« Ils étaient sans défense » : armé d’un hachoir, un homme menace un fidèle devant une mosquée de Montluçon
Lundi soir, à Montluçon, dans l’Allier, un homme armé d’un couteau et d’un hachoir a menacé un fidèle qui arrivait à la mosquée Arrahma pour la dernière prière du soir. L’individu a disparu avant l’arrivée de la police. Mardi, une plainte a été déposée et une enquête ouverte pour menaces avec armes. Retour sur des faits qui réveillent un traumatisme encore vif.
Un médecin face à un inconnu armé d’un extincteur

Il est environ 22 heures, lundi soir. Une quinzaine de fidèles sont réunis à l’intérieur de la mosquée Arrahma, dans le quartier de Bien-Assis, pour la dernière prière de la journée. L’un d’eux, médecin de profession, arrive en retard. En approchant du lieu de culte, il croise un individu au comportement suspect, un extincteur dans les mains.
Le fidèle l’interpelle. Il lui demande ce qu’il fait là, à cette heure, devant la mosquée. La réponse ne vient pas par les mots. L’homme se rapproche, sort un couteau et le pointe vers le médecin. La scène bascule en quelques secondes, selon le récit rapporté par La Montagne.
Le médecin a le réflexe de se réfugier à l’intérieur, prenant soin de refermer la porte transparente derrière lui. C’est alors que l’individu, décrit comme un homme d’une trentaine d’années, exhibe un hachoir. Le fidèle appelle immédiatement la police. Mais ce qui se passait à l’intérieur de la mosquée, à ce moment précis, rend la situation encore plus glaçante.
« Ils étaient tous le dos tourné »

Pendant que le médecin faisait face à l’agresseur, les autres fidèles priaient. Prosternés, le dos tourné vers l’entrée. Aucun d’entre eux n’avait conscience de ce qui se jouait à quelques mètres.
« Cela aurait pu tourner au drame. Il faut bien comprendre que les fidèles étaient en train de prier et qu’ils étaient tous le dos tourné par rapport à l’entrée. Ils étaient sans défense », a confié Hafi Missouri, responsable de la mosquée, à La Montagne. Des mots qui résonnent d’autant plus fort quand on connaît le contexte récent autour de la sécurité des lieux de culte en France.
Les policiers se sont rendus sur place rapidement. Ils ont effectué des rondes dans le quartier de Bien-Assis. Mais l’individu avait déjà disparu, laissant derrière lui l’extincteur qu’il portait à son arrivée. Mardi après-midi, la mosquée Arrahma a annoncé dans un communiqué Facebook qu’une plainte avait été déposée. Le parquet a ouvert une enquête pour menaces avec armes.
Mardi en fin de journée, aucune interpellation n’avait été réalisée. Selon la police, l’homme avait déjà été aperçu dans le quartier. Il est activement recherché. Mais au-delà de cette enquête, c’est un souvenir douloureux qui hante les esprits des fidèles de Montluçon.
Le spectre de La Grand-Combe, un an après

Hafi Missouri ne cache pas son inquiétude. « Depuis trois semaines, on étudie la possibilité d’installer des caméras de sécurité. On reste tous marqués par l’assassinat d’Aboubakar, il y a un an », a-t-il ajouté.
Le 25 avril 2025, Aboubakar Cissé, un musulman de 22 ans, avait été poignardé à mort dans la mosquée Khadidja de La Grand-Combe, dans le Gard. Un fait divers qui avait profondément choqué la communauté musulmane de France. Le suspect avait ensuite pris la fuite avant de se rendre à la police italienne.
Ce précédent tragique explique pourquoi les mots de Hafi Missouri pèsent si lourd. Ce n’est plus seulement une menace isolée. C’est un schéma qui se répète — un lieu de prière, des fidèles vulnérables, un individu armé — et qui ravive la peur dans les mosquées du pays. La question de la sécurisation des lieux de culte revient une nouvelle fois sur la table.
Une enquête ouverte, un individu toujours dans la nature
Pour l’heure, les faits sont qualifiés de menaces avec armes. Pas de blessé. Pas d’interpellation non plus. L’homme, dont l’identité n’a pas été communiquée, reste introuvable. Les enquêteurs disposent du signalement fourni par le médecin et d’un objet laissé sur place : l’extincteur, qui pourrait fournir des éléments d’identification.
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La mosquée Arrahma de Montluçon envisage désormais sérieusement l’installation de caméras de vidéosurveillance. Une mesure qui, il y a encore quelques semaines, n’était qu’une discussion. Elle est devenue une urgence. En France, les actes visant des lieux de culte musulmans restent un sujet sensible, sur fond de tensions liées au racisme et de menaces sécuritaires récurrentes.
Les fidèles de Montluçon, eux, retourneront prier. Mais ce soir-là, à quelques secondes près, l’histoire aurait pu être tout autre.