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Polémique sur les cours en anglais à la fac : entre préservation du français et nécessaire adaptation à la mondialisation

Publié par Anissa Duport-Levanti le 23 Mai 2013 à 13:11

Le projet de loi proposé par la ministre de l’enseignement supérieur Geneviève Fioraso divise la classe politique, y compris au sein de la majorité. Il est pourtant issu des promesses de campagne de François Hollande qui devaient, entre autres, modifier la loi du précédent quinquennat sur l’autonomie des universités. La loi Fioraso propose la mise en place de directions plus collégiales, tend à améliorer le taux de réussite des étudiants grâce à une spécialisation progressive en licence, et à encourager l’enseignement numérique et la parité. L’opposition s’enflamme évidemment d’une telle remise en cause de ses actions passées, alors que les syndicats d’enseignants déplorent le manque de moyens dédiés à l’enseignement supérieur en période de restriction budgétaire.

fioraso

La ministre de l’Enseignement Supérieur, Geneviève Fioraso

Mais c’est un point à priori anodin qui déclenche la polémique : la volonté d’établir une partie des enseignements en langue étrangère, principalement en anglais. Cette proposition provoque un taulé parmi les francophiles, qui s’insurgent devant une dévalorisation de notre langue nationale, avec en tête de file l’Académie Française qui dénonce le risque de « marginalisation de la langue française« . Les personnalités de droite sont également montées au créneau pour soutenir cette thèse, comme le député UMP Jacques Myard qui lâche à la presse dans les couloirs de l’Assemblée « Il faut que nous enseignions notre langue, car nous sommes face à une certaine offensive de l’anglais notamment à Bruxelles et servir la soupe à nos concurrents, c’est une sottise immonde. Vouloir privilégier l’anglais de cette manière, c’est être bête et imbécile !« . Cette analyse est approuvée par ses collègues, comme le député-maire UMP du Touquet, Daniel Fasquelle, qui renchéri en assurant qu’il faut « se battre pour promouvoir le français et ne pas accepter une forme de capitulation ou de colonisation absolument incroyable« .

Le point de vue d’Alain Duhamel sur RTL

Des divisions se font également jour à gauche. Le Front de Gauche a d’ores et déjà annoncé qu’il votera contre la loi car il estime que ce type d’enseignement en anglais est « un pas de plus vers le recul du français« . Les écologistes pourraient suivre ce mouvement. Et même au sein du PS, des voix discordantes se font entendre, à l’image de celle du député PS Pouria Amirshahi (également secrétaire national à la francophonie) presque aussi critique que la droite : « Quel terrible signal donné à nos cousins québécois, africains et belges qui revendiquent, chérissent, cultivent notre langue commune au moment même où se joue sa place, parfois face à des sectaires éradicateurs« . Il souligne par là même dans Les Échos qu »apprendre l’anglais et apprendre en anglais ce n’est pas pareil« , ce qui pourrait nuire à la pratique de notre langue à l’étranger. « En formant ses élites en anglais, la France envoie un mauvais signal aux pays francophones et il y aura progressivement une baisse de la pratique du français dans le monde« , déplore-t-il. Se rangeant derrière cette appréciation, une quarantaine de députés socialistes demandent la suppression pure et simple de l’article 2 du texte de loi.

Reportage au journal de 20h (France 2)

De son côté, Geneviève Fioraso défend son projet de loi également soutenu par des chercheurs comme Françoise Barré-Sinoussi (prix nobel de médecine) ou Cédric Villani (lauréat de la médaille Fields) qui rappellent que « sauf dans des disciplines très particulières, les scientifiques du monde entier utilisent l’anglais pour communiquer« . La Conférence des présidents d’université (CPU) s’engage également en faveur du projet, et y voit un moyen de rétablir une plus grande liberté d’enseignement. Le prix Nobel de physique Serge Haroche ajoute d’ailleurs « Pour la majorité des scientifiques, c’est une évidence. Nos voisins en Allemagne, Suède, Finlande, etc. ne se posent plus la question » et aussi que « communiquer avec le voisin, c’est parler anglais« . En effet, la langue de Shakespeare est résolument la langue des échanges à l’international, il faut s’y résoudre. Le français reste la langue de la diplomatie (pour l’instant), tandis que l’anglais est celle des affaires et est nécessaire à la vie professionnelle d’une très large majorité de nos concitoyens. Pourtant, il est notoire que les français ont un niveau déplorable en anglais. Et il est urgent de remédier à cela. C’est donc bien dans ce but que la ministre propose cette loi, et elle trouve d’ailleurs un brin sournois la façon dont le problème a été abordé par la classe politique, comme elle le dénonce sur Canal+ « Il y a une formidable hypocrisie puisque depuis 15 ans, on contrevient à la loi Toubon (ndlr. Loi passée en 1994 qui impose le français comme seule langue d’enseignement) sans que personne ne trouve à y redire« . Elle va même plus loin dans le Nouvel Obs : « Les enfants scandinaves regardent dès le plus jeune âge, à la télévision, des programmes en anglais. A l’âge adulte, ils manient un anglais excellent et un très bon allemand. Est-ce que la culture danoise ou finlandaise est en péril ? Sont-ils moins critiques vis-à-vis de ‘l’impérialisme’ américain que nous ? Soyons sérieux. » La ministre se targue de toute manière du soutien de François Hollande, qui « s’intéresse beaucoup » à ces sujets selon elle. Elle a d’ailleurs été reçue à l’Élysée mardi matin.

Il aussi important de rappeler que les écoles françaises les plus prestigieuses, qui représentent l’excellence de la France dans l’enseignement international, comme Sciences Po ou HEC, proposent déjà ce type de cours en anglais. Ils ne sont pas révélateurs d’une baisse de considération pour la langue de Molière, mais bien d’une volonté d’innovation et d’adaptation à des impératifs internationaux qui ne peuvent être ignorés plus longtemps. Pourtant autant, cela ne veut pas dire que l’apprentissage du français ne doive pas être renforcé au sein du cursus scolaire du secondaire pour lutter contre la banalisation du langage sms qui fait des ravages sur l’orthographe des élèves. Mais cela doit être entrepris en parallèle d’un meilleur enseignement des langues étrangères, et notamment de l’anglais, autant pour faire taire la mauvaise réputation des français pour cette matière que pour améliorer la compétitivité des entreprises françaises à l’étranger. Alors comme le titrait Libération mardi matin : Teaching in English, let’s do it !

Le texte a été adopté aujourd’hui à l’Assemblée par un vote à main levé, malgré une erreur de la présidente de séance Catherine Vautrin (UMP) qui déclaré que l’article 2 concernant l’anglais n’était pas adopté.

Et sur un autre thème, teaching online, on TV et même on smartphone grâce à l’éducation 2.0 !

Source : Huffington Post, Reuters

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