Des prisonniers volontaires s’enferment en prison pour échapper au stress de leur travail

Publié par Nicolas F le 02 Dec 2018

Les Coréens ont trouvé une nouvelle fonction aux prisons. Au lieu d’être perçues comme des lieux de correction, à la fonction punitive, les prisons peuvent aussi avoir un rôle thérapeutique pour tous ceux qui souffrent de solitude et de stress. C’est un peu étrange de voir les choses comme ça, pourtant la « Prison en moi », est une prison qui a ouvert ses portes en 2013, et qui ne désemplit pas. Ici, les prisonniers ne sont pas des criminels condamnés mais des volontaires qui cherchent à se soigner. Pire, les prisonniers volontaires doivent payer pour y séjourner. Regardez la vidéo pour découvrir comment fonctionne cet établissement et faites une visite des lieux.

 

S’enfermer volontairement en prison pour faire une pause

« La prison me donne un certain sens de liberté », raconte Park Hye-ri, une employée de bureau qui a tenté l’expérience de la « Prison en moi », pour 90 $ pour 24 heures d’emprisonnement. Elle se retrouve enfermée pendant une journée dans une cellule de confinement. Dans cet établissement (faussement) pénitentiaire, il y a 2 000 détenus qui essaient de soigner leur stress, leurs angoisses, leur mal-être, causés par leur travail ou leur études. La Corée du Sud est connue pour être l’un des pays où il existe un vrai culte du travail. Mais ces grands bosseurs connaissent aussi de nombreuses maladies liées à leur mode de vie stressant.

 

Le confinement rudimentaire réveil le sentiment de liberté

« Je ne devrais pas être ici, sachant tout le travail que je dois faire », culpabilise déjà Park Hye-ri. « Mais j’ai décidé de faire une pause et de m’asseoir un peu, afin d’avoir une vie meilleure ». Elle s’impose une trêve dans son travail et aime profiter de la simplicité de sa cellule de 5 m2. Le fait d’être enfermé dans un tout petit espace provoque l’inverse de ce qu’on pourrait penser. Au lieu de se sentir prisonnier, ici les détenus se sentent libres. Ils sont libres, car ils sont venus ici de leur plein gré et s’offrent enfin du temps pour eux. Mais les règles de la prison sont strictes. Il est interdit de parler aux autres détenus, d’utiliser un téléphone et même d’avoir un réveil. Chaque détenu porte un uniforme, dort sur des tapis de yoga à même le sol et doit se débrouiller avec les toilettes rudimentaires qu’il a dans sa chambre.

 

Les Coréens peuvent travailler 68 heures par semaine

En 2017, les Coréens ont travaillé en moyenne 2024 heures, ce qui classe le pays en troisième position des pays les plus travailleurs, selon l’OCDE, derrière le Mexique et le Costa Rica. La loi est passée à 68 heures de travail par semaine, au lieu des 52 heures qui étaient recommandées auparavant. Ce sont ces chiffres fous qui ont donné l’idée à Noh Ki-Hyang de fonder cet établissement. Elle-même a vu son mari travailler jusqu’à 100 heures par semaine en tant que procureur. Pour rire, il lui faisait remarquer qu’il aurait aimé s’infliger lui-même une peine de prison pour s’efforcer à se reposer. C’est alors qu’elle a pris sa plaisanterie au pied de la lettre et qu’elle a ouvert la « Prison en moi ». Depuis, l’établissement ne désemplit pas.

prisonniers volontaires en corée

Crédits : Reuters, Wall Street Journal

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