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Dans les comptes de Aurélie, ostéopathe à Rouen à 2 850 € nets par mois

Publié par Mathieu le 09 Mai 2026 à 19:02

Aurélie, 36 ans, exerce comme ostéopathe libérale à Rouen depuis sept ans. Elle reçoit en moyenne 22 patients par semaine dans un cabinet qu’elle partage avec deux autres praticiens. Son revenu net mensuel tourne autour de 2 850 € — correct sur le papier, mais avec la réalité du statut libéral derrière, la mécanique est plus complexe qu’il n’y paraît. Voici comment elle répartit chaque euro.

Aurélie, ostéopathe libérale dans son cabinet à Rouen

Ce que la sécu ne rembourse pas, c’est aussi ce qui finance ses revenus

Aurélie facture 60 € la consultation, durée 45 minutes. Elle réalise entre 85 et 95 séances par mois selon la saison, avec un creux habituel en août. Sur un mois standard à 90 patients, cela représente 5 400 € de chiffre d’affaires brut. De là, il faut retirer les charges sociales URSSAF (environ 23 %), la cotisation retraite complémentaire via la CARPIMKO (environ 330 € par mois), et la cotisation à l’assurance maladie-maternité des indépendants.

Une fois toutes ces charges déduites, il reste un revenu imposable d’environ 3 700 € par mois. Après impôt sur le revenu (taux moyen de 14 %, payé en prélèvement à la source), Aurélie touche réellement 2 850 € nets disponibles. « Quand je dis à des gens que je gagne 60 € de l’heure, ils pensent que je roule sur l’or. Mais personne ne voit ce qui part avant que l’argent arrive sur mon compte. » Comme Pauline, infirmière libérale à Montpellier, elle navigue dans les subtilités du statut libéral, où le brut et le net sont deux mondes à part.

Des charges fixes qui laissent peu de marge

Le premier poste, et de loin le plus lourd, c’est le logement. Aurélie loue un appartement de 58 m² en plein cœur de Rouen, secteur Gros-Horloge. Le loyer hors charges s’élève à 820 € par mois. Les charges de copropriété et les charges locatives représentent 110 € supplémentaires, auxquels s’ajoutent 55 € d’électricité (appartement ancien, assez énergivore en hiver) et 18 € d’eau.

Budget mensuel affiché sur un ordinateur dans un appartement rouennais

Le loyer du cabinet représente son deuxième gros poste fixe. Elle partage les frais avec ses deux associés : sa quote-part s’élève à 280 € par mois, ce qui couvre le local, l’électricité du cabinet et une partie du ménage. À cela s’ajoutent 65 € de mutuelle santé (indispensable en libéral, la couverture de base étant limitée), 38 € d’assurance responsabilité civile professionnelle — obligatoire pour les ostéopathes —, et 22 € d’assurance habitation.

Du côté des abonnements, Aurélie paie 25 € de forfait mobile, 38 € de box internet et 22 € pour Netflix et Spotify combinés. Elle n’a pas de voiture : elle se déplace à vélo et en transports en commun, avec un abonnement mensuel à 42 €. Le logiciel de gestion de cabinet lui coûte 29 € par mois. Total des dépenses fixes : 1 564 €. Il reste donc 1 286 € pour vivre — et épargner.

Ces postes fixes représentent 55 % de ses revenus nets, un ratio dans la moyenne pour une célibataire en ville de taille moyenne. Mais attention, la partie variable cache quelques surprises. Pour contextualiser, les dépenses contraintes des Français grèvent souvent plus d’un millier d’euros par mois sans qu’on y prête vraiment attention.

La vie quotidienne d’une libérale sans voiture

Aurélie fait ses courses principalement au marché du samedi et dans un supermarché à moins de 10 minutes à pied. Elle consacre en moyenne 320 € par mois à l’alimentation, un poste qu’elle surveille depuis qu’elle a commencé à cuisiner davantage en semaine. « Je mange bien, j’achète du local et du frais, mais je ne me prive pas pour autant. » Elle intègre une formule déjeuner au cabinet deux à trois fois par semaine pour environ 80 €.

Les sorties représentent un poste modéré : restos en semaine, concerts occasionnels, cinéma. Elle y consacre 130 € par mois en moyenne lissée sur l’année. Elle dépense environ 60 € en vêtements et soins (coiffeur compris), et 40 € en produits cosmétiques et pharmacie courante.

Femme à vélo dans les rues historiques de Rouen

Aurélie n’a pas de voiture, ce qui lui économise plusieurs centaines d’euros mensuels de carburant, assurance et entretien. Mais elle loue un véhicule deux ou trois week-ends par an pour visiter sa famille en Normandie profonde, ce qui représente environ 25 € par mois en coût lissé. Pour les vacances, elle prévoit deux semaines par an : une semaine en France et une à l’étranger (Espagne ou Portugal en général). Budget lissé : 120 € par mois. Total variable mensuel : 775 €.

Ce qu’il reste — et pourquoi c’est plus tendu que le chiffre ne le laisse croire

Une fois fixes et variables additionnés, Aurélie dépense 2 339 € par mois. Il lui reste donc théoriquement 511 € à placer. Dans les faits, c’est un peu moins : certains mois, une dépense imprévue (consultation médicale spécialisée, réparation, achat pro) vient rogner cette marge. Elle place 300 € chaque mois sur un Livret A et 150 € sur un plan d’épargne retraite (PER) individuel. Le PER est d’autant plus stratégique pour elle que les versements sont déductibles de son revenu imposable — un avantage fiscal que beaucoup ignorent.

Les 61 € restants partent dans le flou du quotidien : un café oublié, un livre, un virement de dernière minute. « Je n’ai pas de credit immobilier, pas d’enfant, pas de voiture. Je devrais être à l’aise. Mais le statut libéral, ça signifie aussi un mois de creux en été à 1 400 €, et là tout s’effondre. » Elle conserve six mois de charges en épargne de précaution sur un livret dédié — une règle qu’elle s’est imposée après une grippe qui lui a fait manquer deux semaines de consultations sans aucune indemnité.

Ostéopathe libérale révisant son budget et son épargne

Pas de projet immobilier à court terme : le marché rouennais l’incite à attendre. « Un T3 correct dans mon quartier, c’est 200 000 € minimum. Avec mon revenu variable, les banques ne sont pas enthousiastes. » Un obstacle que connaissent bien d’autres indépendants, comme les libéraux en général, dont les revenus irréguliers compliquent l’accès au crédit même avec un bon niveau de vie moyen. À noter aussi que les évolutions de 2026 sur les cotisations pourraient encore grever un peu plus les revenus nets des indépendants dans les mois à venir.

Une situation confortable, mais sans filet

Avec 2 850 € nets par mois, Aurélie se situe bien au-dessus du salaire médian français, qui tourne autour de 2 110 € nets selon l’INSEE. Mais ce chiffre cache une réalité que beaucoup de salariés ne voient pas : pas de chômage en cas d’arrêt d’activité, des arrêts maladie quasi non indemnisés les premières semaines, une retraite à construire soi-même — et un revenu qui peut baisser de 40 % sur un mois difficile sans aucun amortisseur. « Je ne me plains pas. Mais je comprends maintenant pourquoi mes parents m’ont dit de viser le salariat. »

Pour les curieux qui veulent comparer avec d’autres profils, Ambre, aide-soignante également à Rouen, vit avec plus de 1 100 € de moins par mois — et pourtant jongle avec des contraintes tout aussi lourdes. À l’autre bout du spectre, Sofia, pharmacienne à Lille, gagne un peu plus mais avec un statut salarié qui lui garantit une couverture sociale bien différente.

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