicale annuelle, la carte VTC à renouveler : lissés sur l’année, ça représente encore 45 € par mois. Total véhicule hors carburant : 583 €.

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L’essence, justement : avec 3 500 à 4 000 km parcourus chaque mois, et même avec un hybride qui consomme 5,5 L/100 km en cycle mixte urbain intensif, la facture carburant atteint 280 € mensuels. Les plateformes ne remboursent rien. Et la tension sur les prix du carburant en 2026 ne l’aide pas.

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Enfin, les impôts sur le revenu : sous le régime micro-BNC avec abattement de 34 %, son revenu imposable est d’environ 2 640 €/mois. Après barème, il paie environ 95 € d’impôt mensuel lissé (acompte mensuel au réel). Total dépenses fixes : 1 875 €.

Les dépenses variables : se nourrir entre deux courses

Avec 175 € restants avant de toucher aux dépenses courantes, Mehdi doit être chirurgical. Ses courses alimentaires représentent 220 € par mois — il mange souvent seul, fait attention, achète en promo. Il déjeune régulièrement dans la voiture entre deux courses : sandwiches achetés en boulangerie ou kebab à emporter, ce qui représente environ 80 € de repas pris hors domicile chaque mois.

Chauffeur VTC mangeant un sandwich dans sa voiture entre deux courses
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Le poste téléphonie de données mobiles supplémentaire (une seconde SIM data pour le GPS en continu) : 12 €. Les frais de lavage du véhicule — obligation contractuelle chez Uber pour maintenir la note — : 40 € par mois minimum, entre station automatique et nettoyage intérieur. Les petites réparations et entretien courant (huile, filtres, plaquettes) : lissés à 60 € par mois. Les sorties et loisirs se résument à peu : une sortie resto avec des amis par mois à 35 €, une ou deux séances de sport (salle low-cost) à 20 €. Les vêtements et imprévus divers : 40 €.

Total dépenses variables : 507 €.

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L’épargne et le bilan : le mois finit souvent dans le rouge

Faisons le compte : 2 050 € de revenus nets, 1 875 € de fixes, 507 € de variables. Le solde théorique est négatif de 332 €. Comment Mehdi tient-il debout ? En modulant. Certains mois, il pousse jusqu’à 4 500 € de CA brut en faisant des nuits du week-end, ce qui lui donne un peu de marge. D’autres mois, une panne ou une maladie efface tout.

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Il n’a pas de Livret A alimenté régulièrement. Il a mis 800 € de côté en deux ans — une épargne de précaution microscopique pour un métier sans filet. Pas de PEA, pas d’assurance-vie. « Je sais que je devrais mettre de l’argent de côté, mais chaque fois que j’essaie, une dépense imprévue sur la voiture engloutit tout. » Il n’a aucun droit au chômage s’il arrête son activité, sauf à cotiser volontairement à la nouvelle assurance chômage des indépendants — ce qu’il n’a pas encore fait, faute de trésorerie.

Homme vérifiant son budget sur papier dans un petit appartement

Son seul projet concret : passer en SASU dans dix-huit mois pour optimiser sa protection sociale, quitte à payer plus de charges à court terme. Il a calculé avec un comptable que ça lui coûterait 200 € de plus par mois, mais lui ouvrirait droit à des indemnités journalières en cas d’arrêt. Pour un chauffeur VTC, c’est une question de survie financière. Sur un pouvoir d’achat global en baisse depuis quinze ans, les indépendants comme lui encaissent de plein fouet.

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Pour contextualiser : le salaire médian en France s’établit autour de 2 000 € nets par mois selon l’INSEE. Mehdi est donc dans la médiane — mais avec une instabilité, des charges et une absence de protection sociale que n’a jamais un salarié au même niveau de revenu. Comme le rappelle Thomas, policier à Bordeaux ou Lucie, infirmière en CHU, être dans la moyenne française ne signifie pas être à l’abri. Mais pour Mehdi, la comparaison s’arrête là : eux ont un CDI, lui a un volant.

« Je ne me plains pas, j’ai choisi ce boulot pour la liberté. Mais parfois je me demande si cette liberté-là, elle vaut vraiment ce qu’elle me coûte. »

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