Avant de partir à la retraite, les seniors doivent obligatoirement faire cette demande à leur employeur
On pense souvent que la fin de carrière se joue “naturellement”. Un pot de départ, une date, et rideau. Sauf que depuis la réforme seniors, un rendez-vous change la mécanique.
Et il peut peser lourd sur vos deux dernières années. Cet entretien de fin de parcours professionnel existe désormais noir sur blanc. Le problème, c’est que beaucoup de salariés ne savent même pas qu’ils peuvent l’exiger.
La fin de carrière, ce moment où tout se joue vraiment
À partir d’un certain âge, le travail ne se résume plus à “tenir jusqu’au bout”. Il devient un équilibre. Le corps fatigue plus vite. Les contraintes familiales reviennent parfois. Et l’idée de la retraite s’installe, même quand on ne veut pas l’avouer.
Côté entreprises, le sujet est tout aussi sensible. Garder des compétences, éviter une rupture brutale, préparer la transmission. Mais aussi gérer les absences, les restrictions médicales, les réorganisations. Résultat : la fin de carrière se pilote souvent à l’instinct. Et c’est là que ça coince.
Selon une analyse relayée par Le Monde, l’emploi des seniors reste un angle mort. Avec une chute nette de l’activité dès 59-60 ans, et une part importante de personnes sorties de l’emploi pour raisons de santé ou de handicap.
Le rendez-vous que tout le monde repousse
Dans beaucoup de boîtes, on parle formation et évolution quand tout va bien. Et on parle retraite quand il est presque trop tard. Sauf que les dispositifs “intermédiaires” existent. Temps partiel. Retraite progressive. Aménagement du poste. Et même des solutions de transition financées différemment.
Le souci, c’est la temporalité. Si vous découvrez ces options à 61 ans, vous n’avez plus de marge. Si vous les préparez avant, tout change : charge de travail, planning, revenus, et même votre manière de quitter l’entreprise.
C’est précisément cette logique qui a inspiré les nouvelles règles de 2025 sur le dialogue de fin de carrière.
L’entretien de fin de parcours professionnel, le rendez-vous qui change la donne
On l’imagine facultatif. Ou réservé aux grandes entreprises. En réalité, l’obligation est générale. La réforme a transformé l’ancien “entretien professionnel” en entretien de parcours professionnel. Et elle a ajouté deux jalons : un au milieu, un à la fin.
Et c’est ici que tout bascule. L’entretien de fin de parcours professionnel doit avoir lieu quand le salarié approche des 60 ans. Le texte vise le premier entretien de parcours professionnel organisé dans les deux années précédant le 60e anniversaire. En clair, cela tombe généralement à 58 ou 59 ans.
Non, il ne remplace rien
C’est le piège le plus fréquent. Beaucoup pensent que “ça remplace l’entretien annuel” ou qu’il faut choisir. Non. Cet entretien s’ajoute au reste.
D’après les décryptages juridiques publiés après la loi seniors, il ne se substitue ni aux pratiques internes d’évaluation, ni aux entretiens de parcours professionnel prévus à échéance régulière. Il vient en plus, avec un objectif précis : préparer la sortie sans casse.
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Ce que l’entretien doit mettre sur la table
Là encore, le texte ne laisse pas place au flou. L’entretien doit aborder les conditions de maintien dans l’emploi et les possibilités d’aménagement de fin de carrière. Avec un focus explicite sur le temps partiel et la retraite progressive.
Pour le salarié, c’est une fenêtre. Pas une formalité. C’est le moment où vous pouvez faire acter, par écrit, une trajectoire réaliste : réduire, transmettre, ajuster. Pour l’employeur, c’est un outil de pilotage : anticiper les départs et éviter les trous dans la raquette.
Dans les faits, cet entretien peut aussi devenir un révélateur. Parce qu’il force l’entreprise à répondre à une question simple : “Vous me gardez comment, et à quelles conditions ?” Et si la réponse n’existe pas, il devient urgent de la construire.
Retraite progressive : l’employeur ne peut plus “dire non” au hasard
C’est souvent le point le plus concret. La retraite progressive permet de travailler à temps partiel tout en touchant une fraction de sa pension. Et, depuis 2025, l’accès a été élargi.
D’après Service-public.fr, l’âge d’accès à la retraite progressive est passé à 60 ans à partir du 1er septembre 2025, après publication de décrets au Journal officiel. Mais le vrai changement, c’est le rapport de force.
Service-public.fr précise qu’en cas de refus de l’employeur, celui-ci doit justifier sa décision. La justification doit notamment expliquer l’impact sur la continuité de l’activité, et, si un recrutement est nécessaire, les difficultés pour recruter sur le poste.
Un dispositif encore peu utilisé, malgré tout
On pourrait croire que tout le monde va s’y engouffrer. Pourtant, l’usage reste faible. Le Monde notait encore une part très minoritaire de retraites progressives dans l’ensemble des départ, malgré le coup de projecteur de 2025.
Pourquoi ? Parce que beaucoup de salariés n’osent pas demander. Parce que certaines entreprises redoutent la complexité. Et parce qu’on confond encore “réduction du temps de travail” et “désengagement”. Sauf que la logique n’est pas là. La retraite progressive, quand elle est bien cadrée, sert souvent à sécuriser la fin de carrière. Et à garder la compétence plus longtemps, autrement.
C’est exactement le type de discussion que l’entretien de fin de parcours professionnel est censé déclencher. Au bon moment. Avant que tout se fige.
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Le temps partiel de fin de carrière : une autre option, plus discrète
La réforme 2025 n’a pas misé sur un seul levier. Elle a aussi ouvert une voie différente : un temps partiel de fin de carrière qui peut être “lissé” financièrement.
Selon une synthèse de Lefebvre Dalloz, la loi permet, sous conditions, d’utiliser l’indemnité de départ à la retraite pour compenser une baisse de salaire liée à un temps partiel en fin de carrière. Et ce mécanisme n’est pas cumulable avec la retraite progressive.
L’idée est simple : éviter un décrochage de revenus quand on réduit son temps de travail. Et offrir une transition plus acceptable, surtout quand la retraite progressive ne colle pas à la situation. Là encore, ce n’est pas un bouton magique. Mais c’est un outil de négociation. Et c’est exactement ce que ces entretiens obligatoires remettent au centre : la négociation, plutôt que l’improvisation.
Ce que vous gagnez à ne pas attendre “le dernier moment”
Dans la vraie vie, la fin de carrière arrive rarement dans un calme parfait. Un nouveau manager. Une réorganisation. Une fatigue qui s’accumule. Une visite médicale qui change la donne. Et, parfois, un sentiment brutal : “Je ne tiendrai pas comme ça jusqu’à la retraite.”
La réforme seniors tente de verrouiller un minimum de dialogue. Pas pour faire joli. Pour éviter que la sortie ne ressemble à une chute pour chaque employé.
Concrètement, si vous approchez de la soixantaine, surveillez le calendrier. Si votre employeur ne propose rien, vous avez intérêt à mettre le sujet sur la table, tôt, et par écrit. Pas pour “attaquer”. Pour cadrer. Et pour garder des traces, surtout si la suite se tend. Parce qu’une fin de carrière bien négociée ne se voit pas dans un discours RH. Elle se voit dans vos semaines. Dans votre fatigue. Dans vos revenus. Et dans la manière dont vous quittez l’entreprise.
Un moment important à préparer
L’entretien de fin de parcours professionnel n’est pas un rendez-vous de plus. C’est un moment charnière, fixé au bon âge, pour parler de ce que tout le monde repousse.
La réforme 2025 oblige les employeurs à ouvrir la discussion. Et elle donne aux salariés un cadre pour demander des aménagements concrets, dont la retraite progressive. Si vous êtes concerné, ne laissez pas ce rendez-vous se transformer en formalité. Préparez-le. Documentez vos souhaits. Et faites préciser, noir sur blanc, ce qui est possible. La fin de carrière n’est pas une ligne droite. Mais elle peut devenir une trajectoire.
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