Fermer ses volets en hiver : voici ce que dit la science sur les économies de chauffage que vous faites vraiment
Quand le thermomètre chute, la tentation est grande de monter le chauffage. Pourtant, l’un des leviers les plus simples se joue… aux fenêtres.
Fermer les volets le soir peut limiter fortement les pertes de chaleur, à condition de comprendre quand, comment et dans quels logements l’effet se voit vraiment sur la facture.
Pourquoi les fenêtres restent le “point faible” d’une maison chauffée
En France, le chauffage pèse lourd dans le budget énergétique d’un logement, tout simplement parce qu’il faut compenser en continu les pertes de chaleur. Or, dans un logement mal isolé, ces pertes ne viennent pas seulement d’un endroit. L’Ademe rappelle qu’un logement non isolé laisse s’échapper la chaleur par le toit, les murs, l’air renouvelé et les fuites… et aussi par les fenêtres, qui représentent typiquement une part significative des déperditions.
Ce qui rend la fenêtre particulière, ce n’est pas seulement le vitrage. C’est l’effet “paroi froide” : même si l’air est chauffé, une surface froide près de vous donne une sensation d’inconfort. Résultat, on a tendance à augmenter la consigne du thermostat pour “se sentir bien”, alors que le problème vient souvent d’une barrière thermique insuffisante sur les ouvertures.
Volets fermés : une barrière d’air immobile qui change la donne
Un volet fermé ne transforme pas magiquement une fenêtre en mur isolé, mais il ajoute une couche d’air entre le vitrage et l’extérieur. Cet air, s’il reste peu renouvelé, ralentit les échanges thermiques. C’est le même principe qu’un vêtement coupe-vent : il limite la convection et réduit le rayonnement froid ressenti.
Dans son guide “Un hiver tout confort”, l’Ademe met un chiffre sur cet effet : fermer les volets peut aller jusqu’à réduire de 60 % les déperditions de chaleur par les fenêtres.
Attention, c’est un “jusqu’à”. Autrement dit, une valeur maximale observée dans certaines configurations : qualité du volet, étanchéité, type de fenêtre, température extérieure, exposition au vent, présence d’un coffre de volet mal isolé, etc.
Le vrai calcul : 60 % de quoi, exactement ?
Le chiffre de 60 % concerne la perte de chaleur “par les fenêtres” au moment où les volets sont fermés, pas une baisse automatique de 60 % sur la facture annuelle. Pour comprendre, il faut raisonner en parts.
Toujours dans le même guide, l’Ademe indique qu’un logement non isolé perd typiquement 10 à 15 % de sa chaleur par les fenêtres.
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Si, dans un cas favorable, des volets fermés réduisent ces pertes jusqu’à 60 %, l’économie porte sur cette fraction-là. Cela représente donc un potentiel de l’ordre de 6 à 9 % des pertes totales… pendant les heures où les volets sont effectivement fermés. Dans la vraie vie, les volets ne sont pas fermés 24 h/24, et l’hiver ne dure pas toute l’année. Voilà pourquoi l’impact annuel sur la facture est souvent plus modeste, mais loin d’être négligeable dans certains logements.
Combien ça peut faire sur la facture, concrètement ?
Côté ordre de grandeur, certains acteurs de la consommation estiment qu’une maison moyenne chauffée à l’électricité peut atteindre environ 1 800 euros par an de chauffage, et rappellent que des écogestes comme la fermeture des volets ou stores la nuit peuvent contribuer à réduire la dépense, parfois de quelques pourcents selon la configuration.
Dans un logement déjà performant (double vitrage récent, bonne étanchéité à l’air, isolation correcte), fermer les volets le soir améliore surtout le confort près des fenêtres et limite un peu les pertes nocturnes. Le gain financier existe, mais il se dilue.
Dans un logement plus ancien, avec de grandes surfaces vitrées, des fenêtres vieillissantes ou un coffre de volet qui laisse passer l’air, l’effet est souvent plus visible. D’abord parce que les pertes de chaleur sont plus importantes, ensuite parce que fermer les volets peut éviter de “surcompenser” en montant le thermostat.
La règle d’or : ouverts quand le soleil aide, fermés dès que la nuit tombe
L’économie maximale ne vient pas d’un geste isolé, mais d’un rythme. L’Ademe recommande d’ouvrir volets et rideaux les jours ensoleillés pour profiter des apports gratuits, notamment sur les façades bien exposées, puis de fermer dès que le soir arrive afin de conserver la chaleur accumulée.
C’est contre-intuitif pour certains : fermer tôt “pour se protéger du froid” peut aussi vous priver d’un chauffage naturel, même faible, et vous pousser à consommer davantage. L’arbitrage se fait à la lumière : tant que l’ensoleillement apporte quelque chose, on laisse entrer ; quand il n’apporte plus, on isole.
Volets, stores, rideaux : tous ne se valent pas
Sur le papier, n’importe quel obstacle supplémentaire aide. Dans les faits, l’efficacité dépend de l’étanchéité et de la continuité de la barrière. Un volet roulant en bon état, qui descend au plus près du bord et limite les entrées d’air, sera souvent plus performant qu’un volet mal ajusté laissant un jour important. Les rideaux thermiques, eux, peuvent être étonnamment efficaces s’ils sont épais, bien ajustés et s’ils limitent l’espace entre le tissu et la fenêtre, car c’est là que l’air froid peut circuler.
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Il y a aussi un piège classique : couvrir un radiateur avec un rideau. On croit “isoler”, mais on bloque la diffusion de chaleur dans la pièce, ce qui peut pousser à monter la consigne. L’Ademe alerte d’ailleurs sur ce point.
Les erreurs qui annulent l’économie (et comment les éviter)
Le premier sabotage, c’est de devoir ouvrir en grand une fenêtre longtemps pour fermer un volet, surtout en période de grand froid : on remplace un gain progressif par une perte immédiate. La bonne pratique consiste à agir vite, pièce par pièce, et à refermer aussitôt.
Le second, c’est d’oublier les fuites d’air. Si l’air froid entre par un joint fatigué ou un coffre de volet mal isolé, vous perdez une partie de l’effet “air immobile” recherché. Dans ce cas, le meilleur retour sur effort n’est pas forcément de changer toute la fenêtre, mais parfois de traiter l’étanchéité et les points de fuite.
Le troisième, c’est la condensation. En renforçant la barrière thermique, vous pouvez réduire le refroidissement de l’air intérieur près du vitrage, mais si l’humidité est élevée, de la buée peut apparaître. La solution n’est pas de “tout calfeutrer” : il faut aérer correctement, idéalement brièvement et efficacement, en coupant le chauffage le temps d’ouvrir. Sur les gestes simples, les recommandations publiques insistent justement sur des aérations courtes et efficaces et sur l’intérêt de volets et rideaux pour limiter les pertes.
Le combo gagnant : volets + thermostat plutôt que chauffage “au ressenti”
Fermer les volets, c’est réduire les pertes. Mais la facture dépend aussi de la consigne. Et là, l’effet est parfois plus massif. Le guide de l’Ademe rappelle qu’un degré de moins peut représenter environ 7 % d’économie d’énergie, toutes choses égales par ailleurs.
Dit autrement : si fermer les volets vous permet de garder le même confort sans toucher au thermostat, vous gagnez déjà. Si, en plus, vous pouvez baisser légèrement la consigne parce que la sensation de “paroi froide” diminue, l’effet sur la consommation peut devenir franchement tangible.
Alors, fermer les volets “rapporte gros” ? La réponse honnête
Oui, fermer les volets le soir réduit bien les déperditions et améliore le confort. Oui, l’Ademe évoque un potentiel allant jusqu’à 60 % de pertes en moins par les fenêtres quand les volets sont fermés.
Mais non, cela ne signifie pas une facture divisée par deux. L’économie annuelle dépend surtout du niveau initial de performance du logement, de la surface vitrée, de la rigueur des nuits, de l’exposition au vent et de votre discipline quotidienne. Dans une maison déjà bien isolée, le gain se mesure souvent en confort et en petits pourcents. Dans une maison plus ancienne, il peut devenir nettement plus visible, surtout s’il s’inscrit dans une stratégie cohérente : apports solaires le jour, fermeture dès la nuit, rideaux adaptés, étanchéité corrigée, et consigne mieux pilotée.
Une mécanique simple à mettre en oeuvre
Fermer les volets en hiver n’est pas un gadget : c’est l’un des rares gestes gratuits qui s’appuie sur une mécanique simple, mesurable et validée par les recommandations publiques.
Son efficacité maximale apparaît quand on le fait au bon moment, avec des fermetures étanches, sans bloquer les radiateurs, et en l’associant à un pilotage intelligent du chauffage. Pour beaucoup de foyers, l’enjeu n’est pas de “gagner un jackpot”, mais d’éviter que chaque nuit ne transforme les fenêtres en siphons à kilowattheures.