« Il fallait que je me rende compte » : livrée à des centaines d’inconnus par son compagnon pendant sept ans
Ce dimanche 3 mai 2026, les téléspectateurs de Sept à Huit ont découvert le visage de Laëtitia, 42 ans. Face caméra, cette mère de famille a détaillé sept années d’un calvaire méthodique orchestré par son ex-compagnon, un directeur d’agence bancaire de dix ans son aîné. Gifles, étranglements, coups de planche à découper… et des viols commis par « plusieurs centaines » d’hommes auxquels il l’aurait lui-même livrée. Une affaire qui, par sa mécanique glaçante, fait inévitablement écho à l’affaire Gisèle Pélicot. Sauf que Laëtitia, elle, était consciente à chaque instant.

Des gifles jusqu’à la perte d’une dent : la spirale de la violence physique
Le témoignage commence par ce qui ressemble à un schéma tristement classique de violences conjugales. « Au début, ça a été des gifles… Des gifles jusqu’à ce que je perde une dent », raconte Laëtitia dans l’émission de TF1. Puis l’escalade. Coups de ceinture. Fessées si violentes qu’elles laissaient des marques visibles pendant deux semaines. Coups de planche à découper. Coups de câbles électriques.
L’homme ne se contentait pas de frapper. Laëtitia affirme avoir été étranglée à de multiples reprises, parfois étouffée à l’aide de sacs poubelles jusqu’à perdre connaissance. Une mécanique de terreur méthodique, exercée derrière les murs d’un foyer en apparence ordinaire. Son compagnon n’était ni marginal, ni délinquant connu : il dirigeait une agence bancaire. Un profil respectable qui rendait la parole de Laëtitia d’autant plus difficile à porter.
Ce type de double vie n’est pas sans rappeler d’autres affaires récentes où la violence se cachait derrière une façade publique lisse. Mais ce que Laëtitia a révélé ensuite dépasse de loin les coups.
Inscrite sur des sites d’escorte par son propre compagnon
Au-delà des violences physiques directes, l’homme a transformé sa compagne en objet de commerce sexuel. Selon le témoignage livré dans Sept à Huit, il l’a inscrite sur « des sites d’escorte » et « de prostitution », la livrant à des inconnus venus la violer.

Le nombre avancé par Laëtitia donne le vertige : « plusieurs centaines » d’hommes. Les viols se déroulaient au domicile — de nuit quand les enfants dormaient, de jour quand ils étaient à l’école — mais aussi sur des parkings, des aires d’autoroute, dans des hôtels. Une logistique rodée, un système organisé qui s’est perpétué pendant sept ans.
Détail qui rend ce récit plus insoutenable encore : Laëtitia était parfois enceinte au moment des faits. L’état de grossesse n’a jamais constitué un frein pour son bourreau. On pense immédiatement à cette affaire en Suède où un sexagénaire avait vendu sa femme à plus de 120 hommes. Ici, l’échelle présumée est encore supérieure.
Contrairement à Gisèle Pélicot, Laëtitia était consciente
C’est probablement la différence la plus terrible avec l’affaire de Mazan. Gisèle Pélicot avait été droguée par son mari Dominique, soumise chimiquement pendant des années. Elle n’a découvert l’ampleur des viols qu’après l’arrestation de son époux. Laëtitia, elle, n’a bénéficié d’aucun « voile ».
« C’était interdit. Il disait qu’il fallait que je me rende compte de ce qui m’arrivait », a-t-elle confié dans l’émission. La soumission chimique aurait atténué la souffrance immédiate. Son compagnon a délibérément refusé cette option. Il voulait qu’elle vive chaque instant de ce qu’il lui infligeait. Une cruauté consciente, calculée, qui relève de la torture psychologique autant que physique.
Cette phrase — « il fallait que je me rende compte » — résume à elle seule la perversion du mécanisme. L’agresseur ne cherchait pas seulement à abuser. Il cherchait à détruire, en s’assurant que sa victime soit pleinement présente pour chaque destruction. Quand on sait que Dominique Pelicot lui-même avait été condamné pour avoir agi dans l’ombre, le contraste avec cette affaire est saisissant.
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La peur et la honte comme instruments de contrôle
Sept ans. C’est le temps qu’a duré l’emprise. Sept ans pendant lesquels Laëtitia n’a pas réussi à fuir ni à dénoncer son bourreau. Pourquoi ? Elle l’a expliqué avec des mots simples devant les caméras : « Il m’a tenu avec la peur, il m’a tenu aussi avec la honte. »

La peur, d’abord : celle des représailles physiques, évidemment, quand on vit avec un homme capable de vous étrangler jusqu’à la perte de connaissance. La honte, ensuite : celle d’avoir été prostituée, violée par des centaines d’inconnus, réduite à un corps à disposition. Une honte qui ne devrait jamais être la sienne, mais que l’agresseur avait soigneusement cultivée comme un levier de silence.
Ce mécanisme d’emprise rappelle de nombreux témoignages de victimes de violences conjugales. La peur isole. La honte enferme. Les deux combinées créent une prison invisible bien plus efficace que des murs. Des associations comme le 3919 (numéro national pour les femmes victimes de violences) tentent de briser ce cercle en offrant une première écoute anonyme.
Plusieurs affaires récentes montrent que la parole se libère pourtant de plus en plus, que ce soit par des canaux inattendus — comme cet adolescent qui a utilisé Pronote pour dénoncer les violences subies par sa mère — ou face aux caméras d’une émission nationale.
Un procès public, comme Gisèle Pélicot
Laëtitia a fait un choix fort : celui de la publicité de son procès. « C’est lui qui devrait avoir honte de ce qu’il a fait », a-t-elle affirmé dans Sept à Huit. Une décision qui fait directement écho à celle de Gisèle Pélicot, dont le procès public à Avignon avait marqué un tournant dans la prise de conscience collective sur les violences sexuelles.
En choisissant de témoigner à visage découvert et de refuser le huis clos, Laëtitia retourne l’arme de la honte contre son agresseur. Ce n’est plus elle qui se cache. C’est lui qui devra répondre de ses actes au grand jour.
Son ex-compagnon sera jugé en 2026 par la cour d’assises des Alpes-de-Haute-Provence. Les chefs d’accusation sont parmi les plus graves du code pénal français : proxénétisme aggravé, viols aggravés et actes de torture et de barbarie. Il encourt la réclusion criminelle à perpétuité. L’homme reste à ce stade présumé innocent.
Alors que d’autres affaires similaires éclatent en France, le témoignage de Laëtitia pose une question douloureuse : combien de femmes vivent encore, en ce moment, ce qu’elle a enduré pendant sept ans ? Le procès à venir apportera peut-être des réponses sur l’ampleur exacte du système mis en place. Mais la parole, elle, est déjà un acte de résistance.
Si vous êtes victime de violences conjugales ou sexuelles, contactez le 3919 (appel anonyme et gratuit). En cas de danger immédiat, composez le 17.