Leroy Merlin ferme ses grands magasins parisiens mais ouvre ces nouvelles boutiques en 2026 : voici ce qui change pour vous
Rosa Parks a déjà baissé le rideau. Daumesnil suivra dans quelques mois. En 2026, Leroy Merlin perd la moitié de sa surface commerciale dans Paris intramuros — 13 500 m² de rayons bricolage qui disparaissent d’un coup. Pourtant, l’enseigne n’a aucune intention de quitter la capitale. Bien au contraire : trois nouvelles boutiques ouvrent dès cette année, et vingt sont prévues d’ici 2030. Sauf que le concept n’a plus rien à voir avec ce que vous connaissiez.
13 500 m² de bricolage rayés de la carte parisienne

Le magasin Leroy Merlin Rosa Parks, dans le 19e arrondissement, a fermé ses portes au deuxième trimestre 2026, après neuf ans d’activité. Six mille mètres carrés de surface de vente, environ 600 000 passages en caisse par an, et pourtant : le magasin n’a jamais gagné d’argent. Pas une seule année bénéficiaire en près d’une décennie.
Le même sort attend le Leroy Merlin Daumesnil, dans le 12e arrondissement. Ouvert en 2015, ses 6 400 m² de surface de vente fermeront définitivement en octobre 2026. Lui non plus n’a jamais trouvé l’équilibre financier. La direction qualifie les deux sites de « structurellement déficitaires » — un terme poli pour dire que le modèle du grand magasin de bricolage en plein Paris ne fonctionne tout simplement pas.
Au total, 280 salariés sont concernés par ces deux fermetures. L’enseigne promet des solutions de reclassement au sein des 26 magasins Leroy Merlin d’Île-de-France — notamment à Saint-Denis, Saint-Ouen ou Gennevilliers. Mais les syndicats, eux, dénoncent un plan social déguisé. Cette vague de fermetures n’est d’ailleurs pas isolée : la liste des enseignes qui ferment en 2026 ne cesse de s’allonger.
Le problème, c’est mathématique. Les loyers parisiens combinés à la hausse des coûts d’électricité ont rendu ces grandes surfaces impossibles à rentabiliser. Six cent mille clients par an, ça semble énorme. Mais quand chaque mètre carré vous coûte une fortune et que les marges du bricolage restent serrées, même la fréquentation ne suffit pas. Et le phénomène dépasse largement Leroy Merlin : même les grands magasins historiques peinent à maintenir leurs surfaces en centre-ville.
Ce qui reste ouvert — et ce qui pourrait changer
Deux magasins « classiques » survivent pour l’instant dans Paris. Le Leroy Merlin Beaubourg, dans le 4e arrondissement, reste le plus grand avec ses 7 200 m². Celui de La Madeleine, dans le 8e, conserve ses 5 000 m² de surface. La direction confirme qu’ils restent ouverts.
Mais attention. Ces deux magasins sont « destinés à être repensés pour gagner en efficacité », selon les termes de la direction. Traduction : ils ne ferment pas aujourd’hui, mais le même risque structurel pèse sur eux si la rentabilité ne s’améliore pas. Les coûts d’exploitation restent élevés, même dans des zones plus fréquentées du centre. La question de leur survie à long terme reste posée.
En parallèle, quatre boutiques spécialisées existent déjà dans le 15e arrondissement et à Boulogne : des formats cuisine, salle de bains et services. Et c’est justement ce modèle-là qui fonctionne. Ces petites boutiques captent une clientèle nouvelle, fidèle, qui habite dans un rayon de 1,5 km. Elles gagnent de l’argent là où les mastodontes en perdaient. La suite logique était écrite.
Le nouveau Leroy Merlin parisien : fini le pot de peinture en passant

Trois nouvelles boutiques spécialisées ouvrent dès 2026. Les localisations probables : les 13e et 14e arrondissements, qui viennent compléter le maillage existant dans le 15e. Les formats prévus : un Leroy Merlin Cuisine, un Leroy Merlin Menuiserie, et une boutique mixte Cuisine & Salle de bains.
Et là, il faut être clair : ces boutiques n’ont rien à voir avec le Leroy Merlin que vous connaissez. On parle de surfaces de 100 à 150 m² pour les formats cuisine, environ 250 m² pour la salle de bains. Quatre à cinq salariés par boutique. Pas de rayonnages à perte de vue. Pas de chariots. Pas de libre-service.
Concrètement, vous ne pourrez plus débarquer un samedi matin pour acheter un pot de peinture, une poignée de vis et un rouleau de scotch d’électricien. Ce temps-là est terminé pour les Parisiens qui comptaient sur Daumesnil ou Rosa Parks. Si vous cherchez la tendance en aménagement, sachez que les îlots de cuisine classiques sont eux aussi en train de disparaître au profit de formats plus compacts.
Le nouveau modèle, c’est le « projet ». Vous voulez refaire votre cuisine ? Vous prenez rendez-vous. Sur place, vous touchez les matières, vous visualisez votre projet sur écran, on calcule les métrages et les coûts. Le projet est vendu pose comprise — pour la cuisine, deux tiers des contrats incluent la conception, la livraison et la pose par un professionnel. C’est du clé en main.
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Ce concept existe déjà à Madrid, où Leroy Merlin l’a testé avec succès. L’enseigne l’adapte maintenant à Paris, avec l’ambition d’atteindre vingt boutiques de proximité d’ici 2030. IKEA suit d’ailleurs exactement la même logique en ouvrant des mini-magasins en centre-ville. Même E.Leclerc prépare 600 mini-magasins pour 2030. Le commerce de proximité spécialisé est en train de remplacer les grandes surfaces urbaines, enseigne après enseigne.
Les lockers : commander le soir, récupérer avant le boulot
Pour compenser l’absence de libre-service, Leroy Merlin joue une autre carte : les lockers. Ce sont des consignes de retrait en click & collect, accessibles 7 jours sur 7, 24 heures sur 24. Le principe est simple. Vous commandez en ligne le soir depuis votre canapé. Vos produits sont livrés au locker le plus proche de chez vous depuis les entrepôts de Nanterre, Ivry-sur-Seine ou Gennevilliers. Vous récupérez votre commande le lendemain matin avant de partir travailler.
C’est une réponse directe aux habitudes des urbains. Les Parisiens commandent beaucoup en ligne — mais la livraison à domicile, dans un immeuble sans ascenseur, pour 25 kg de carrelage, ce n’est pas toujours la joie. Le locker de quartier, accessible à n’importe quelle heure, évite les créneaux de livraison ratés et les avis de passage. Et ça évite aussi d’aller jusqu’en banlieue chercher un colis en voiture.
Pour l’instant, Leroy Merlin n’a pas communiqué le nombre exact de lockers prévus à Paris ni leurs emplacements précis. Mais le déploiement accompagne clairement la stratégie des petites boutiques : moins de stock physique en magasin, plus de logistique de dernière étape. La question, c’est de savoir si ce réseau sera assez dense pour couvrir les arrondissements laissés orphelins par la fermeture des deux grands magasins.
Pourquoi Leroy Merlin fait ce virage maintenant

La réponse tient en un chiffre : zéro euro de bénéfice en neuf à douze ans d’exploitation. Les deux magasins fermés n’ont « jamais gagné d’argent », selon la direction. Six cent mille passages en caisse par an dans chaque magasin, une vraie prise de parts de marché, et malgré tout : le rouge en permanence. Les coûts fixes parisiens — loyers, énergie, masse salariale — ont absorbé chaque euro de marge.
À l’inverse, les quatre petites boutiques spécialisées déjà existantes fonctionnent. Elles coûtent moins cher à exploiter. Elles emploient quatre à cinq personnes au lieu de dizaines. Et surtout, elles génèrent de la fidélisation : les clients reviennent parce que la boutique est à 10 minutes à pied de chez eux, pas à 45 minutes en transport. L’enseigne parle d’un rayon de chalandise de 1,5 km — autant dire que c’est du vrai commerce de quartier.
Leroy Merlin reste le numéro un du bricolage en France avec environ 40 % de parts de marché. Ce n’est pas un retrait, c’est une mue. « Nous avons la volonté d’un ancrage à Paris encore plus fort », affirme la direction. Vingt boutiques contre quatre grands magasins, ça fait mathématiquement plus de points de contact avec les clients. Le pari, c’est que la proximité compense la perte de surface.
Ce que ça change concrètement si vous êtes bricoleur à Paris
Si vous habitiez à côté de Rosa Parks ou de Daumesnil et que vous aviez l’habitude d’y faire un tour le week-end, il va falloir changer vos réflexes. Pour les achats du quotidien — peinture, quincaillerie, petit outillage —, vos options se réduisent à Beaubourg ou La Madeleine, sauf si vous préférez commander en ligne et récupérer via un locker.
Pour les gros projets — refaire une cuisine, installer une salle de bains, changer vos menuiseries —, les nouvelles boutiques spécialisées dans les 13e et 14e arrondissements seront justement faites pour vous. Mais pensez à prendre rendez-vous : ce n’est plus du commerce en libre-service. Sachez aussi que un déstockage massif est en cours dans les magasins qui ferment — si vous cherchez de bonnes affaires, c’est maintenant.
Pour ceux qui préfèrent garder l’expérience grande surface, il reste les magasins Leroy Merlin en Île-de-France — 26 sites au total. Castorama à Clichy, Mr Bricolage en format proximité ou la commande en ligne avec livraison à domicile sont aussi des alternatives. Et côté enseignes de proximité en général, d’autres acteurs arrivent à Paris avec des formats compacts.
Le vrai changement, c’est un glissement de philosophie. Leroy Merlin à Paris ne sera plus l’endroit où vous allez flâner entre les rayons un dimanche après-midi. Ce sera un réseau de boutiques-experts où vous irez avec un projet précis, et un système de lockers pour tout le reste. Pour un Parisien qui bricole occasionnellement, ça complique un peu les choses. Pour celui qui planifie une rénovation, ça pourrait même simplifier la vie — à condition que le maillage de boutiques soit assez dense d’ici 2030.