À peine ouvert, ce supermarché tout neuf ferme déjà ses portes après 11 mois
Dans la vallée de la Doller, tout semblait réuni pour qu’un nouveau supermarché s’installe durablement. Un bâtiment neuf, une promesse de proximité, et l’idée d’un service utile au quotidien.
Pourtant, la fermeture Colruyt Masevaux s’annonce déjà comme un symbole des secousses qui traversent la grande distribution.
Un magasin flambant neuf, au cœur d’un projet de ville
Masevaux-Niederbruck n’est pas une métropole. C’est une commune qui vit au rythme d’une vallée vosgienne, avec ses habitudes et ses besoins très concrets. Selon l’Insee, la commune compte 3 594 habitants (population légale 2023).
Dans ce type de territoire, l’ouverture d’un supermarché n’est pas un simple ruban coupé devant des caméras. C’est un signal. Cela veut dire des courses plus simples, moins de kilomètres, et souvent un peu plus de vie autour d’une zone réaménagée.
C’est d’ailleurs dans cet esprit que le projet local avait été pensé, d’après les éléments rapportés par France 3 Grand Est : un secteur en mutation, avec l’idée d’associer commerce, services et nouveaux logements. Sur le papier, l’arrivée d’une enseigne comme Colruyt pouvait cocher plusieurs cases : un point de vente “du quotidien”, des prix attractifs, et une alternative aux trajets vers des pôles plus éloignés.
Mais ce décor rassurant cache une réalité plus vaste. Car, au moment même où certaines communes se battent pour garder des commerces, la distribution française vit une phase de consolidation rapide, et parfois brutale.
Colruyt en France : un acteur trop petit dans une guerre trop grande
Colruyt est un nom bien connu en Belgique. En France, l’enseigne est restée plus discrète, concentrée sur le quart nord-est. Et, comme souvent dans la distribution, la taille du réseau compte presque autant que l’emplacement des magasins.
Dès le printemps 2025, le groupe belge explique chercher une sortie : selon Le Monde, la filiale française a réalisé 716 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2024, mais avec une perte d’exploitation de 32 millions d’euros. Le groupe estime ne pas avoir atteint une taille suffisante pour être rentable dans un marché jugé “trop concurrentiel”.
Ce point est central pour comprendre ce qui se joue à Masevaux-Niederbruck. Un magasin peut être neuf, bien placé, et même apprécié localement. S’il appartient à un réseau fragilisé, il devient une variable d’ajustement.
La France est en effet l’un des terrains les plus durs d’Europe pour l’alimentaire : la guerre des prix y est permanente, les marges sont serrées, et les enseignes se livrent bataille à coups de promotions, de marques distributeurs et d’investissements logistiques. Dans ce contexte, un acteur “moyen” peut vite se retrouver coincé entre les géants et les discounters.
Une cession massive… et une mécanique de dates déjà fixée
Le basculement se précise en juin 2025. Colruyt annonce être entré en négociations exclusives pour céder une grande partie de son parc français : 81 magasins et 44 stations-service DATS24.
Le projet de reprise par le Groupement Les Mousquetaires (Intermarché/Netto) est chiffré à 215 millions d’euros, selon Le Monde.
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Le communiqué du groupement évoque une opération censée assurer la continuité d’exploitation des sites repris.
Ensuite, le puzzle se complète avec d’autres enseignes. La FAQ officielle de Colruyt France détaille le parc total : 105 magasins en France, et une répartition entre repreneurs, avec des fermetures “techniques” prévues avant réouverture sous une autre bannière.
Ce document est particulièrement précieux, car il fixe un calendrier précis. Et il confirme surtout un point qui va compter pour la suite : tout le monde ne trouve pas preneur.
Fermeture Colruyt Masevaux : la date est actée, et le site est dans la liste
C’est là que le dossier local bascule vraiment.
Dans sa FAQ, Colruyt indique clairement que, pour les magasins “sans offre ferme à ce jour”, une fermeture définitive est prévue le 21 février 2026. Et la liste inclut explicitement Masevaux-Niederbruck, aux côtés de Carling, Faulquemont, Montchanin et Sens (boulevard Kennedy).
Autrement dit, la fermeture Colruyt Masevaux n’est pas une rumeur : elle apparaît dans un document officiel de l’enseigne, avec une date.
Ce qui frappe, dans cette histoire, c’est le contraste entre le calendrier industriel et le ressenti local. D’après France 3 Grand Est (qui raconte cette histoire), le magasin a ouvert le 5 mars 2025, et les salariés auraient été informés de la vente du réseau français à peine quelques semaines plus tard. Dans un commerce, c’est extrêmement court pour installer des habitudes, bâtir une clientèle régulière, et atteindre un rythme de croisière.
France 3 Grand Est évoque aussi une dizaine de salariés directement concernés sur le site, ainsi qu’un accompagnement et des mesures financières proposées. Ces éléments traduisent un choc social à l’échelle d’une petite commune : même si le nombre semble limité sur le papier, il représente des familles, des parcours, et un quotidien à reconstruire.
Pourquoi aucun repreneur n’a, pour l’instant, misé sur ce magasin
La question qui revient naturellement est simple : comment un magasin neuf peut-il se retrouver “sans offre ferme” ?
La réponse tient souvent à une combinaison de facteurs. D’abord, les repreneurs raisonnent en réseau. Ils cherchent des magasins qui complètent une zone, qui renforcent une logistique existante, et qui promettent un volume de ventes compatible avec leur modèle.
Ensuite, il y a la concurrence locale. Toujours selon France 3 Grand Est, la présence d’autres grandes surfaces dans la commune aurait refroidi des investisseurs potentiels. Dans une vallée, quelques kilomètres peuvent suffire à faire basculer l’équation économique.
Enfin, il y a un élément rarement visible pour les clients : la rentabilité ne dépend pas seulement du passage en caisse. Elle dépend aussi des coûts fixes, de l’approvisionnement, de la masse salariale, des prix de l’énergie, et des contraintes propres au bâti. Un magasin construit “sur mesure” peut être un atout… ou un frein, si sa reconversion est coûteuse.
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Ce paradoxe résume bien la période actuelle : la distribution se concentre, mais certains territoires restent “trop compliqués” à intégrer dans les plans des grands groupes. Le magasin, lui, se retrouve au milieu, comme une vitrine neuve prise dans une tempête de stratégie nationale.
L’après-21 février 2026 : salariés, site, et effet domino sur la commune
La FAQ de Colruyt précise que les salariés des magasins non repris, comme ceux du siège, doivent bénéficier de mesures dans le cadre d’un Plan de Sauvegarde de l’Emploi.
Elle confirme aussi l’arrêt de certains services, comme la fin de l’émission de nouvelles cartes de fidélité (depuis le 15 décembre 2025) et l’arrêt définitif du service Collect&Go.
Pour la commune, l’enjeu est double. Il y a d’abord la question de l’usage du bâtiment. Un local commercial neuf, vide, peut rapidement devenir un point noir si aucune solution n’émerge. Mais il peut aussi attirer un projet, si le territoire est jugé dynamique et si le site est bien situé.
Ensuite, il y a l’impact sur les habitudes. Un magasin de proximité, même “calme”, a souvent une fonction sociale : il rend service, il évite des déplacements, et il contribue à la vie d’un quartier. Quand il disparaît, la perte ne se mesure pas uniquement en tickets de caisse.
La fermeture Colruyt Masevaux illustre donc quelque chose de plus large : la difficulté de concilier des logiques de groupes (rentabilité, réseau, logistique) avec les besoins d’un territoire (proximité, emploi, aménagement). Et c’est précisément ce décalage qui rend l’histoire si marquante : le magasin est neuf, mais il subit une décision qui le dépasse.
Une conclusion qui dépasse le cas de Masevaux
Ce qui se joue à Masevaux-Niederbruck n’est pas seulement la fin d’un supermarché. C’est un rappel brutal : même un projet local solide peut être fragilisé par des choix stratégiques pris à l’échelle nationale, voire internationale.
La date du 21 février 2026 est désormais écrite noir sur blanc.
Reste la question la plus importante pour les habitants : que deviendra ce bâtiment neuf, et qui acceptera de porter, demain, la promesse de proximité qui avait accompagné l’arrivée de Colruyt ?
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