Trump veut faire du Venezuela le 51e État américain : « Nous y pensons sérieusement »
Cinq mois après la capture de Nicolas Maduro, Donald Trump relance une idée qui semblait relever de la provocation pure. Cette fois, le président américain assure qu’il ne plaisante pas. Et la réponse du Venezuela ne s’est pas fait attendre.
Une déclaration lâchée sur Fox News qui fait trembler l’Amérique latine
Ce lundi 11 mai, Donald Trump a glissé à un journaliste de Fox News une phrase qui a immédiatement fait le tour des rédactions du monde entier. Le président américain a affirmé envisager « sérieusement » de faire du Venezuela le 51e État des États-Unis. Pas une blague. Pas un sous-entendu. Une déclaration frontale, assumée, formulée avec le ton de celui qui ne recule devant rien.

Pour bien comprendre le contexte, il faut remonter à cinq mois plus tôt. En décembre 2025, une opération militaire américaine controversée aboutissait à la capture de Nicolas Maduro, l’ancien homme fort de Caracas. Depuis, Trump se targue régulièrement de « contrôler le pays », une formulation qui hérisse les diplomates latino-américains mais qui, dans la bouche du locataire de la Maison-Blanche, semble relever du simple constat.
Le Venezuela sans Maduro, c’est un pays en pleine transition politique, avec une présidente par intérim — Delcy Rodriguez, ancienne vice-présidente — qui tente de maintenir le navire à flot. C’est dans ce vide de pouvoir que Trump s’engouffre, avec l’appétit qu’on lui connaît pour les acquisitions territoriales.
Ce tweet de mars qui annonçait déjà la couleur
La déclaration de ce lundi n’est pas sortie de nulle part. En mars dernier, Trump avait déjà semé les graines de cette idée sur son réseau Truth Media. « De bonnes choses arrivent au Venezuela ces derniers temps (…) État n°51, quelqu’un ? », avait-il publié avec une décontraction calculée. Le prétexte ? Une victoire de l’équipe nationale vénézuélienne lors de la World Baseball Classic.

Le baseball, c’est le sport fétiche de Trump. Et le Venezuela y excelle depuis des décennies, fournissant à la Major League certains de ses plus grands noms. En félicitant l’équipe nationale, le milliardaire américain glissait son projet d’annexion comme on lance une boutade entre amis. Sauf que personne n’a ri à Caracas.
À l’époque, beaucoup d’analystes avaient rangé ce tweet dans la catégorie « provocation trumpienne classique », aux côtés du rachat du Groenland ou de l’annexion du canal de Panama. Mais la répétition de l’idée, cette fois sur Fox News et avec le mot « sérieusement », change radicalement la donne. La ligne entre provocation et programme politique vient peut-être de bouger.
La réponse cinglante de Caracas depuis La Haye
Delcy Rodriguez, présidente par intérim du Venezuela, n’a pas attendu 24 heures pour réagir. Et elle l’a fait depuis La Haye, aux Pays-Bas, ce qui ajoute une dimension symbolique forte — la ville qui abrite la Cour internationale de Justice.
« Cela n’aurait jamais été envisagé, parce que s’il y a bien une chose que nous, Vénézuéliennes et Vénézuéliens, avons, c’est que nous aimons notre processus d’indépendance, nous aimons nos héros et héroïnes de l’indépendance », a-t-elle déclaré fermement. Un rappel historique qui n’a rien d’anodin : le Venezuela a conquis son indépendance en 1811 sous la houlette de Simón Bolívar, figure quasi sacrée dans tout le continent sud-américain.
Mais Rodriguez a aussi joué la carte de la diplomatie. L’ancienne vice-présidente a précisé que son gouvernement travaille à « un agenda diplomatique de coopération » avec Washington. Car depuis mars, les relations diplomatiques entre les deux pays ont été rétablies, après sept ans de rupture sous l’ère Maduro. Un dégel que Trump revendique comme une victoire personnelle.
Pourquoi Trump pousse ses pions au Venezuela
Derrière la formule choc, il y a une stratégie. Le Venezuela possède les plus grandes réserves prouvées de pétrole au monde — plus que l’Arabie saoudite. Sous Maduro, ces ressources étaient inaccessibles aux entreprises américaines. Avec un gouvernement intérimaire plus conciliant, la donne change radicalement.
Trump s’est d’ailleurs « félicité à plusieurs reprises des actions menées par la présidente par intérim », selon les médias américains. Une manière de valider le nouveau pouvoir en place tout en maintenant la pression. Car l’idée du 51e État, même irréaliste sur le plan juridique, envoie un message clair : Washington considère le Venezuela comme sa zone d’influence directe.
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Cette posture rappelle celle adoptée avec d’autres dossiers brûlants. Le président américain, qui multiplie les fronts géopolitiques, semble utiliser chaque déclaration comme un levier de négociation. L’annexion réelle du Venezuela n’est évidemment pas à l’ordre du jour — la Constitution américaine comme le droit international l’interdisent sans le consentement du peuple concerné. Mais la menace implicite suffit à déstabiliser et à imposer les termes du dialogue.
L’opposition vénézuélienne prise entre deux feux
Pendant que Trump et Rodriguez échangent des piques diplomatiques, un acteur majeur reste étrangement silencieux : l’opposition vénézuélienne. Celle-ci réclame avant tout des élections libres, un sujet que ni Washington ni le gouvernement intérimaire ne semblent presser de mettre sur la table.
Pour les opposants à l’ancien régime chaviste, la situation est paradoxale. D’un côté, l’intervention américaine a permis de renverser Maduro, un objectif qu’ils poursuivaient depuis des années. De l’autre, les déclarations de Trump sur le « 51e État » sapent leur légitimité nationale. Difficile de défendre la souveraineté du Venezuela quand votre principal allié parle ouvertement d’annexion.
Les tensions à Washington ne facilitent pas les choses. L’administration Trump jongle entre le dossier iranien, les relations avec la Russie et la gestion de sa politique intérieure. Le Venezuela pourrait bien n’être qu’un pion dans un échiquier beaucoup plus vaste, sacrifié ou promu selon les besoins du moment.
Un précédent historique qui fait froid dans le dos
L’idée d’un pays souverain transformé en État américain n’est pas totalement inédite. Hawaï, dernier territoire à avoir rejoint l’Union en 1959, était un royaume indépendant avant d’être renversé par des colons américains en 1893. Porto Rico, de son côté, attend depuis plus d’un siècle un statut définitif, coincé entre État associé et possible 51e étoile sur le drapeau.
Mais comparer le Venezuela à Hawaï ou Porto Rico relève de l’exercice intellectuel plus que de la prospective politique. Le Venezuela compte 28 millions d’habitants, une histoire d’indépendance vieille de plus de deux siècles et une identité nationale forgée dans la lutte contre les empires coloniaux. L’idée même d’une annexion provoque une réaction épidermique dans toute l’Amérique latine.
D’ailleurs, plusieurs dirigeants de la région ont déjà exprimé leur inquiétude, même si les réactions officielles restent mesurées. Personne ne veut froisser Washington, mais personne ne veut non plus voir un précédent s’installer. Si le Venezuela peut devenir un État américain, qui sera le suivant ? Le sujet, aussi controversé soit-il, est loin d’être refermé.
Et maintenant, que peut-il se passer ?
Concrètement, le scénario d’un Venezuela devenu 51e État américain reste de la science-fiction politique. Il faudrait un vote du Congrès, l’accord du peuple vénézuélien par référendum, et une réécriture complète des traités internationaux. Autant dire que les obstacles sont titanesques.
Ce qui est réel, en revanche, c’est l’emprise croissante de Washington sur Caracas. Depuis la chute de Maduro, les États-Unis ont renforcé leur présence diplomatique, économique et — selon certaines sources — militaire dans le pays. Trump, qui fait régulièrement l’objet de spéculations sur sa santé et sa capacité à gouverner, semble pourtant plus déterminé que jamais à laisser sa marque sur la carte du monde.
La prochaine étape ? Probablement un nouveau tweet incendiaire sur Truth Media, une réponse outrée de Caracas, et un cycle médiatique de plus. Mais à force de répéter l’impensable, Trump a prouvé qu’il finissait parfois par le rendre possible. Le dossier iranien l’a montré, la capture de Maduro l’a confirmé. Sous-estimer ses déclarations reste, en 2026, la pire erreur que puissent commettre ses adversaires.