Ex-chanteur de Spandau Ballet condamné à 14 ans de prison : il filmait ses victimes endormies
Il avait chanté sur les scènes du West End londonien et assuré le rôle de chanteur principal de Spandau Ballet. Aujourd’hui, Ross Davidson quitte les projecteurs pour une cellule de prison. Condamné à 14 ans de détention pour des viols et agressions sexuelles commis sur six femmes, l’ancien musicien a vu sa double vie rattrapée par la justice britannique. Les vidéos retrouvées sur son téléphone ont été accablantes.
Une carrière sous les projecteurs, des crimes dans l’ombre

Ross Davidson, connu sous le nom de scène Ross William Wild, n’était pas un inconnu dans le monde de la musique britannique. Il avait décroché un rôle dans la célèbre comédie musicale We Will Rock You au West End de Londres, avant de rejoindre en 2018 le groupe Spandau Ballet en tant que chanteur principal. Une trajectoire ascendante qui lui offrait une visibilité considérable — et un accès facilité à la vie nocturne.

Mais derrière cette façade, selon les éléments présentés au procès, le musicien menait une tout autre existence. Entre août 2013 et décembre 2019, six femmes ont été victimes de ses agissements. Des faits qui n’ont été mis au jour que grâce à des preuves numériques retrouvées dans son propre téléphone. Un schéma qui rappelle d’autres affaires où des personnalités du spectacle ont été accusées de violences sexuelles par plusieurs femmes.
Deux procès, huit chefs d’accusation
L’affaire a nécessité deux procès distincts pour couvrir l’ensemble des faits reprochés à Davidson. Lors du premier, en juillet 2024, il a été reconnu coupable de viol, de deux chefs d’accusation d’agression sexuelle et de voyeurisme, pour des actes commis à l’encontre de quatre femmes. Le musicien clamait avoir obtenu le consentement de chacune d’entre elles.
Le second procès, en janvier dernier, a ajouté des charges supplémentaires : le viol d’une femme à Londres en mars 2015 et une tentative de viol assortie d’une agression sexuelle sur une autre victime, cette fois en Thaïlande, en décembre 2019. Au total, la justice l’a reconnu coupable de deux viols, une tentative de viol, trois agressions sexuelles et deux faits de voyeurisme. L’ampleur des faits sur plusieurs années et continents témoigne d’un comportement systématique que le juge n’a pas manqué de souligner.
Les vidéos qui ont fait basculer le procès
C’est le contenu du téléphone de Ross Davidson qui a constitué la pièce maîtresse de l’accusation, comme l’a détaillé The Guardian. Le procureur a révélé que le chanteur s’était filmé en train de violer une femme. D’autres vidéos, récupérées sur l’appareil, montraient ce que l’accusation a qualifié d’incidents « étonnamment similaires » : Davidson touchant des femmes pendant leur sommeil.
Selon le procureur, le musicien profitait du moment où ses victimes étaient les plus vulnérables, plongées dans un sommeil profond. Certaines d’entre elles n’ont d’ailleurs appris l’existence de ces agressions que lorsque la police les a contactées pour leur montrer les images. Des femmes qui, pour certaines, s’occupaient de lui ou l’aimaient, selon les mots du juge. Ce mode opératoire — filmer les agressions comme des trophées — a pesé lourd dans la sévérité de la peine, à l’image d’autres affaires de violences sexuelles où les preuves vidéo ont joué un rôle déterminant.
« Des relations sexuelles à la demande »
Ce jeudi, à la cour d’assises de Wood Green, dans le nord de Londres, le juge John Dodd KC a prononcé une peine de 14 ans de prison. Ses mots ont été cinglants. Il a déclaré que Ross Davidson avait une « attitude aventureuse en matière de sexualité » et qu’il avait traité les femmes « sans respect ». Une formulation judiciaire mesurée qui résume pourtant des années d’abus.
Selon la BBC, il a également été établi au cours du procès que Davidson estimait pouvoir avoir des « relations sexuelles à la demande ». Le musicien se qualifiait lui-même de « sex-positif », un terme qu’il détournait pour justifier des actes commis sans le moindre consentement. Cette attitude de prédation derrière un vocabulaire libéral a été longuement analysée par l’accusation. Là encore, le parallèle avec des personnalités publiques jugées pour agressions sexuelles s’impose.

La défense invoque le TDAH et les addictions
L’avocate de Ross Davidson a tenté d’atténuer la peine en invoquant les « effets dévastateurs » d’un trouble du déficit de l’attention avec hyperactivité (TDAH) non diagnostiqué pendant des années. Selon elle, le musicien s’était « automédicamenté » avec des drogues et de l’alcool, auxquels il avait « facilement accès » en raison de son mode de vie dans l’industrie musicale.
Elle a ajouté que son client avait depuis exprimé des remords et qu’il bénéficiait désormais d’une routine stable en prison, d’un traitement médicamenteux adapté et du soutien de sa famille. Des arguments qui n’ont pas suffi à réduire la sentence. Le juge a visiblement estimé que la gravité et la répétition des faits sur six ans, auprès de six victimes différentes, ne pouvaient être expliquées par un trouble psychiatrique non traité.
Les victimes prennent la parole
Lors de l’audience de détermination de peine, cinq des six femmes victimes ont pris la parole. Au-delà de leurs témoignages personnels, elles ont adressé un message direct à d’autres personnes ayant subi des violences sexuelles : signaler les faits et porter plainte. Un appel collectif rare dans ce type de procès, qui illustre la volonté de ces femmes de transformer leur épreuve en levier de libération de la parole.
Le cas Davidson s’inscrit dans une série d’affaires médiatisées au Royaume-Uni et en France où des figures publiques sont confrontées à des accusations de violences sexuelles. Ce qui distingue cette affaire, c’est le caractère méthodique des agressions et surtout le fait que l’agresseur ait lui-même constitué les preuves de ses crimes en les filmant. Ross Davidson passera au minimum 14 ans derrière les barreaux. Pour les six femmes qu’il a agressées, la reconstruction, elle, ne fait que commencer.