Retraite Agirc-Arrco : une action en justice pourrait-elle déboucher sur une revalorisation en 2026 ?
La retraite Agirc-Arrco traverse un épisode inédit. En novembre 2025, les pensions complémentaires n’ont pas été revalorisées, faute d’accord entre syndicats et patronat. Depuis, la tension monte et l’idée d’une action en justice gagne du terrain, avec une question centrale. Peut-on contraindre le régime à compenser ce gel en 2026 ?
Derrière ce bras de fer, il y a une règle d’indexation, des négociations paritaires qui patinent. Et surtout des millions de retraités du privé qui voient leur complémentaire rester figée alors que les prix, eux, continuent d’évoluer.

Un gel en novembre 2025 : pourquoi la revalorisation n’a pas eu lieu
Chaque année, le niveau de la retraite complémentaire dépend d’un paramètre clé : la valeur de service du point Agirc-Arrco. Fixée au 1er novembre par les partenaires sociaux. Or, lors de la réunion du 17 octobre 2025, le conseil d’administration n’est pas parvenu à dégager un accord. Et la revalorisation au 1er novembre 2025 a été annulée de fait.
Concrètement, cela signifie que le montant versé aux retraités n’a pas augmenté à l’échéance annuelle habituelle. Selon l’Agirc-Arrco, ce blocage résulte directement de l’absence d’accord entre représentants syndicaux et patronaux au sein de la gouvernance paritaire.
Autre élément qui a marqué les esprits. La valeur du point n’a pas été ajustée au 1er janvier 2026 non plus. Ce qui a prolongé l’impression d’un régime “figé” dans l’attente d’une sortie de crise.
Les règles prévues par l’accord 2023, au cœur du débat
Sur le papier, les partenaires sociaux ne partent pas de zéro. L’accord national interprofessionnel (ANI) d’octobre 2023 encadre la période 2024-2026. Et fixe une formule : une revalorisation indexée sur l’inflation prévisionnelle (hors tabac), diminuée d’un coefficient de soutenabilité de 0,4 point. Avec la possibilité d’annuler tout ou partie de ce “-0,4” si la situation financière le permet.
Le même cadre prévoit aussi un mécanisme de rattrapage en cas d’écart entre l’inflation prévue et l’inflation constatée. Dans l’esprit des syndicats, cet ensemble crée une obligation de résultat ou, au minimum, une obligation de décision.
C’est précisément là que la crispation s’installe. Si une formule existe, peut-on accepter qu’aucune hausse ne soit votée. Simplement parce qu’aucun compromis ne se dégage ? Les syndicats estiment que la réponse pourrait se jouer devant un juge, via “l’interprétation des accords” qui régissent le régime.

Pourquoi les syndicats parlent désormais de tribunal
Jusqu’ici, l’Agirc-Arrco avançait au rythme, parfois lent, des négociations paritaires. Mais après plusieurs mois de blocage, les organisations syndicales laissent entendre qu’une action en justice pourrait devenir un levier pour sortir de l’impasse. Notamment si le patronat maintient un refus de toute hausse.
Selon MoneyVox, qui cite “Merci pour l’info”, des juristes syndicaux travailleraient déjà sur l’hypothèse d’une assignation devant un tribunal judiciaire. L’objectif évoqué ne serait pas seulement d’obtenir une revalorisation future, mais aussi une compensation partielle ou totale du manque à gagner lié à l’absence de hausse actée en 2025.
Pour les syndicats, l’enjeu est double. D’un côté, il s’agit de rétablir une trajectoire jugée conforme aux engagements de l’accord 2023 ; de l’autre, il faut répondre à la colère qui monte chez les retraités quand la complémentaire reste inchangée alors que les budgets du quotidien, eux, sont sous pression.
Peut-on imaginer une revalorisation “rattrapée” en 2026 ?
C’est l’une des questions les plus sensibles du moment. Une revalorisation rétroactive n’est pas un automatisme, et personne ne peut présumer de ce qu’un tribunal déciderait, ni même de la recevabilité exacte d’une telle demande. Pourtant, l’idée d’un rattrapage existe déjà dans les textes, ce qui nourrit l’argumentation syndicale.
Dans ce scénario, la justice ne fixerait pas forcément un pourcentage à la place des partenaires sociaux. Elle pourrait en revanche trancher sur le point crucial : le cadre 2023 impose-t-il une application mécanique de la formule quand aucune décision politique n’est possible, ou laisse-t-il la porte ouverte à un “zéro” par défaut ?
Le patronat, de son côté, met en avant le contexte financier et les contraintes pesant sur le système. Plusieurs articles évoquent notamment l’argument du coût de mesures liées à la réforme des retraites, utilisé pour justifier une position plus dure sur la revalorisation.
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Un bras de fer qui dépasse la seule question des pensions
La retraite Agirc-Arrco n’est pas un régime géré par l’État : il fonctionne de façon paritaire, avec des organisations syndicales et patronales qui pilotent les paramètres. Quand tout se passe “normalement”, ce modèle permet de trouver un équilibre entre niveau des pension, recettes de cotisations et réserves.
Or, depuis plusieurs années, l’Agirc-Arrco est aussi au centre d’une autre tension : celle des réserves. Le débat revient régulièrement dans l’espace public, avec l’idée, côté gouvernement, de capter une partie des excédents pour soulager d’autres caisses, ce que les partenaires sociaux contestent vivement.
Ce contexte pèse sur les négociations, même indirectement. Dès qu’un régime affiche des résultats jugés solides, la question du “qui paie quoi” ressurgit, et la revalorisation des pensions devient un marqueur politique autant qu’un curseur technique.
Combien de personnes sont concernées ?
L’Agirc-Arrco rappelle être au service de 14 millions de retraités et de millions de salariés cotisants. Ce chiffre donne une idée de l’onde de choc que représente une revalorisation à zéro, même quand l’inflation est relativement modérée si l’on regarde le calendrier de paiement.
Les données publiées par le régime montrent aussi l’importance de la complémentaire dans la pension totale. En 2023, l’Agirc-Arrco indiquait que la pension servie par le régime représentait environ un tiers de la pension totale en moyenne pour les retraités de droits directs, soit autour de 540 euros.
Pour beaucoup de foyers, ce complément n’est donc pas un simple “bonus”. Quand il n’évolue pas, l’effet se ressent rapidement, surtout chez ceux dont la pension de base est déjà contrainte par les prélèvements sociaux ou par une carrière incomplète.

Ce que les retraités peuvent surveiller dans les prochains mois
D’abord, il faut rappeler un point simple : la revalorisation Agirc-Arrco se joue traditionnellement à l’automne, avec une entrée en vigueur au 1er novembre. Tant qu’aucune décision n’est prise, le montant de la pension reste indexé sur la valeur du point en vigueur.
Ensuite, un éventuel recours en justice n’aurait pas d’effet immédiat sur les virements mensuels. Même si la menace peut accélérer la reprise des discussions, la procédure elle-même prend du temps, et l’issue reste incertaine tant que l’on ne connaît pas l’argument juridique retenu et la stratégie des parties.
Enfin, tout dépendra de la capacité des partenaires sociaux à revenir à la table. Un compromis peut surgir sans passer par le tribunal, mais l’option judiciaire change le rapport de force : elle met la pression sur le patronat, tout en obligeant les syndicats à démontrer que le gel n’est pas seulement “politique”, mais potentiellement contraire à l’esprit — voire à la lettre — des accords signés.
Que retenir ?
Le gel de novembre 2025 a ouvert une brèche rare dans la mécanique de la retraite complémentaire. En brandissant la justice, les syndicats cherchent à sortir d’un blocage qui dure et à remettre la retraite Agirc-Arrco sur une trajectoire de revalorisation, avec, en toile de fond, la question d’un rattrapage en 2026.
Reste que la bataille se jouera sur deux terrains à la fois : celui du droit, si un tribunal est effectivement saisi, et celui de la négociation, si le paritarisme reprend la main. Dans les deux cas, les prochains mois seront décisifs pour des millions de retraités qui attendent surtout une chose : de la lisibilité.
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