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Écarté de France 5 pour ses tweets sur les femmes, Merwane Benlazar revient sur France 2 — et s’en prend à Rachida Dati

Publié par Elsa Fanjul le 05 Mai 2026 à 11:36
Écarté de France 5 pour ses tweets sur les femmes, Merwane Benlazar revient sur France 2 — et s'en prend à Rachida Dati

En janvier 2025, Merwane Benlazar était devenu persona non grata sur les antennes de France Télévisions. Des tweets ressurgis, une apparence physique scrutée, une ministre de la Culture qui tranche en direct : l’humoriste était écarté de l’écran du jour au lendemain. Cinq mois plus tard, le voilà de retour sur France 2, lors de la cérémonie des Molières, applaudi par la présidente de France Télévisions en personne. Et sa première cible ? Rachida Dati, celle-là même qui avait prononcé sa mise à l’écart.

Un passage dans C à vous qui a tout fait basculer

Scène de cérémonie théâtrale française avec micro sous les projecteurs

Fin janvier 2025, Merwane Benlazar est invité pour une chronique humoristique dans l’émission C à vous, sur France 5. Ce qui devait être un moment léger se transforme en déflagration médiatique en quelques heures. Sur les réseaux sociaux, son apparence physique déclenche une avalanche de critiques : longue barbe, petit bonnet, pull ample. L’avocate Lara Fatimi, interrogée sur Europe 1, y voit alors « des signes vestimentaires qui ont tout d’une tenue salafiste ».

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Mais la polémique ne s’arrête pas au physique. D’anciens messages publiés sur X refont surface, sans que personne ne puisse trancher entre premier et second degré. L’un d’eux, daté de 2021, affirmait : « La place d’une femme est à la demeure auprès de son père. Crains ton seigneur. » La députée européenne Nathalie Loiseau (Horizons) réagit immédiatement sur X, publiant la photo de l’humoriste avec cette question : « Au nom de toutes les femmes, de leur liberté, de leurs droits chèrement gagnés ici et bafoués par les islamistes partout à travers le monde, une seule question : pourquoi ? »

En quelques jours, ce qui relevait d’une chronique ponctuelle devient une affaire politique. Et c’est Rachida Dati, alors ministre de la Culture, qui va y mettre un point final — du moins le croyait-on.

Quand la ministre tranche en pleine Assemblée

Interpellée à l’Assemblée nationale, Rachida Dati ne laisse aucun doute sur sa position. « Est-ce que des propos ont été tenus par ce chroniqueur qui sont scandaleux ? Oui. Donc suite à ces propos, France Télévisions en a tiré les conséquences : il ne sera plus à l’écran », déclare-t-elle. La sentence tombe, publique, sans appel.

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Toutefois, la ministre ajoute une nuance qui passera presque inaperçue dans le tumulte : « L’apparence, le physique, la tenue vestimentaire, ne doivent pas disqualifier sans aucun fondement. » Une manière de reconnaître que les attaques sur le physique de l’humoriste avaient dépassé les bornes, tout en validant la sanction liée à ses tweets. Cette tension autour de Rachida Dati n’était d’ailleurs pas isolée dans un contexte politique déjà chargé.

De son côté, la production de C à vous se défend en précisant qu’il s’agissait d’une « participation ponctuelle » et que la présence de Benlazar « n’avait pas vocation à s’inscrire dans la durée ». Une version qui ressemble fort à un rétropédalage, mais qui permet à France Télévisions de clore le dossier. Du moins, officiellement. Car cinq mois plus tard, les cartes sont redistribuées de manière spectaculaire.

Les Molières : un retour sous les projecteurs et les applaudissements

Lundi soir, la cérémonie des Molières est diffusée en direct sur France 2. Parmi les intervenants, un visage que le public n’attendait plus sur les antennes du service public : Merwane Benlazar. L’humoriste ne se contente pas de faire acte de présence. Il monte sur scène, prend le micro, et choisit une cible bien précise : Rachida Dati, celle qui avait publiquement validé son éviction quelques mois plus tôt.

Le détail qui frappe : dans la salle, Delphine Ernotte, présidente de France Télévisions, applaudit. La même institution qui l’avait écarté en janvier lui offre désormais une tribune aux Molières, l’une des cérémonies les plus regardées du théâtre français. Un virage à 180 degrés que personne dans le milieu n’a manqué de relever.

Le contexte politique a changé depuis janvier. Rachida Dati n’est plus ministre de la Culture, ce qui modifie considérablement l’équilibre des forces. L’humoriste, lui, semble avoir attendu le bon moment pour revenir — et frapper là où ça fait mal.

Une affaire qui interroge sur la frontière entre humour et sanction politique

Ce retour pose une question que beaucoup préfèrent esquiver : qui décide réellement de ce qui passe ou ne passe pas à l’antenne sur le service public ? En janvier, c’est une déclaration ministérielle qui a précipité l’éviction. En juin, c’est la direction de France Télévisions qui ouvre à nouveau la porte. La vitesse du retournement — cinq mois à peine — laisse perplexe.

L’affaire Depardieu et France Télévisions avait déjà montré les tensions entre pouvoir politique et indépendance éditoriale du service public. Le cas Benlazar en est un autre symptôme, sous un angle radicalement différent. D’un côté, des tweets dont on ne sait toujours pas s’ils relevaient de l’humour noir ou de convictions sincères. De l’autre, des critiques sur l’apparence physique qui ont ouvertement flirté avec le profilage.

La production de C à vous n’a jamais clarifié si les tweets de 2021 avaient été vérifiés avant l’invitation. Les polémiques éditoriales de France Télévisions se multiplient, et à chaque fois la même question revient : les décisions sont-elles prises sur des critères journalistiques ou sous pression politique ?

Benlazar face à Dati : un épilogue loin d’être écrit

En s’en prenant directement à Rachida Dati lors des Molières, Merwane Benlazar ne fait pas que de l’humour. Il règle un compte, publiquement, sur l’antenne même qui l’avait banni. Et il le fait avec la bénédiction visible de la direction, applaudissements de Delphine Ernotte compris. Un signal fort envoyé à ceux qui suivent les coulisses de l’audiovisuel public.

Reste à savoir si ce retour marquera un tournant durable ou s’il s’agit d’un coup d’éclat isolé. L’humoriste n’a pour l’instant fait aucune déclaration publique sur ses projets télévisuels à venir. Quant à Rachida Dati, désormais éloignée du ministère, elle n’a pas réagi à cette pique lancée en direct devant des millions de téléspectateurs.

Ce qui est certain, c’est que cette séquence restera comme l’un des retournements les plus rapides et les plus symboliques de l’histoire récente de France Télévisions. Un humoriste écarté sous pression politique qui revient viser celle qui l’a fait tomber — le tout sur la même chaîne, à cinq mois d’intervalle. Le théâtre, le vrai, n’était peut-être pas sur scène ce soir-là.

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