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Piétiné par cinq éléphants au Gabon : la famille du chasseur américain conteste la version officielle

Publié par Cassandre le 27 Avr 2026 à 7:27
Piétiné par cinq éléphants au Gabon : la famille du chasseur américain conteste la version officielle

Un chasseur de gros gibier californien de 75 ans, millionnaire et propriétaire de vignobles, meurt piétiné par un troupeau d’éléphants dans la forêt tropicale gabonaise. L’histoire paraît limpide — sauf pour sa propre famille, qui affirme aujourd’hui que « les choses n’ont aucun sens ». Entre versions contradictoires, trophées exhibés sur les réseaux et polémique mondiale, retour sur une affaire qui ne fait que commencer.

30 000 livres pour traquer des antilopes en forêt

Ernie Dosio n’était pas un chasseur du dimanche. Propriétaire de domaines viticoles en Californie, ce septuagénaire fortuné chassait depuis qu’il était en âge de tenir un fusil, selon ses proches. Son domicile abritait une collection de trophées impressionnante : têtes d’éléphant, de rhinocéros, d’ours, de buffle, de crocodile, de lion, de zèbre et de léopard ornaient les murs.

Mur de trophées de chasse dans une maison californienne

Pour ce voyage au Gabon, organisé par la société Collect Africa, Dosio avait déboursé environ 30 000 livres sterling — soit plus de 35 000 euros. L’objectif n’était même pas un des « Big Five » africains. Il traquait le céphalophe à dos jaune, une antilope forestière rare qui vit dans les sous-bois denses d’Afrique centrale.

C’est précisément dans cette végétation épaisse, le vendredi 17 avril, que tout a basculé. Et la suite, comme souvent dans les accidents de chasse, dépend de qui raconte l’histoire.

Cinq femelles, un petit, et une charge fatale

La première version provient d’un ancien chasseur professionnel basé au Cap, en Afrique du Sud, qui connaissait Dosio. Son récit, transmis au Daily Mail, est glaçant dans sa simplicité : Dosio et son guide professionnel (appelé « PH » dans le jargon cynégétique) se sont retrouvés nez à nez avec cinq éléphants de forêt femelles accompagnées d’un petit.

Les éléphants de forêt d’Afrique, plus petits que leurs cousins de savane, n’en sont pas moins redoutables. Une femelle adulte pèse entre 2 et 4 tonnes. Quand elles protègent un petit, leur instinct de défense est implacable. Cinq femelles qui chargent simultanément dans un sous-bois dense, c’est un mur de plusieurs tonnes lancé à 40 km/h sans aucune échappatoire.

Forêt tropicale dense au Gabon après une charge d'éléphants

Le guide a lui aussi été attaqué et a perdu son fusil dans la charge. Dosio n’a pas survécu au piétinement. L’organisateur du safari, Collect Africa, a confirmé la mort d’un client lors d’une « rencontre mortelle avec des éléphants ». L’ambassade américaine au Gabon travaille actuellement avec la famille pour rapatrier le corps aux États-Unis.

Pour beaucoup, l’affaire s’arrêtait là. Un chasseur de trophées rattrapé par la faune sauvage — une sorte de justice karmique, commentaient des milliers d’internautes. Mais la famille Dosio a une tout autre lecture des événements.

« On nous a d’abord parlé de buffles » : la famille brise le silence

Rinda Butler Dosio, l’ex-femme d’Ernie, a pris la parole dans le Daily Mail pour exprimer ses doutes. Ses mots sont directs : « Le jour où c’est arrivé, on nous a dit que c’étaient des buffles — et d’autres trucs dingues. Les avocats ont été appelés avant la famille. Il y a des choses qui n’ont tout simplement aucun sens. »

Cette phrase — « les avocats ont été appelés avant la famille » — en dit long sur le climat de méfiance. Pourquoi une mobilisation juridique immédiate avant même que les proches soient informés ? Pourquoi les premières informations faisaient-elles mention de buffles, avant de se transformer en éléphants ? Ces incohérences alimentent une zone d’ombre que la famille n’est pas prête à laisser sans réponse.

« C’est un choc énorme. C’était un chasseur chevronné, ça n’aurait pas dû arriver. Lui et un autre homme ont été tués », a ajouté Rinda Butler Dosio. La mention d’un « autre homme » tué soulève encore d’autres questions : s’agit-il du guide ? D’un autre membre de l’expédition ? Les détails restent flous. On se souvient d’un guide de safari sud-africain tué dans des circonstances similaires, dont la mort avait aussi soulevé des interrogations.

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Trophées sur les murs, tempête sur les réseaux

Pendant que la famille cherche des réponses, internet a déjà rendu son verdict. Des photos de Dosio posant fièrement à côté d’animaux abattus ont massivement circulé sur les réseaux sociaux. Des clichés de sa « trophy room » — cette pièce tapissée de têtes d’animaux empaillés — ont fait le tour du monde en quelques heures.

Jeff Dosio, le fils d’Ernie, a réagi en affirmant que le récit médiatique avait été « tordu ». La publication des images du salon familial, dit-il, « n’a pas été fun du tout ». On imagine sans peine l’avalanche de commentaires vengeurs sous chaque publication. Dana White, le patron de l’UFC, a qualifié l’incident de « f***ing awesome » — un commentaire qui résume assez bien l’ambiance générale sur les réseaux.

Les amis de Dosio ont tenté de rétablir un autre récit. L’un d’eux a expliqué que « toutes les chasses d’Ernie étaient strictement encadrées par des licences, parfaitement légales, et enregistrées comme des opérations de conservation visant à réguler les populations animales ». Un argument classique dans le monde de la chasse au trophée, qui finance effectivement une partie de la conservation en Afrique — mais qui ne convainc guère l’opinion publique quand elle voit un millionnaire poser devant ses trophées.

Vue aérienne de la forêt tropicale gabonaise au coucher du soleil

Le paradoxe de la chasse « de conservation »

C’est le cœur du débat que cette affaire relance. Chaque année, des centaines de chasseurs fortunés — américains, européens, moyen-orientaux — déboursent des dizaines de milliers d’euros pour abattre légalement des animaux en Afrique. Les gouvernements locaux délivrent des permis, encaissent les taxes, et une partie des revenus finance théoriquement la protection des espèces et les communautés locales.

Mais l’éléphant de forêt d’Afrique, l’espèce que Dosio a rencontrée au Gabon, est classé « en danger critique d’extinction » par l’UICN depuis 2021. Sa population a chuté de plus de 60 % en vingt ans. Le Gabon abrite la plus grande population restante, estimée à environ 95 000 individus. Le pays a renforcé ses lois de protection ces dernières années, même si le braconnage reste un fléau. La question de savoir si Dosio chassait dans un cadre strictement légal — et si la zone où il se trouvait autorisait bien la chasse — fait partie des zones grises que la famille et les autorités gabonaises devront éclaircir.

Le rapport entre l’homme et la faune sauvage en Afrique reste un sujet brûlant. Des innovations pour protéger les humains face aux animaux sauvages se multiplient, mais dans le cas de Dosio, c’est l’inverse qui s’est produit : un humain est allé délibérément sur le territoire des éléphants.

Ce que la famille veut savoir

Au-delà de la polémique sur la chasse au trophée, les questions soulevées par la famille Dosio méritent des réponses concrètes. Pourquoi la version initiale mentionnait-elle des buffles ? Qui est le deuxième homme tué ? Pourquoi des avocats ont-ils été contactés en priorité, avant les proches ?

Ces incohérences ne signifient pas nécessairement qu’il y a eu malveillance. Dans une situation chaotique, en pleine forêt tropicale, les premières informations sont souvent confuses. Le guide blessé, en état de choc, a pu donner un premier récit approximatif. Les intermédiaires — organisateurs, autorités locales, ambassade — ont chacun pu transmettre des fragments déformés.

Mais « ça n’aurait pas dû arriver » revient comme un leitmotiv dans la bouche de la famille. Un chasseur de 75 ans, avec des décennies d’expérience et un guide professionnel armé à ses côtés, se retrouve piétiné à mort dans une forêt où il payait pour chasser des antilopes. La proximité avec un troupeau d’éléphants accompagné d’un petit pose question : le guide a-t-il commis une erreur d’appréciation ? La zone était-elle correctement repérée en amont ?

L’enquête est en cours. Le corps d’Ernie Dosio est en attente de rapatriement vers la Californie. Sa famille attend des réponses. Internet, lui, a déjà choisi son camp. Mais entre la caricature du chasseur « puni par la nature » et le récit d’un accident tragique, la vérité se cache probablement quelque part dans la forêt gabonaise — là où cinq éléphantes ont décidé, ce vendredi-là, de protéger leur petit.

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