Affaire Dupont de Ligonnès : après 15 ans de silence, le frère d’Agnès lance un appel glaçant au fugitif
Pendant quinze ans, il n’a pas dit un mot publiquement. Guillaume Abbas Hodanger, frère d’Agnès Dupont de Ligonnès, a choisi le plateau de C à vous sur France 5 pour briser un silence qui pesait aussi lourd que les questions sans réponse de cette affaire. Face caméra, il a adressé deux mots au fugitif le plus recherché de France. Deux mots qui résonnent comme un ultimatum.
Quinze ans à se taire — et une seule raison de parler
Le 20 avril 2025, les téléspectateurs de France 5 ont découvert un visage inconnu du grand public. Guillaume Abbas Hodanger n’avait jamais accordé la moindre interview depuis le drame d’avril 2011. Face au journaliste Mohamed Bouhafsi, il a d’abord expliqué ce silence prolongé avec une franchise désarmante.
« J’ai mis 15 ans pour parler, 15 ans pour me taire, parce que je ne vais pas reparler non plus. J’ai gardé le silence car je n’avais rien à dire de particulier. Personne ne va me rendre ma sœur et les enfants. » Des mots qui traduisent une douleur intacte, figée dans le temps depuis la découverte des corps sous la terrasse de la maison familiale, à Nantes.
Sa sœur Agnès, ses neveux Arthur, Thomas, Anne et Benoît — quatre enfants fauchés dans une violence que rien ne laissait présager publiquement. Depuis, l’enquête n’a jamais permis de localiser le principal suspect. Treize ans de traque, zéro arrestation. Et un frère qui a fini par considérer qu’il n’avait qu’une seule chose utile à dire.
Ce message de deux mots qui change la donne
Guillaume Abbas Hodanger n’a pas tourné autour du pot. Après des années de retenue, il a lancé un appel direct à Xavier Dupont de Ligonnès : « Rends-toi ! » Deux mots. Pas de longs discours, pas de supplique, pas de colère démonstrative. Juste une injonction sèche adressée à l’homme que la justice française recherche depuis 2011.
Cet appel intervient après celui de la propre sœur du fugitif, dont l’avocat avait déjà pris la parole publiquement. Pour Guillaume Abbas Hodanger, il est temps que le suspect sorte de sa cachette et réponde de ses actes devant la justice. Un besoin de vérité qui dépasse la simple vengeance — celui de comprendre pourquoi une famille entière a été décimée.

Ce témoignage marque un tournant. Jusqu’ici, les proches d’Agnès avaient choisi la discrétion, laissant le dossier aux enquêteurs et aux médias. Que le frère de la victime principale décide de parler maintenant, après quinze ans, pose une question : qu’est-ce qui a changé ? La réponse se trouve peut-être dans un livre paru récemment, qui éclaire d’une lumière troublante la psychologie du fugitif.
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Ce que le psychiatre Daniel Zagury a découvert sur l’enfance du suspect
Dans L’Énigme publique n°1, publié aux éditions du Seuil, le psychiatre Daniel Zagury a mené un travail d’analyse sur le profil de Xavier Dupont de Ligonnès. Et ce qu’il révèle dans un entretien avec BFMTV bouleverse la compréhension du dossier.
Selon le spécialiste, Xavier Dupont de Ligonnès aurait été élevé comme un « élu ». Sa mère lui aurait martelé, tout au long de son enfance, qu’il était destiné à devenir « un des grands de ce monde après l’Apocalypse ». Un rôle quasi prophétique, ancré dans des croyances religieuses profondes, qui aurait façonné sa vision du monde bien avant le drame de Nantes.
Le plus troublant n’est pas que sa mère ait nourri cette croyance — Daniel Zagury concède qu’on peut le concevoir. Ce qui sidère le psychiatre, c’est la durée pendant laquelle le suspect y a adhéré. Jusqu’à quel âge a-t-il cru être un « prédestiné » ? La réponse est bien plus tardive qu’on ne l’imagine.
1995 : l’année où tout a basculé dans sa tête
Xavier Dupont de Ligonnès aurait cru à cette destinée messianique jusqu’à ses 35 ans. Trente-cinq ans à se considérer comme un être à part, destiné à survivre à la fin du monde. « Que sa mère l’ait imaginé, on peut le concevoir facilement. Mais qu’il y ait cru jusqu’à l’âge de 35 ans, là, c’est tout à fait sidérant », souligne Daniel Zagury.
Le point de rupture identifié par le psychiatre remonte à 1995. Cette année-là, la mère de Xavier Dupont de Ligonnès annonce l’imminence de l’apocalypse. Mais rien ne se produit. Pas de fin du monde, pas de destinée glorieuse, pas de renaissance promise. Juste le réel, brutal et décevant.

Cette désillusion aurait déclenché un « mal-être profond » chez celui qui se voyait en survivant providentiel. Seize ans plus tard, en avril 2011, ce même homme est soupçonné d’avoir tué sa femme et ses quatre enfants avant de disparaître dans la nature. La théorie du psychiatre dessine un fil rouge troublant entre l’effondrement d’une croyance et le passage à l’acte, même si seize années séparent les deux événements.
Un fugitif toujours introuvable, une traque sans fin
Depuis 2011, Xavier Dupont de Ligonnès reste l’homme le plus recherché de France. Les pistes se sont multipliées sans aboutir. En 2019, une interpellation spectaculaire à l’aéroport de Glasgow avait brièvement fait croire à un dénouement : un moine trappiste, confondu par erreur, avait été arrêté avant que les analyses ADN ne l’innocentent.
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Depuis, des témoignages émergent régulièrement, tantôt en Europe, tantôt outre-Atlantique. Un ancien enquêteur a affirmé détenir de nouveaux éléments. Des proches ont brisé le silence à intervalles réguliers. Mais aucune piste n’a jamais conduit à une arrestation.
L’affaire a même connu un nouveau rebondissement inattendu avec un décès lié au dossier. Chaque élément alimente un peu plus la fascination morbide du public pour cette affaire qui refuse de se clore. Et même le cinéma s’en est emparé, preuve que le cas Dupont de Ligonnès dépasse désormais le simple fait divers.
Pourquoi cette prise de parole compte vraiment
L’intervention de Guillaume Abbas Hodanger ne changera probablement pas le cours de l’enquête. Mais elle rappelle une réalité que les théories et les spéculations font parfois oublier : derrière ce dossier, il y a des familles détruites. Un frère qui a perdu sa sœur et quatre neveux. Des grands-parents privés de leurs petits-enfants.
En adressant ces deux mots — « Rends-toi ! » — au fugitif, il replace les victimes au centre. Pas les théories, pas les signalements, pas les livres. Les victimes. Agnès, Arthur, Thomas, Anne et Benoît. Cinq prénoms que quinze ans de mystère médiatique ont parfois relégués au second plan.
Le testament du suspect contenait déjà des phrases troublantes. Les analyses psychiatriques éclairent une personnalité construite sur une illusion messianique. Mais au bout du compte, la seule question qui vaille reste celle posée par un frère endeuillé à un homme en fuite : quand répondras-tu de tes actes ? Comme d’autres grandes affaires criminelles françaises — on pense à l’affaire Grégory et ses décennies d’enquête —, le dossier Dupont de Ligonnès semble condamné à rester ouvert. Du moins tant que le fugitif n’aura pas été retrouvé. Ou tant qu’il n’aura pas répondu à cet appel.
