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Le “test du sac à main” continue en entretien malgré son interdiction officielle

Publié par Killian Ravon le 03 Mar 2026 à 20:00

Certaines candidates racontent une scène aussi intime qu’inattendue. En plein entretien, un recruteur leur demanderait d’ouvrir leur sac à main, parfois même d’en sortir le contenu. Derrière cette consigne, l’idée serait de “mesurer” l’organisation, d’inférer des traits de personnalité. Voire de trancher sur une compatibilité avec le poste.

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Test du sac à main en entretien d’embauche : une candidate ouvre son sac face à une recruteuse dans un bureau.
Lors de certains entretiens, des candidates se voient demander d’exposer le contenu de leur sac, une pratique jugée illicite car intrusive et sans lien direct avec les compétences professionnelles.

Le problème, c’est que le test du sac à main n’est pas une fantaisie RH un peu maladroite. Le ministère du Travail a rappelé que cette pratique est illicite. Car elle porte atteinte à la vie privée et n’a pas de lien direct et nécessaire avec les aptitudes professionnelles. Cette dérive rappelle d’autres exigences déplacées, comme celles subies par certaines hôtesses de l’air lors de sessions de recrutement.

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L’entretien d’embauche reste un échange professionnel, pas une intrusion dans la vie privée. Crédit : amtec_photos.
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Une pratique intrusive qui vise surtout les femmes

Sur le papier, ce “test” se présente comme un raccourci. Un sac rangé voudrait dire “profil structuré”, un sac en vrac suggérerait “désorganisation”. Dans les témoignages rapportés ces dernières semaines. La demande cible majoritairement des femmes, ce qui renforce la dimension discriminatoire du procédé.

En réalité, ce genre de mise en scène s’inscrit dans une zone grise que certains recruteurs exploitent : provoquer, déstabiliser, pousser à se dévoiler. Or, un entretien n’est pas un interrogatoire, et encore moins une fouille d’effets personnels. Même quand la candidate accepte, le consentement est biaisé par l’enjeu : obtenir le poste. Des comportements similaires ont déjà été dénoncés chez Amazon par des employés pointant du doigt des pratiques douteuses.

Des spécialistes RH l’ont résumé simplement à l’antenne, en expliquant que l’objectif est de “déterminer des effets de personnalité” à partir du rangement. Le raisonnement peut sembler “logique” au premier abord, mais il repose surtout sur des suppositions.

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Les méthodes d’évaluation doivent rester proportionnées et liées au poste. Crédit : amtec_photos.

Ce que dit la loi : le Code du travail fixe une limite claire

Le cadre juridique, lui, est beaucoup moins flou. L’article L.1221-6 du Code du travail précise que les informations demandées à un candidat ne peuvent avoir pour finalité que d’apprécier sa capacité à occuper l’emploi ou ses aptitudes professionnelles. Surtout, ces informations doivent présenter un “lien direct et nécessaire” avec le poste.

Dans ce contexte, demander à une candidate de vider son sac n’a rien d’un outil d’évaluation. Le contenu d’un sac relève de la vie privée, une notion défendue fermement par la justice comme lors de l’affaire Chanel. L’exercice ne démontre ni une compétence métier, ni une aptitude technique. Même pour des postes exigeant une organisation rigoureuse, la méthode reste disproportionnée : on peut tester une capacité à prioriser, à structurer, à planifier… sans toucher aux effets personnels.

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Le ministère du Travail a justement été interrogé sur cette dérive, à la suite de témoignages. Plusieurs analyses juridiques relaient la réponse : le “test du sac à main” est considéré comme illicite, car il porte atteinte au respect de la vie privée.

Le contenu d’un sac relève de la vie privée et ne prouve aucune compétence professionnelle. Crédit : Auckland Museum.

Des risques pour l’employeur, et pas seulement sur le plan de l’image

Ce rappel n’est pas qu’un avertissement moral. Lorsqu’une pratique de recrutement sort du cadre légal, l’employeur s’expose à des conséquences civiles, et potentiellement pénales selon les cas, notamment si une discrimination est caractérisée. On se souvient de décisions inattendues rendues par la justice après des licenciements houleux chez Leclerc.

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Un autre point pèse dans la balance : la discrimination au travail est un sujet déjà très documenté et encadré par les pouvoirs publics. Service-public.fr rappelle les voies de recours, y compris le dépôt de plainte, et la possibilité d’engager la responsabilité de l’auteur présumé.

Pour les entreprises, le risque est double. D’un côté, il y a la sanction et le contentieux. De l’autre, il y a la réputation : un candidat humilié peut témoigner, alerter, publier, et l’employeur se retrouve exposé en quelques heures.

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Pourquoi ce “test” revient maintenant

On pourrait croire à une pratique marginale, mais si elle remonte, c’est aussi parce que la culture du recrutement évolue vite. D’un côté, certaines entreprises professionnalisent fortement leurs process. De l’autre, des méthodes plus contestables circulent, parfois influencées par les nouvelles formes de télétravail et de surveillance à distance.

Le “test du sac” fait partie de ces idées qui se propagent bien parce qu’elles sont simples à raconter. En quelques secondes, le recruteur pense obtenir un “signal” sans poser de questions techniques. Sauf que ce signal n’a pas de base solide, et encore moins une validation scientifique. Plusieurs articles récents insistent d’ailleurs sur ce point : aucune étude ne permet d’affirmer qu’un sac bien rangé prédit une compétence professionnelle.

Vider son sac en entretien n’a rien d’une “mise en situation” acceptable. Crédit : Bert Knottenbeld.
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Une confusion fréquente : personnalité, intimité et performance

Le cœur du problème, c’est la confusion entre ce qui relève de la personnalité… et ce qui relève de l’intime. Un entretien peut explorer la façon de travailler, la méthode, le rapport à l’équipe, la gestion d’une charge ou d’un conflit. En revanche, fouiller un sac, demander des détails sur la vie familiale, ou sonder des convictions n’a rien à faire dans l’évaluation.

Sur ce terrain, les “questions interdites” sont encore nombreuses, et pas seulement en théorie. Des contenus pédagogiques circulent justement pour aider candidats et recruteurs à distinguer ce qui est légal de ce qui ne l’est pas. Il faut aussi regarder l’effet concret sur les candidates. L’exercice n’est pas neutre : il peut déclencher un sentiment d’invasion, de honte, ou de mise à l’épreuve humiliant. Dans un rapport de force, beaucoup n’osent pas dire non, même quand elles sentent que quelque chose cloche.

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Que faire si on vous le demande en entretien

Face à cette situation, le premier réflexe est souvent la sidération. Une candidate peut chercher à “faire bonne figure”, à se dire que c’est un piège classique, ou qu’il vaut mieux obéir. Pourtant, plusieurs professionnels conseillent d’adopter des phrases simples pour se faire respecter et poser ses limites immédiatement.

Dans les faits, tout dépend du contexte et de votre sécurité émotionnelle sur le moment. Une réponse simple peut suffire, du type : “Je préfère ne pas exposer mes effets personnels, mais je peux vous parler de ma méthode d’organisation au travail.” Ce recadrage remet l’échange sur le terrain professionnel, sans escalader.

Si la situation dérape, garder des traces peut aider. Noter la date, l’heure, le nom de l’interlocuteur, et ce qui a été demandé permet de documenter un éventuel signalement. Selon les cas, on peut aussi se rapprocher d’un conseil juridique ou d’organismes compétents.

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Le cadre légal du recrutement est régulièrement rappelé dans le débat public. Crédit : Olivier Bruchez.

Un ministre du Travail qui recadre publiquement

Le sujet a pris de l’ampleur au point de remonter jusqu’aux autorités. Jean-Pierre Farandou a été nommé ministre du Travail et des Solidarités dans le gouvernement annoncé fin février 2026, selon les communications officielles. Dans ce contexte, le rappel est clair : faire vider un sac constitue une atteinte au respect de la vie privée, et la pratique ne peut pas être justifiée comme outil d’évaluation des aptitudes.

Les analyses juridiques qui reprennent la position du ministère convergent sur ce point. Cette prise de parole a au moins un mérite : elle fixe une ligne publique et compréhensible. Les candidats savent qu’ils ne sont pas “trop susceptibles”, et les recruteurs ne peuvent plus prétendre découvrir le problème.

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Une dérive très intrusive

Le test du sac à main résume une dérive très moderne : chercher un “indice” rapide sur un candidat, au prix d’une intrusion. Sauf que le recrutement n’autorise pas tout, et la loi encadre précisément ce qui peut être demandé, comme le rappelle l’article L.1221-6 du Code du travail. Refuser ce type de demande n’est pas un caprice, c’est une manière de remettre l’entretien à sa place. Quand un process franchit la frontière de la vie privée, il dit souvent plus sur l’entreprise que sur la candidate.

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