À bord de ce paquebot des Caraïbes, des centaines de passagers ont vécu un enfer que personne n’avait prévu
Les billets avaient été réservés des mois à l’avance. Les valises soigneusement préparées. Les excursions soigneusement planifiées. Pour plus de 4 000 passagers embarqués à bord du Star Princess, cette croisière de huit jours dans les Caraïbes devait être le voyage d’une vie. Elle s’est transformée en une expérience que beaucoup voudraient oublier.
Entre le 7 et le 14 mars 2025, ce navire de la compagnie Princess Cruises a été frappé par une épidémie fulgurante de norovirus. Au total, 104 passagers et 49 membres d’équipage ont été officiellement recensés comme malades. Un bilan qui pose des questions bien au-delà de ce seul voyage.
Un paradis qui se referme comme un piège

Le Star Princess avait quitté Fort Lauderdale, en Floride, le 7 mars avec à son bord 4 307 passagers et 1 561 membres d’équipage. Le programme était alléchant : escales au Honduras, au Belize, sur la Riviera mexicaine, eaux turquoise, soleil garanti. Rien ne laissait présager la suite.
C’est le 11 mars, alors que le navire naviguait entre Belize City et Cozumel, que les premiers cas ont été signalés. En quelques heures, les cabines médicales se sont remplies. Les passagers atteints décrivaient les mêmes symptômes : diarrhées intenses, vomissements, crampes abdominales. Les excursions prévues ont été annulées. Les buffets regardés avec méfiance. L’ambiance festive a cédé la place à une anxiété sourde.
Ce que beaucoup ne savent pas, c’est que ce scénario se répète bien plus souvent qu’on ne le croit sur les paquebots de croisière. D’autres navires avaient déjà été frappés par le norovirus ces derniers mois, avec des bilans encore plus lourds.
Le norovirus : un virus taillé pour les espaces confinés

Le norovirus est l’un des pathogènes les plus redoutables dans les environnements à forte densité humaine. Il suffit de quelques particules virales pour contaminer une personne. Il résiste aux désinfectants ordinaires. Il se transmet par contact direct, par les surfaces, par les aliments, par l’air. Sur un paquebot, où des milliers de personnes partagent les mêmes restaurants, les mêmes rambardes, les mêmes ascenseurs, sa progression peut être foudroyante.
Les symptômes apparaissent généralement entre 12 et 48 heures après l’exposition. Ils durent de un à trois jours dans la plupart des cas, mais peuvent être sévères chez les personnes âgées, les jeunes enfants ou les personnes immunodéprimées. Il n’existe pas de traitement spécifique : repos, hydratation, et isolement sont les seules réponses disponibles.
Ce qui rend ce virus particulièrement insidieux à bord d’un navire, c’est que les passagers malades continuent parfois de circuler, pensant à une simple indigestion ou à un mal de mer. Le temps que le diagnostic soit posé, la contamination est souvent déjà largement répandue.
La réaction de Princess Cruises : protocole d’urgence activé

Face à l’ampleur de la situation, la compagnie et l’équipage ont déclenché leur protocole sanitaire d’urgence. Les mesures prises ont été immédiates et multiples :
À lire aussi
- Nettoyage et désinfection renforcés en continu dans l’ensemble des espaces communs
- Isolement strict des passagers et membres d’équipage présentant des symptômes
- Prélèvement d’échantillons biologiques pour confirmer l’origine virale de l’infection
- Distribution de gel hydroalcoolique aux points stratégiques du navire
- Surveillance médicale renforcée des nouveaux cas
Le programme d’assainissement des navires des Centres pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC) américains a également ouvert une enquête officielle pour évaluer les conditions sanitaires à bord et identifier les modalités précises de propagation du virus. Cette procédure est standard aux États-Unis pour tout épisode épidémique sur un navire battant pavillon américain ou accostant dans un port américain.
La compagnie Princess Cruises a confirmé avoir coopéré pleinement avec les autorités sanitaires. Elle a précisé que les passagers et membres d’équipage malades avaient reçu des soins médicaux à bord et que toutes les procédures recommandées avaient été respectées.
Un phénomène bien plus fréquent qu’on ne le croit
L’épisode du Star Princess n’est pas un cas isolé. Selon les données relayées par CBS News, plusieurs navires avaient déjà été touchés dans les semaines précédentes. Un bateau de la compagnie Holland America Line avait été frappé début janvier, et un paquebot de luxe de Regent Seven Seas Cruises en février. Des incidents similaires sont recensés chaque année par les autorités sanitaires américaines, qui publient régulièrement des rapports sur la situation sanitaire à bord des navires de croisière.
Les chiffres officiels du CDC montrent que le norovirus est responsable de la grande majorité des épidémies gastro-intestinales signalées sur des croisières. Et malgré les protocoles sanitaires de plus en plus sophistiqués déployés par les compagnies, le virus continue de trouver des failles. La densité humaine à bord reste son meilleur allié.
Pour ceux qui envisagent une croisière et veulent en savoir plus sur les risques sanitaires, cette croisière aux Caraïbes illustre parfaitement comment un rêve peut virer au cauchemar sanitaire.
Des passagers entre colère et résignation

Pour les personnes touchées, au-delà de l’inconfort physique, c’est la déception qui domine. Certains avaient économisé pendant des mois pour s’offrir ce voyage. Des familles avaient coordonné leurs congés autour de ces dates. Des couples célébraient un anniversaire, une retraite, un événement de vie important.
Se retrouver confiné dans une cabine à quelques heures des plages de Cozumel, incapable de quitter son lit, représente une frustration difficile à quantifier. Les témoignages recueillis sur les forums spécialisés décrivent une ambiance délétère dans les derniers jours de la traversée : buffets déserts, activités annulées, personnel en combinaison de protection nettoyant inlassablement les couloirs.
Une situation qui rappelle ce qu’avait vécu une passagère dont le cerveau, après une croisière traumatisante, se croyait encore perpétuellement sur un bateau — une pathologie rare mais réelle, connue sous le nom de syndrome du mal de débarquement.
Ce que vous devez savoir avant d’embarquer

Les croisières restent une forme de voyage appréciée de millions de personnes chaque année. Mais cet épisode rappelle qu’elles comportent des risques sanitaires spécifiques que les voyageurs ont intérêt à connaître.
À lire aussi
Voici les précautions essentielles recommandées par les experts en médecine du voyage :
- Se laver les mains scrupuleusement avant chaque repas et après chaque passage aux toilettes, avec du savon pendant au moins 20 secondes. Le gel hydroalcoolique seul est insuffisant contre le norovirus.
- Éviter de toucher les rambardes, boutons d’ascenseur et poignées de porte sans se désinfecter ensuite les mains.
- Signaler immédiatement tout symptôme au personnel médical du bord, sans attendre que l’état empire.
- S’isoler spontanément dès les premiers signes de gastro-entérite pour ne pas contaminer d’autres passagers.
- Vérifier l’historique sanitaire du navire avant de réserver : le CDC américain publie des rapports publics accessibles en ligne sur les incidents épidémiques à bord des navires.
- Souscrire une assurance voyage incluant les frais médicaux à bord et le rapatriement, souvent coûteux sans couverture adaptée.
Les compagnies de croisière ne sont pas sans ressources pour faire face à ces situations. Les protocoles se sont considérablement améliorés depuis les grandes épidémies des années 2000. Mais aucun dispositif ne peut totalement éliminer le risque dans un environnement aussi dense.
Le Star Princess rentre au port, les questions restent
Le navire a finalement regagné Fort Lauderdale le 14 mars, comme prévu. Pour les passagers sains, la croisière s’est terminée normalement. Pour les 153 personnes touchées — passagers et équipage confondus — le souvenir laissé par ces huit jours sera sans doute bien différent de celui qui était espéré au moment d’embarquer.
Princess Cruises n’a pas communiqué sur d’éventuelles compensations offertes aux passagers malades. La question des remboursements et des indemnisations reste entière pour ceux qui ont passé une partie significative de leur séjour alités.
L’enquête du CDC se poursuit. Ses conclusions, qui seront rendues publiques, permettront de mieux comprendre comment l’épidémie a démarré et s’est propagée aussi rapidement à bord. Ces données alimenteront les protocoles futurs, pour tenter d’éviter que d’autres vacanciers ne vivent la même expérience.
En attendant, pour ceux qui rêvent encore de prendre la mer, rappelons que les paquebots peuvent aussi cacher des histoires bien plus sombres : certains navires de luxe sont devenus de véritables hôtels fantômes, abandonnés après des drames que leurs constructeurs n’avaient jamais imaginés. Et parfois, les drames à bord des bateaux de croisière prennent des formes encore plus tragiques.
La mer reste belle. Les Caraïbes aussi. Mais naviguer en toute connaissance de cause reste la meilleure façon de profiter du voyage.