« Il fallait que je me rende compte de ce qui m’arrivait » : Laëtitia, 42 ans, raconte sept ans de torture à Manosque
Pendant sept ans, Laëtitia affirme avoir vécu un enfer quotidien. Gifles, coups de ceinture, étranglements jusqu’à la perte de conscience, viols organisés par son propre compagnon avec des centaines d’inconnus. Devant les caméras de Sept à Huit ce dimanche 3 mai, cette femme de 42 ans a témoigné à visage découvert. Son ex-compagnon, directeur d’agence bancaire, sera jugé en 2026 par la cour d’assises des Alpes-de-Haute-Provence. Il encourt la réclusion criminelle à perpétuité et bénéficie de la présomption d’innocence.

Un homme « protecteur » devenu bourreau

Laëtitia l’a rencontré en 2015. Lui avait dix ans de plus qu’elle, un poste de directeur dans une agence bancaire, une apparence respectable. Au début, elle décrit un homme attentionné, rassurant. Le basculement, selon elle, a été rapide. Brutal.
« Au début, ça a été des gifles… Des gifles jusqu’à ce que je perde une dent. » Puis les coups de ceinture. Les fessées qui laissaient des marques pendant deux semaines. Les coups de planche à découper, de câbles électriques. Des étranglements répétés, jusqu’à la perte de conscience. Des sacs-poubelle sur le visage pour l’étouffer.
Ce schéma d’escalade, les associations le connaissent par cœur. D’abord l’isolement, puis la destruction méthodique. D’autres témoignages similaires ont été recueillis ces derniers mois dans des affaires de violences conjugales jugées à travers la France. Mais ce que Laëtitia décrit ensuite dépasse un seuil que peu imaginent.
Livrée à des centaines d’inconnus
Son compagnon l’aurait inscrite sur des sites d’escorte et de prostitution. Selon son témoignage, elle a subi des viols par « plusieurs centaines » d’hommes auxquels il la livrait. Chez eux, dans des hôtels. Certains, dit-elle, payaient très cher pour pouvoir lui infliger des violences physiques.

Ce calvaire a continué même pendant sa grossesse. Laëtitia affirme que son compagnon n’a jamais eu recours à la soumission chimique pour la livrer à ces inconnus. Sa phrase, prononcée face caméra, glace : « C’était interdit. Il disait qu’il fallait que je me rende compte de ce qui m’arrivait. »
L’homme est poursuivi pour proxénétisme aggravé, viols aggravés et actes de torture et de barbarie. Des chefs d’accusation parmi les plus graves du code pénal français. L’affaire n’est pas sans rappeler le procès des viols de Mazan, que Laëtitia cite elle-même comme un déclic pour prendre la parole publiquement.
Un phénomène d’emprise totale
Comment reste-t-on sept ans ? C’est la question que beaucoup se posent, et que les spécialistes des violences conjugales déconstruisent depuis des années. Laëtitia décrit un contrôle total de son compagnon sur chaque aspect de sa vie. Un isolement progressif. Des menaces de mort si elle n’obéissait pas.
Auprès de France Info en janvier 2026, elle avait déjà confié qu’il menaçait de la tuer. Ce mécanisme d’emprise, d’autres femmes l’ont décrit dans des contextes différents — comme Emma Paris, qui a dénoncé l’emprise de son ex, ou Camille Lellouche, qui s’est confiée sur le sujet. L’emprise ne connaît ni classe sociale ni milieu professionnel.
Le compagnon de Laëtitia n’était pas un marginal. Il dirigeait une agence bancaire. C’est aussi ce qui rend cette affaire si percutante : la violence extrême derrière la façade du quotidien. Mais comment Laëtitia a-t-elle finalement réussi à en sortir ?
Un message Facebook qui a tout fait basculer
La délivrance est venue d’un geste simple, presque dérisoire. Un message envoyé à une ancienne amie de lycée, via Facebook. Laëtitia lui a raconté une scène d’étranglement. Cette amie n’a pas hésité une seconde : elle a prévenu la police.
Fin juin 2022, les forces de l’ordre ont arrêté le compagnon de Laëtitia à Manosque, dans les Alpes-de-Haute-Provence. Sept ans de calvaire stoppés par une alerte sur un réseau social. L’affaire rejoint d’autres cas où un proche extérieur a permis de briser le cycle des violences conjugales. Parfois, comme dans l’affaire Manon Relandeau, l’alerte arrive trop tard.
« Aujourd’hui, je suis incontinente, handicapée »
Laëtitia porte les traces physiques de ces sept années dans son corps. Les « pratiques sexuelles extrêmes » auxquelles elle dit avoir été soumise l’ont laissée incontinente. Elle dépend aujourd’hui d’un appareil médical. Sans lui, elle devrait porter des couches.
« C’est terrible et difficile de vous parler de cela, mais c’est ma réalité à seulement 42 ans. » Ces mots, prononcés sans détourner le regard, disent tout de ce que cette femme a traversé. Les séquelles ne sont pas qu’un concept — elles sont quotidiennes, concrètes, irréversibles pour certaines.
Ce type de conséquences physiques à long terme, rarement évoquées dans les témoignages publics, donne une dimension supplémentaire à l’horreur décrite. C’est aussi ce qui a poussé Laëtitia à exiger un procès public.
« Il faut que la honte change de camp »
Laëtitia a demandé que le procès de son ex-compagnon ne se tienne pas à huis clos. Une décision rare dans ce type d’affaires, qui impliquent habituellement une protection de la vie privée de la victime. Mais Laëtitia a choisi la voie inverse.
« Il m’a tenue avec la peur, avec la honte », explique-t-elle dans Sept à Huit. Son espoir est limpide : « Si ça peut aider une femme à dire : si elle a parlé, il faut que je parle… » Elle cite explicitement l’affaire Pelicot et le courage de Gisèle Pelicot comme déclic personnel. « Le procès des viols de Mazan et ce qu’en a fait Gisèle Pelicot ont achevé de me convaincre. Il faut que la honte change de camp. »
Le procès est prévu en 2026 devant la cour d’assises des Alpes-de-Haute-Provence. L’accusé y répondra de proxénétisme aggravé, viols aggravés et actes de torture et de barbarie. Il encourt la réclusion criminelle à perpétuité.
D’autres affaires de féminicides et de violences extrêmes continuent de jalonner l’actualité judiciaire française. Le témoignage de Laëtitia s’inscrit dans cette lente prise de conscience collective, portée par des femmes qui choisissent de ne plus se taire.
Si vous êtes victime ou témoin de violences conjugales, appelez le 3919 (Violence Femmes Info). C’est gratuit, anonyme et disponible 24h/24. Ce numéro national, géré par la Fédération nationale solidarité femmes (FNSF), propose une écoute et oriente vers des dispositifs d’accompagnement.