Ranch Epstein au Nouveau-Mexique : viols collectifs, corps enterrés et « bébés parfaits » — ce que révèle le documentaire de 60 Minutes

On pensait avoir tout lu sur Jeffrey Epstein. Les villas, les îles privées, les noms de célébrités dans les carnets de vol. Mais un documentaire diffusé par 60 Minutes Australia vient de lever le voile sur ce qui se passait dans un endroit bien plus isolé : le Zorro Ranch, une propriété de 3 000 hectares perdue au Nouveau-Mexique. Et les témoignages recueillis dépassent tout ce qu’on imaginait.
Un ranch de 3 000 hectares avec piste d’atterrissage privée
Avant de plonger dans les accusations, il faut comprendre l’endroit. Le Zorro Ranch se situe à Stanley, à environ 50 kilomètres au sud de Santa Fe. Epstein l’a acheté en 1993 à Bruce King, un ancien gouverneur démocrate du Nouveau-Mexique. Sur ces 3 000 hectares de terrain aride, il a fait construire un manoir au sommet d’une colline — et surtout une piste d’atterrissage privée.

Cette piste, c’est un détail crucial. Elle permettait d’amener et de repartir avec n’importe qui, sans passer par aucun aéroport commercial, sans le moindre contrôle. Comme l’ont révélé les documents déclassifiés du FBI, ce ranch fonctionnait comme un lieu clos, totalement hors radar. Et c’est précisément ce qui le rendait si dangereux.
« Comme une souris dans un piège »
Chauntae Davies fait partie des survivantes qui ont accepté de témoigner face caméra. Elle affirme avoir été abusée dans plusieurs propriétés d’Epstein entre 2001 et 2005 — New York, Paris, Saint-Tropez, les Caraïbes. Mais quand on lui demande quel lieu la terrifiait le plus, sa réponse est immédiate : Zorro Ranch.
Dans le documentaire, elle décrit comment elle restait assise dans sa chambre, figée, en attendant qu’on frappe à sa porte pour lui dire : « Jeffrey est prêt pour son massage. » Sauf que le mot « massage » n’avait rien à voir avec un soin. « C’était un viol. Un viol pur et simple, par la force », lâche-t-elle.
Davies n’est pas la seule victime à avoir témoigné sur le fonctionnement de ce système. Mais ce qu’elle raconte ensuite dans l’interview pousse l’horreur encore plus loin.
Des femmes tuées pendant des rapports sexuels
C’est la congressiste démocrate Melanie Stansbury qui a mis au jour l’information la plus terrifiante. Après avoir épluché les dossiers Epstein, elle est tombée sur un signalement reçu par le FBI en 2019. Un employé du Zorro Ranch affirmait que deux jeunes femmes étrangères avaient été enterrées sur la propriété.

Selon ce signalement, les deux victimes seraient mortes par strangulation lors de « rapports sexuels fétichistes violents ». Leur enterrement aurait été ordonné directement par Epstein. Stansbury a immédiatement alerté le procureur général du Nouveau-Mexique.
« Ce signalement correspondait au schéma d’autres abus, transports et trafics de femmes. C’est pour ça qu’il a déclenché une alarme chez moi », explique-t-elle dans le documentaire. Des centaines d’allégations décrivent des « expériences très sombres » vécues par des femmes dans cette propriété. Mais les accusations ne concernent pas que les femmes.
Des hommes drogués et violés collectivement
C’est l’une des révélations les plus inattendues du documentaire. Stansbury affirme qu’Epstein ne ciblait pas uniquement des jeunes femmes ou des adolescentes. Des hommes aussi étaient victimes au Zorro Ranch.
« Un homme affirme avoir rencontré Jeffrey Epstein, avoir été amené au ranch, drogué, et il décrit en détail une scène au cours de laquelle plusieurs jeunes hommes ont été violés devant lui après qu’il a été drogué », déclare la congressiste face caméra. Ce n’est d’ailleurs pas la première fois qu’elle évoque des victimes masculines — elle avait déjà mentionné que de jeunes garçons faisaient partie du réseau de trafic.
Stansbury qualifie Epstein de « prédateur de niveau supérieur » et d’« abuseur en série ». Ce que confirment les documents récemment déclassifiés sur l’ampleur de son réseau. Mais le documentaire va encore plus loin dans l’effroi, avec un volet médical qui semble tout droit sorti d’un film d’horreur.
Des interventions médicales pratiquées sur des victimes inconscientes
Chauntae Davies raconte avoir entendu des récits de procédures médicales non consenties réalisées au ranch. Des victimes se seraient réveillées « dans une sorte de pièce sombre, avec une femme médecin penchée au-dessus d’elles, avec le sentiment qu’une intervention avait eu lieu dont elles n’avaient aucune connaissance ».
Un réseau de médecins complices avait déjà été évoqué dans les enquêtes précédentes sur Epstein. Mais ces témoignages ajoutent une dimension supplémentaire : des actes médicaux clandestins pratiqués directement dans le ranch, sur des personnes qui n’avaient pas consenti — et qui parfois ne savaient même pas ce qui leur était arrivé.
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Davies évoque aussi un projet qui fait froid dans le dos.
Le projet du « pool génétique parfait »
« J’ai surpris des conversations sur la création du bébé parfait à partir du pool génétique parfait », témoigne Davies. Elle affirme même qu’un bébé serait effectivement né dans le cadre de ce programme. Epstein, selon elle, était obsédé par l’idée de créer une sorte de lignée génétique « supérieure ».

Et ce témoignage n’est pas isolé. Un email de 2018 entre Epstein et Bryan Bishop, un développeur Bitcoin, a été rendu public dans les fichiers déclassifiés. Dans cet échange, les deux hommes discutent du financement d’un projet de « bébé sur mesure » et de clonage humain. Rien n’indique que le projet ait été mené à terme, mais le simple fait que ces discussions aient existé donne une idée de l’ampleur des ambitions d’Epstein.
Ce mélange de trafic sexuel et de pseudo-science eugéniste n’est pas sans rappeler les fantasmes les plus sombres du XXᵉ siècle. Et aujourd’hui, les autorités du Nouveau-Mexique tentent enfin de comprendre ce qui s’est réellement passé sur ces 3 000 hectares.
L’enquête est enfin rouverte — 6 ans après sa fermeture
Le procureur général du Nouveau-Mexique, Raúl Torrez, a rouvert l’enquête sur le Zorro Ranch en février 2026. L’enquête initiale avait été fermée en 2019, à la demande des procureurs fédéraux de New York — la même année où Epstein s’est suicidé dans sa cellule de Manhattan.
Les enquêteurs procèdent désormais à l’imagerie complète des 3 000 hectares de la propriété. Chaque mètre carré sera analysé techniquement pour détecter d’éventuels indices — y compris, potentiellement, les sépultures mentionnées dans le signalement de 2019. Des lettres manuscrites, des documents et des livres ont également été découverts sur place.
Le ranch a été vendu en 2023 par la succession d’Epstein à la famille de Don Huffines, un candidat républicain au Texas. Les nouveaux propriétaires coopèrent avec les autorités. L’État du Nouveau-Mexique a aussi créé une commission dédiée pour enquêter sur les activités passées de la propriété.
Les procureurs de l’État ont déclaré que « les révélations contenues dans les dossiers FBI précédemment scellés justifient un examen approfondi ». Même au niveau politique international, les pressions pour que la lumière soit faite sur l’ensemble du réseau Epstein ne cessent de monter.
« Je ne pense pas que la vérité sortira un jour »
Malgré la réouverture de l’enquête et les nouvelles révélations, Chauntae Davies reste pessimiste. « Ceux qui couvrent cette affaire… ont fait des efforts considérables pour que ça reste caché », dit-elle dans le documentaire. « Je ne pense pas qu’il y aura jamais une divulgation complète de tout ce qui s’est passé. »
Stansbury, elle, se veut plus combative. Elle affirme que le département de justice du Nouveau-Mexique est « profondément déterminé à transformer les dossiers Epstein en procès Epstein ». La congressiste insiste : il ne s’agit plus seulement de comprendre ce qui s’est passé, mais de poursuivre ceux qui ont participé.
Car c’est bien la question centrale qui reste en suspens. Epstein est mort. Mais son réseau, lui, ne fonctionnait pas seul. Les témoignages du documentaire décrivent des médecins, des employés, des complices — tout un système organisé autour d’un seul homme, certes, mais qui nécessitait la complicité active de dizaines d’autres. Les questions sur l’entourage d’Epstein sont loin d’avoir trouvé toutes leurs réponses.
Epstein n’a jamais été poursuivi au Nouveau-Mexique de son vivant. Le bureau du procureur général avait pourtant confirmé en 2019 avoir interrogé des victimes potentielles ayant visité le ranch. Six ans plus tard, l’imagerie satellite, les fouilles et les témoignages convergent vers le même endroit : ces 3 000 hectares de désert où, à l’abri de tout regard, un homme se croyait intouchable.