Il emmène son fils de 2 ans au CHU : le récit du père fait basculer l’enquête
Dimanche soir, un couple se présente aux urgences du CHU de Pointe-à-Pitre avec un petit garçon de deux ans et demi, grièvement blessé à la tête. Quelques heures plus tard, l’enfant décède. Et c’est le propre récit du père qui conduit les enquêteurs à le placer en garde à vue pour meurtre. Une affaire glaçante dont les circonstances restent encore très floues.
Un enfant blessé par balles emmené aux urgences
Les faits se sont déroulés dans la soirée de dimanche, dans la commune du Gosier, en Guadeloupe. Selon Alexandra Onfray, procureure adjointe de Pointe-à-Pitre, un enfant de deux ans et demi a été conduit au CHU par ses deux parents. Le petit garçon présentait une blessure grave à la tête.
Très vite, les médecins constatent que la blessure est vraisemblablement causée par une arme à feu. L’état de l’enfant se dégrade rapidement. Malgré les soins prodigués, il décède dans la nuit des suites de ses blessures. Un drame qui vient s’ajouter à une série de faits divers marquants en Guadeloupe ces derniers mois.
Les explications « fluctuantes » du père
C’est le récit livré par le père aux enquêteurs qui a tout fait basculer. Ses déclarations ont permis, selon le parquet, « d’établir des suspicions justifiant son placement en garde à vue ». Dans un premier temps, il est placé en garde à vue du chef de tentative de meurtre. Puis, après le décès de l’enfant dans la nuit, la qualification est requalifiée en meurtre.

Le problème central pour les enquêteurs : les versions données par le père ne tiennent pas. La procureure adjointe Alexandra Onfray a décrit ses explications comme « fluctuantes ». Des contradictions suffisamment graves pour justifier une procédure pénale immédiate, sans même attendre les résultats complets de l’enquête technique.
« La garde à vue et les différentes auditions visent à faire toute la lumière sur les événements », a déclaré Mme Onfray. Pour l’heure, les circonstances exactes du drame ne sont pas encore établies. On ignore notamment comment l’arme à feu a pu se retrouver à proximité d’un enfant de cet âge, et dans quelles conditions le coup est parti.
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La Guadeloupe confrontée à une spirale de violence
Ce drame survient dans un contexte particulièrement tendu sur l’île. En seulement six mois, 28 homicides ont été recensés dans ce département d’outre-mer. Un chiffre sans précédent, alimenté en grande partie par la pauvreté et le trafic de drogue. Les autorités locales ne cachent plus leur inquiétude face à cette escalade.
Face à cette situation, des mesures exceptionnelles ont été prises. Gérald Darmanin s’est montré favorable à un couvre-feu pour les mineurs, une mesure déjà appliquée à Pointe-à-Pitre avant d’être étendue à d’autres villes françaises comme Béziers. Les mineurs ne peuvent plus sortir après 20 heures dans certaines zones. Un dispositif qui divise la population locale.

La question de la prolifération des armes à feu aux Antilles revient une nouvelle fois sur la table. Si l’enquête devra déterminer l’origine exacte de l’arme impliquée dans la mort du petit garçon, ce drame illustre une réalité que les habitants du Gosier connaissent bien : la violence armée touche désormais toutes les sphères, y compris le cadre familial.
Une enquête encore loin d’être bouclée
Le père reste en garde à vue pendant que les enquêteurs multiplient les auditions. Plusieurs éléments doivent encore être éclaircis. L’autopsie de l’enfant devrait confirmer les causes exactes du décès et le type de projectile ayant causé la blessure fatale. Les résultats balistiques seront déterminants pour la suite de la procédure.
Les enquêteurs chercheront également à comprendre la chronologie précise des événements entre le moment où le coup de feu a été tiré et l’arrivée aux urgences du CHU. Le temps écoulé, le comportement des parents sur le trajet, et les éventuels témoignages de voisins seront passés au crible. Dans des affaires impliquant de jeunes enfants, chaque détail peut faire basculer l’instruction.
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La mère de l’enfant, qui accompagnait le père aux urgences, a également été entendue par les enquêteurs. Son statut dans la procédure n’a pas été précisé par le parquet à ce stade. La détresse des proches dans ce type de drame rend les premières heures d’enquête particulièrement délicates.
Un drame familial qui secoue la commune du Gosier
Le Gosier est une commune balnéaire de près de 30 000 habitants, connue davantage pour ses plages que pour ses faits divers. La mort violente d’un enfant de deux ans et demi dans ce cadre provoque une onde de choc parmi les habitants. Sur les réseaux sociaux locaux, l’incompréhension domine.
Ce drame relance aussi le débat sur la responsabilité parentale et la détention d’armes dans les foyers. Si les conclusions de l’enquête confirment un acte volontaire, le père encourt la réclusion criminelle à perpétuité pour le meurtre d’un mineur de moins de quinze ans, une circonstance aggravante prévue par le Code pénal.
La vie quotidienne en Guadeloupe est déjà marquée par de nombreuses difficultés. Entre la flambée des prix dénoncée par les habitants et la montée de la criminalité, l’île traverse une période sombre. Ce nouveau drame, impliquant la plus jeune des victimes, vient cristalliser un sentiment de colère et d’impuissance déjà largement partagé.
