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« Il préférait être tué par un éléphant que d’en abattre un » : la phrase prémonitoire d’un guide de safari sud-africain

Publié par Elsa Fanjul le 21 Avr 2026 à 12:18
« Il préférait être tué par un éléphant que d'en abattre un » : la phrase prémonitoire d'un guide de safari sud-africain

Gary Freeman avait 65 ans, plus de trente ans de safaris à pied derrière lui, et une conviction qu’il répétait à qui voulait l’entendre : jamais il ne tirerait sur un éléphant. « Il préférerait être tué par un éléphant plutôt que d’en abattre un », avait-il confié à ses proches. Le 9 avril 2026, dans une réserve privée d’Afrique du Sud, cette phrase est devenue réalité.

Un safari à pied qui bascule en quelques secondes

Ce jour-là, tout commence comme n’importe quelle expédition dans la réserve privée de Klaserie, province du Limpopo, au nord-est de l’Afrique du Sud. Gary Freeman, propriétaire des lieux et guide expérimenté, propose à un groupe de touristes de quitter leur véhicule pour continuer à pied. Une pratique courante dans cette réserve qu’il arpente depuis le début des années 1990.

Les safaris à pied sont considérés comme l’une des expériences les plus immersives — et les plus risquées — du bush africain. Sans la barrière d’un véhicule, la rencontre avec la faune sauvage prend une tout autre dimension. Gary le savait mieux que quiconque. Il avait guidé des centaines de groupes dans ces conditions, armé d’un revolver de sécurité et d’une connaissance intime du terrain.

Mais ce jeudi-là, alors que le groupe avance à pied, un éléphant surgit. L’animal charge sans prévenir. Les attaques d’éléphants sont rares, mais quand elles surviennent, la violence est fulgurante. Un éléphant d’Afrique adulte pèse entre 4 et 7 tonnes. Face à cette masse lancée au galop, un être humain n’a presque aucune chance.

Le revolver est resté silencieux

Guide de safari marchant dans le bush sud-africain

Selon le brigadier Hlulani Mashaba, porte-parole de la police locale du Limpopo, Gary Freeman a tenté d’effrayer l’éléphant avec son arme. Un geste réflexe, classique chez les guides confrontés à une charge : le bruit du tir est censé faire fuir l’animal. Mais cette fois, ça n’a pas fonctionné comme prévu.

« Rien n’indique que l’arme à feu ait été utilisée », a précisé la police dans son communiqué, comme le rapporte le magazine People. Autrement dit, Gary n’a pas tiré. Pas le temps, peut-être. Ou pas la volonté. Ceux qui le connaissaient pencheraient sans doute pour la seconde hypothèse.

Le sexagénaire a été mortellement blessé lors de l’attaque. Le groupe de touristes, sous le choc, a réussi à le transporter vers un endroit sûr et à contacter les secours médicaux d’urgence. À leur arrivée, les médecins n’ont pu que constater le décès. Ce genre de drame rappelle d’autres cas où l’homme face à l’animal sauvage se retrouve terriblement démuni.

« Il disait qu’il préférerait être tué par un éléphant »

Le lendemain, le 10 avril, la Klaserie Private Nature Reserve annonce la mort de son fondateur sur les réseaux sociaux. Le message est sobre : Gary y est décrit comme « un membre essentiel de la communauté », un homme profondément attaché à sa réserve et à ses visiteurs.

Sous la publication, les hommages affluent. Mais un commentaire, signé d’une certaine Judy Connors, va marquer les esprits plus que tous les autres. Elle explique que son frère et elle avaient rendu visite à Gary en février, à peine quelques semaines avant le drame. Selon elle, le guide dégageait alors « un sentiment d’accomplissement, comme si la vie lui avait déjà suffisamment donné ».

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Puis cette phrase, glaçante a posteriori : « Par le passé, nous avons entendu Gary parler de son profond respect et de son amour pour les éléphants. Il disait qu’il préférerait être tué par un éléphant plutôt que d’en abattre un. » Des mots qui résonnent aujourd’hui d’une manière que personne n’aurait voulu entendre.

30 ans dans le bush, un lien charnel avec la réserve

Éléphant d'Afrique en pleine charge dans la savane

Pour comprendre qui était Gary Freeman, il faut remonter au début des années 1990. C’est à cette époque qu’il lance ses safaris à pied dans la réserve de Klaserie, l’une des plus grandes réserves privées d’Afrique du Sud, mitoyenne du célèbre parc national Kruger. Plus de trois décennies à marcher dans le bush, à pister les Big Five, à enseigner le respect de la faune à des milliers de visiteurs venus du monde entier.

La réserve a publié un second hommage, plus personnel : « Gary était un véritable gentleman et un membre essentiel du tissu de la Klaserie. Sa présence, sa gentillesse et sa contribution à ce territoire vont profondément manquer à tous ceux qui l’ont connu. » Dans le monde des safaris, où les éléphants sont autant vénérés que redoutés, la disparition d’un guide aussi expérimenté que Freeman est un choc.

Les interactions fatales entre humains et animaux sauvages restent rares, mais elles rappellent une réalité que les amoureux de la nature connaissent bien : le bush n’est pas un zoo. Les animaux sauvages restent imprévisibles, même pour ceux qui ont passé une vie entière à leurs côtés.

Une mort qui pose question sur les safaris à pied

Ce drame relance un débat récurrent en Afrique du Sud : les safaris à pied sont-ils trop dangereux ? Les défenseurs de la pratique arguent que le risque fait partie de l’expérience et que des guides comme Gary Freeman sont formés pour le gérer. Les détracteurs pointent l’impossibilité de contrôler le comportement d’un animal de plusieurs tonnes dans son milieu naturel.

La police du Limpopo a ouvert une enquête pour déterminer les circonstances exactes de l’attaque. Pourquoi l’éléphant a-t-il chargé ? L’animal se sentait-il menacé ? Y avait-il un éléphanteau à proximité, ce qui aurait pu déclencher un comportement protecteur ? Autant de questions qui n’ont pas encore de réponse.

Ce qui est certain, c’est que Gary Freeman a vécu et est mort en cohérence avec ses convictions. Un homme qui aimait les éléphants au point de refuser de leur faire du mal, même quand sa propre vie était en jeu. Dans le monde impitoyable du bush, c’est peut-être la forme la plus radicale de respect envers la nature. Et aussi la plus tragique.

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