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Après 17 ans d’antenne, cette chaîne va s’éteindre ce dimanche à minuit

Publié par Killian Ravon le 23 Jan 2026 à 14:45

La chaîne Wéo, télévision régionale des Hauts-de-France, va couper définitivement l’antenne ce dimanche 25 janvier à minuit.

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Salon sobre avec une télévision où le logo Wéo TV s’efface, remplacé par du bruit blanc.
Dans un salon minimaliste, le logo Wéo TV disparaît à l’écran, peu à peu recouvert par la “neige” d’un signal coupé.

Placée en liquidation judiciaire par le tribunal de commerce de Lille Métropole, elle n’a pas trouvé de repreneur et laisse 14 salariés sur le carreau.

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Un écran noir à minuit : la fin brutale de la chaîne Wéo

Dimanche soir, à l’heure où beaucoup zappent encore entre le sport, les films et les journaux, Wéo disparaîtra. La chaîne a confirmé que l’arrêt interviendra “à minuit pile”, après dix-sept ans de présence régionale.

La décision de justice est tombée mercredi 21 janvier 2026. Le tribunal de commerce de Lille Métropole a prononcé la liquidation judiciaire de la société éditrice, après une période de procédure de sauvegarde ouverte à l’automne 2025.

Sur le terrain, l’image est simple et dure. Un logo qui s’efface. Puis un écran noir. Et, derrière ce symbole, une équipe qui s’arrête d’un coup, malgré une chaîne qui revendiquait encore une audience d’environ un million de téléspectateurs par semaine.

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La Grand-Place de Lille, symbole de la métropole où la décision de justice a été prononcée. Crédit : Zairon.

Pourquoi la chaîne Wéo n’a pas survécu malgré son public

Wéo n’était pas un “petit projet amateur”. Son modèle reposait sur un équilibre assumé : moitié financements publics, moitié financements privés, principalement via la publicité. Dans ses communiqués, la chaîne explique que cet édifice s’est fissuré quand la Région a réduit puis programmé l’arrêt de ses financements, pendant que les recettes publicitaires reculaient.

Côté direction, Jean-Michel Lobry, fondateur et PDG, parle d’un double sentiment : la fierté d’avoir “produit un programme utile au territoire”, et l’impression d’un “gâchis” faute de soutien suffisant au moment critique. Il insiste aussi sur un transfert des recettes publicitaires vers les plateformes et les réseaux sociaux, au détriment des médias locaux.

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Les chiffres donnent une idée du décrochage. Selon des informations attribuées à l’AFP, les revenus publicitaires seraient passés de 1,2 million d’euros en 2022 à 535 000 euros en 2025. Il aurait manqué entre 800 000 et 900 000 euros pour tenir.

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De son côté, la Région des Hauts-de-France défend une autre lecture. Interrogée, elle évoque “un modèle à bout de souffle” et rappelle un retrait “progressif” engagé depuis 2023, avec l’objectif d’inciter Wéo à diversifier ses ressources.

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Poste de télévision. Photo by Pexels
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17 ans d’histoire : Wéo, une télé de proximité née en 2009

Pour comprendre l’émotion locale, il faut revenir au début. Wéo naît à la fin des années 2000 et entre à l’antenne en avril 2009, dans un moment où les télévisions locales cherchent leur place face aux grands réseaux nationaux.

Dès ses premières années, la chaîne mise sur une promesse claire : raconter la région au quotidien. Actualité, vie associative, économie locale, culture, sports amateurs, rendez-vous de proximité. Elle devient aussi un espace d’expression pour des communes et des territoires souvent peu visibles à l’échelle nationale.

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Wéo s’installe dans le paysage des Hauts-de-France avec une diffusion locale sur la TNT, et elle renforce progressivement sa présence. Selon les éléments retracés par des sources de référence, Wéo Nord-Pas-de-Calais est diffusée sur le canal 30 de la TNT dans la zone de Lille, et Wéo Picardie se déploie plus tard sur d’autres zones, notamment autour d’Amiens et Abbeville.

L’autre marqueur, c’est son ancrage dans un groupe de presse. Wéo fait partie de la galaxie Rossel, propriétaire de titres comme La Voix du Nord, Le Courrier Picard ou L’Union. Un adossement qui, sur le papier, devait sécuriser une partie des synergies éditoriales et commerciales.

La fin, elle, s’écrit en quelques mois. Rupture conventionnelle collective évoquée en 2025, recherche d’investisseurs, reprise espérée puis retirée début janvier 2026, et enfin la liquidation prononcée le 21 janvier.

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Une fermeture qui dépasse Wéo : la fragilité des télés locales

La disparition de Wéo n’est pas un simple fait divers médiatique. Elle relance une question politique : quelle place veut-on donner à l’information de proximité, et qui doit la financer ?

Dans la foulée, Locales.tv, fédération des télévisions locales, appelle l’Arcom à “reconnaître l’urgence démocratique” et à renforcer la prise en compte des fragilités économiques du secteur. Le discours est clair : sans soutien et sans cadre adapté, les chaînes locales risquent de tomber les unes après les autres.

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Le contexte économique pèse aussi. Même si le marché publicitaire global ne s’effondre pas, les arbitrages se font souvent au profit du numérique, avec une pression accrue sur les petites régies locales. Et, pour une chaîne régionale, la moindre baisse se ressent immédiatement, car la structure a moins de marges que les grands groupes nationaux.

Enfin, il y a un changement d’usages. Le public local regarde encore la télévision, mais consomme aussi l’info via les réseaux, les plateformes et les formats courts. Wéo avait développé un site, du direct et du replay, mais cela ne suffit pas toujours à compenser la chute d’un financement historique.

Un plateau de journal télévisé, image d’illustration d’une rédaction locale. Crédit : Fanny Schertzer.
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Après l’arrêt : salariés, archives et vide médiatique régional

À court terme, la conséquence la plus concrète, ce sont les emplois. Quatorze salariés sont concernés, et l’annonce résonne dans un secteur déjà instable.

Ensuite, il y a la mémoire. Une chaîne locale produit des milliers de sujets, souvent uniques, sur des événements de quartier, des histoires humaines, des initiatives associatives. C’est une archive du quotidien. La question devient alors : que vont devenir ces images, ces reportages et ces formats ? La chaîne a continué de communiquer via son site, mais l’avenir de ce patrimoine dépendra des suites juridiques et de la capacité d’un acteur à reprendre ou préserver ces contenus.

Enfin, il y a un vide symbolique. Quand une télé locale s’éteint, ce n’est pas seulement une fréquence qui disparaît. C’est un regard. Un agenda éditorial ancré dans les communes. Une capacité à parler du terrain sans filtre national. Dans une période où la défiance envers les médias progresse, ce recul de la proximité pose une question démocratique, comme le souligne Locales.tv.

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Carte postale ancienne du palais de justice de Lille, en écho à la décision de liquidation prononcée localement. Crédit : LL (Moyse Léon et Isaac Lévy).

L’écran noir de Wéo, un signal d’alarme

Dimanche 25 janvier, Wéo s’arrête. La chaîne Wéo quitte l’antenne à minuit, conséquence d’une liquidation judiciaire, d’un modèle fragilisé et d’un financement public qui s’est retiré.

Mais l’histoire ne s’arrête pas à un simple “clap de fin”. Cette disparition met en lumière une tension profonde : tout le monde réclame de l’information locale, mais son économie reste fragile, exposée au moindre retrait, au moindre basculement des recettes publicitaires, au moindre changement d’usage.

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L’écran noir de Wéo, ce dimanche, pourrait bien être davantage qu’une fermeture régionale. Il ressemble à un avertissement national.

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