12 % des stations-service à sec : va-t-on vers une vraie pénurie ?
Les files d’attente s’allongent devant certaines stations-service. Les panneaux « rupture de stock » se multiplient sur les autoroutes et dans les villes. Et les chiffres qui viennent de tomber sont sans appel : plus d’une station sur huit en France est actuellement en pénurie de carburant.
Une situation qui aurait pu sembler anodine il y a encore quelques jours. Mais qui prend une tournure bien particulière quand on regarde de plus près qui est réellement responsable de ce chaos à la pompe.

750 stations sans gasoil, 569 sans SP95 : les chiffres qui font mal
Selon les données du comparateur Carbu.com, croisées avec la plateforme officielle du gouvernement, le constat est brutal. Sur les quelque 10 000 stations-service que compte la France, 750 sont actuellement en pénurie de gasoil.
À cela s’ajoutent 569 stations sans SP95-E10, le carburant le plus couramment utilisé par les automobilistes français. Au total, ce sont 12,59 % des stations qui se retrouvent en rupture partielle de carburant.
La situation la plus alarmante concerne les stations totalement à sec — sans gasoil, sans SP95-E10, ni même sans SP98. Carbu.com en dénombre 156 sur l’ensemble du territoire, soit 1,58 % du total. Un chiffre encore marginal, mais en progression rapide ces derniers jours.
Pour avoir une idée précise de la situation près de chez vous, la pénurie s’était déjà emballée début mars avec plus de 1 000 stations concernées. La tendance semble désormais s’installer dans la durée.

TotalEnergies dans l’œil du cyclone
Pourquoi cette situation soudaine ? La réponse pointe presque systématiquement vers TotalEnergies. Ce sont en effet surtout les stations du groupe pétrolier français qui se retrouvent à court de carburant.
La raison ? Une opération commerciale ultra-agressive : TotalEnergies a plafonné le prix de l’essence à 1,99 euro le litre et le diesel à 2,09 euros. Une promesse de prix bloqués qui vient d’être prolongée jusqu’au 7 avril 2026.
Résultat ? Les automobilistes ont massivement convergé vers les stations TotalEnergies, bien moins chères que la concurrence. La ruée a fini par vider les cuves dans un grand nombre de points de vente à travers le pays.
C’est un scénario classique : quand une enseigne casse les prix, les consommateurs affluent en masse et les stocks s’épuisent plus vite que prévu. À grande échelle, ça donne une pénurie.
Le ministère parle de « difficultés logistiques »
Interrogé par RMC sur ces phénomènes de pénurie, le ministère de l’Énergie préfère user d’une formule plus douce. Dans l’entourage de la ministre Maud Bregeon, on parle de simples « difficultés logistiques ».
« C’est classique : les consommateurs attirés par l’opération commerciale se retrouvent au même moment au même endroit », explique-t-on côté ministère. Une explication qui minimise la situation, mais qui n’est pas totalement fausse.
De son côté, TotalEnergies se veut rassurant. « Il n’y a pas de pénurie de carburants en France. Nous faisons le maximum pour approvisionner au plus vite toutes les stations », affirme une porte-parole du groupe.
Mais sur le terrain, la réalité est différente. Et certaines stations sont désormais autorisées à vendre du gazole non conforme pour faire face à la situation — une mesure exceptionnelle qui témoigne de la pression exercée sur les stocks.

Des stocks stratégiques débloqués par l’État
Face à l’ampleur du phénomène, le gouvernement a décidé d’agir. Depuis la semaine dernière, le ministère a commencé à libérer ponctuellement et localement du carburant issu de ses stocks stratégiques.
Ces réserves existent précisément pour faire face à ce type de situation. Elles sont normalement destinées aux crises majeures, mais la pression exercée sur les approvisionnements a conduit les autorités à y puiser de façon ciblée, zone par zone.
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Si vous roulez avec un jerrican de carburant en prévision, attention : remplir des bidons à la pompe peut vous exposer à une amende méconnue que beaucoup d’automobilistes ignorent. Mieux vaut vérifier les règles avant de faire des réserves.
Une cause cachée que personne ne mentionne : les dépôts fermés le week-end
Il y a un facteur aggravant que peu de gens évoquent. La majorité des dépôts pétroliers sont fermés le week-end. Conséquence directe : de nombreuses stations ne sont tout simplement pas livrées entre le samedi et le dimanche.
Combinez cela avec une opération de prix bloqués qui attire des flots d’automobilistes, et vous obtenez un cocktail explosif. Les cuves se vident en quelques heures. Les camions ne viennent pas avant le lundi. Et les panneaux de rupture s’allument.
Cela explique en grande partie pourquoi le pic de pénurie a été atteint lundi dernier, selon les experts de Carbu.com. C’est à ce moment que les effets du week-end sans livraison se font le plus sentir.
La situation est-elle en train de se résorber ?
Bonne nouvelle relative : les experts de Carbu.com ont constaté que le nombre de stations en pénurie a passé un pic lundi, et que la situation semble progressivement se résorber depuis.
Les livraisons reprennent, les stocks stratégiques débloqués par l’État commencent à faire effet, et les automobilistes se dispersent un peu plus entre les différentes enseignes. Mais la normalisation complète prendra encore plusieurs jours.
Dans ce contexte tendu, certains automobilistes frontaliers ont une alternative : faire le plein de l’autre côté de la frontière, notamment en Italie, peut représenter jusqu’à 10 euros d’économie par plein. Une option qui séduit de plus en plus de conducteurs qui habitent près des frontières.

Ce que ça révèle sur la fragilité des approvisionnements en France
Cette crise de courte durée met en lumière une réalité souvent oubliée : la chaîne d’approvisionnement en carburant est très sensible aux chocs de demande. Il suffit d’une opération commerciale bien menée par un acteur majeur pour déstabiliser l’ensemble du réseau.
Ce n’est pas la première fois. Lors des tensions au Moyen-Orient, des pénuries avaient déjà été constatées dans plusieurs villes françaises. Et à chaque fois, les autorités avaient minimisé la situation dans un premier temps.
Les taxes sur le carburant devraient par ailleurs augmenter prochainement, ce qui risque d’alimenter encore davantage les tensions autour du prix à la pompe dans les mois à venir.
Pour les automobilistes qui cherchent une alternative à long terme, le bioéthanol E85 n’a jamais autant séduit les Français, notamment parce que son prix reste stable même quand les autres carburants s’envolent.
Que faire si votre station habituelle est en rupture ?
Concrètement, si vous tombez sur une station à sec, quelques réflexes simples peuvent vous éviter de perdre du temps. Consultez en temps réel le site du gouvernement ou l’application Carbu.com, qui sont mis à jour par les distributeurs à chaque évolution de prix ou de stock.
Évitez de faire la queue indéfiniment devant une station TotalEnergies bondée : les stations concurrentes (Leclerc, Intermarché, stations indépendantes) ont leurs propres stocks et sont actuellement moins sollicitées.
Et si vous pensez faire le plein à des horaires décalés pour éviter la foule, sachez que faire le plein après 17h est une erreur que de plus en plus d’automobilistes regrettent, aussi bien pour l’essence que pour le diesel.
La crise actuelle devrait se résorber d’ici la fin de semaine si les livraisons reprennent normalement. Mais elle rappelle à quel point la moindre perturbation peut transformer un simple plein en parcours du combattant pour des millions de Français.