Disparition de Manon près de Nantes : « Elle n’aurait jamais abandonné ses chevaux »
À Saint-Étienne-de-Montluc, en Loire-Atlantique, une jeune éleveuse de 31 ans est portée disparue depuis plusieurs semaines. Son compagnon a pris un vol pour l’Algérie avec leur fillette de 15 mois. Le parquet de Nantes a ouvert une enquête pour « enlèvement » et « meurtre ». Dans ce petit bourg au nord de Nantes, les habitants refusent de croire à un simple départ volontaire.
Une semaine sans nouvelles, puis l’alerte
Tout commence le vendredi 3 avril. Des proches de Manon, restés sans la moindre nouvelle depuis une semaine entière, décident de prévenir les autorités. Cette absence prolongée ne ressemble en rien à la jeune femme qu’ils connaissent. Manon tient une pension pour chevaux et élève quelques bovins sur une exploitation qu’elle a installée dans la commune il y a trois ans à peine.
Les gendarmes se rendent immédiatement sur place, comme le rapporte Ici Pays-de-la-Loire. Des fouilles sont lancées, des auditions menées dans l’entourage. Très vite, un détail attire l’attention des enquêteurs : le compagnon de Manon, un homme de 41 ans, est lui aussi introuvable. Mais contrairement à la jeune mère, lui a laissé une trace.
Car si Manon semble s’être volatilisée sans un mot, son compagnon a emprunté un chemin très précis — un itinéraire que les gendarmes vont reconstituer en quelques jours. Et ce qu’ils découvrent oriente l’enquête dans une direction que personne, à Saint-Étienne-de-Montluc, ne voulait envisager.
Un vol Nantes-Algérie, le 2 avril
Selon les premiers éléments communiqués par le procureur de la République de Nantes, Antoine Leroy, le compagnon de Manon « a pris l’avion le 2 avril, au départ de Nantes et à destination de l’Algérie », précise Ouest-France. Il n’était pas seul à bord : la fillette de 15 mois du couple l’accompagnait.

Ce départ a eu lieu la veille même du signalement de disparition. Le quadragénaire a donc quitté le territoire français avec l’enfant alors que Manon était déjà sans nouvelles depuis plusieurs jours. Un timing qui interroge lourdement les enquêteurs. Depuis l’Algérie, l’homme aurait pris contact avec plusieurs personnes, sans que le contenu de ces échanges ait été rendu public à ce stade.
Cette fuite vers l’étranger rappelle d’autres affaires récentes. L’enlèvement d’une fillette dans la Somme, retrouvée un an plus tard sur une plage en Espagne, avait déjà mis en lumière la difficulté de récupérer un enfant emmené hors du territoire par un parent. Mais dans le cas de Manon, c’est un autre mot qui s’impose désormais dans le dossier.
L’hypothèse du meurtre officiellement retenue
Le 7 avril, le parquet de Nantes ouvre une enquête pour « enlèvement » — concernant la fillette — et « meurtre » — concernant Manon. Le procureur Antoine Leroy ne laisse guère de place au doute dans sa formulation : « Nombre d’investigations effectuées par les services de gendarmerie convergent vers l’hypothèse du meurtre de la jeune femme. »
Les détails précis des indices recueillis n’ont pas été divulgués. Mais la combinaison de plusieurs éléments a visiblement convaincu les magistrats : l’absence totale de signe de vie de Manon, la fuite organisée du compagnon avec l’enfant, et les résultats des fouilles menées sur l’exploitation agricole et aux alentours. À ce stade, le corps de la jeune femme n’a pas été retrouvé.
L’affaire n’est pas sans rappeler le dossier Delphine Jubillar, où le conjoint avait été mis en cause alors que le corps restait introuvable. Ou encore cette affaire en Loir-et-Cher, où un homme avait lui-même signalé la disparition de sa femme avant d’avouer le pire. À chaque fois, le même schéma : une absence inexpliquée, un conjoint au comportement suspect, et une enquête qui bascule.
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« Manon n’aurait jamais abandonné ses chevaux »
À Saint-Étienne-de-Montluc, les habitants ont du mal à absorber la nouvelle. Dans cette commune de 7 000 âmes située à une vingtaine de kilomètres au nord-ouest de Nantes, tout le monde connaît — ou du moins croisait — cette jeune éleveuse passionnée.
« Manon n’aurait jamais abandonné ses chevaux », affirme une connaissance auprès d’Ici Loire Océan. Cette phrase, simple et directe, résume ce que l’entourage de la trentenaire répète depuis des semaines. Pour ceux qui la côtoyaient au quotidien, l’idée d’un départ volontaire ne tient pas une seconde. Ses animaux, son exploitation, ses projets : tout était ancré ici.

La jeune femme avait choisi cette vie rurale avec détermination. Installer une pension équestre à 31 ans, gérer seule un élevage bovin, tout cela demande un investissement physique et émotionnel considérable. Partir du jour au lendemain, sans prévenir personne, sans organiser la prise en charge de ses bêtes ? Ceux qui la connaissent n’y croient pas.
L’Algérie, un refuge qui pourrait se retourner contre lui
Le choix de l’Algérie comme destination de fuite n’est sans doute pas anodin. Le pays ne dispose pas d’accord d’extradition avec la France, ce qui complique considérablement la procédure judiciaire pour les autorités françaises. Un obstacle que l’on retrouve dans d’autres dossiers impliquant des suspects réfugiés à l’étranger.
Mais l’absence d’extradition ne signifie pas l’impunité. Si le suspect possède la double nationalité — ce que la source ne confirme ni n’infirme à ce stade —, il pourrait être poursuivi et jugé par la justice algérienne pour des faits commis en France. Les conditions de détention y sont réputées bien plus dures qu’en France, avec une forte promiscuité et des situations de violence entre détenus fréquemment documentées.
Plusieurs précédents montrent que des suspects ayant fui en Algérie ont ensuite demandé à être transférés en France pour y être jugés, préférant le système judiciaire français aux conditions carcérales algériennes. Il reste aussi la question de la fillette de 15 mois : sa situation sur le sol algérien, loin de sa mère et potentiellement aux mains d’un suspect de meurtre, constitue une urgence pour les autorités.
Un dossier entre enlèvement et féminicide présumé
L’enquête ouverte à Nantes porte donc sur deux qualifications distinctes. D’un côté, l’enlèvement de la fillette — emmenée à l’étranger sans le consentement de sa mère. De l’autre, le meurtre présumé de Manon. Deux volets qui s’entremêlent et rendent le dossier particulièrement complexe.
Si l’hypothèse criminelle se confirme, cette affaire viendrait s’ajouter à la liste des féminicides présumés qui secouent régulièrement l’actualité française. Le scénario — disparition d’une femme, fuite du conjoint, enfant emmené — fait écho à plusieurs drames récents, comme ce meurtre d’une femme devant son bébé à Nice ou le procès de cet homme jugé dans le Tarn-et-Garonne pour avoir tué sa compagne sous les yeux de leurs cinq filles.
Les gendarmes de Loire-Atlantique poursuivent leurs investigations. L’objectif immédiat reste double : retrouver le corps de Manon — si l’hypothèse du meurtre se vérifie — et localiser précisément la fillette en Algérie pour engager les démarches consulaires et judiciaires nécessaires. En attendant, à Saint-Étienne-de-Montluc, les chevaux de Manon attendent dans leur enclos. Sans personne pour s’en occuper comme elle le faisait.
