Un octogénaire traîne un berger australien attaché à sa voiture
Fin mars 2026, une riveraine de Saverne, dans le Bas-Rhin, assiste à une scène qui la cloue sur place : un berger australien de 8 ans est attaché par une corde à l’attache-remorque d’une voiture en mouvement. L’animal, baptisé Nayko, est traîné sur la chaussée. Derrière le volant, un homme de plus de 80 ans. Ce qui semblait déjà être un acte de cruauté isolé s’est révélé être la partie visible d’une situation bien plus préoccupante.
Une corde, une attache-remorque et plusieurs mètres d’horreur
C’est en pleine rue, à Saverne, que la scène a été repérée. Selon les informations relayées par la Fondation 30 Millions d’Amis, Nayko, un berger australien de 8 ans, était relié par une corde directement à l’attache-remorque du véhicule conduit par l’octogénaire. Le chien a été traîné sur plusieurs mètres dans cette position, les pattes raclant le bitume.
Une habitante du quartier, témoin directe de la scène, a immédiatement réagi. Elle s’est précipitée pour détacher l’animal et a contacté les forces de l’ordre dans la foulée. Sans cette intervention rapide, les conséquences auraient pu être fatales pour Nayko. Ce n’est d’ailleurs pas la première fois qu’un tel acte est signalé en France : un cas similaire avait déjà provoqué l’indignation lorsqu’un homme avait traîné son chien sur plusieurs kilomètres avant de jeter son corps dans un coffre.
Mais dans l’affaire de Saverne, l’examen vétérinaire de Nayko allait révéler un tableau encore plus accablant que ce que la scène de rue laissait entrevoir.
Ce que le vétérinaire a trouvé sur le corps de Nayko
Conduit en urgence dans une clinique vétérinaire, le berger australien présentait une blessure ouverte à la truffe, ainsi que de multiples plaies réparties sur l’ensemble du corps. Ces lésions témoignaient de la violence du frottement contre le sol pendant que le véhicule roulait.
Mais les blessures liées au traînage n’étaient que la surface du problème. Les praticiens ont également constaté la présence de tiques sur l’animal, signe d’un défaut total de soins antiparasitaires. Plus grave encore : selon Véronique, responsable de la SPA de Saverne, Nayko n’avait reçu aucun vaccin depuis 2021 — soit plus de quatre ans sans suivi vétérinaire.

À cela s’ajoutait un détail qui a glacé les bénévoles : le chien portait un collier électrique. Ce type de dispositif, controversé et dénoncé par de nombreuses associations de défense des animaux, est souvent associé à des méthodes de dressage coercitives. L’état général de Nayko dessinait le portrait d’un animal négligé depuis longtemps, bien avant l’épisode de la voiture.
Restait une question essentielle : qui était réellement responsable de ce chien ? La réponse de l’octogénaire a surpris les enquêteurs.
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Un propriétaire fantôme et un chien confié sans filet
Lors de son audition, l’homme au volant a affirmé ne pas être le propriétaire de Nayko. Le berger australien appartiendrait en réalité à un couple qui le lui aurait confié depuis plus d’un an et demi. Une durée considérable, qui pose la question du suivi exercé par les véritables propriétaires sur les conditions de vie de leur animal.
Comment un chien peut-il être laissé aussi longtemps sans vaccins, couvert de tiques, équipé d’un collier électrique, sans que personne ne s’en inquiète ? Cette zone grise entre propriétaire légal et gardien de fait complique le travail des enquêteurs, mais ne diminue en rien la gravité des faits. On retrouve ce même schéma dans d’autres affaires de maltraitance animale où la responsabilité se dilue entre plusieurs intervenants.
Dans ce type de dossier, la justice doit déterminer qui, du gardien ou du propriétaire, porte la charge pénale. L’enquête ouverte à Saverne devra trancher cette question. Mais pour Nayko, un autre chapitre a déjà commencé.
Au refuge, un chien qui « fait la fête » malgré tout
Depuis son sauvetage, Nayko a été placé au refuge de la SPA de Saverne, où il reçoit les soins nécessaires à sa guérison. Ses plaies sont traitées quotidiennement, et son état de santé fait l’objet d’un suivi attentif.
Ce qui frappe les bénévoles, c’est le tempérament du chien. « Malgré son état, ce chien est extrêmement gentil. Il nous fait la fête à chaque fois qu’il nous voit », confie Véronique, la responsable du refuge. Un comportement qui tranche avec la violence qu’il a subie et qui rappelle la résilience observée chez d’autres animaux rescapés, comme cette chienne piégée dans du béton en Turquie.

Le sort définitif de Nayko dépendra de la décision de justice à venir. En attendant, il est pris en charge et en sécurité — probablement pour la première fois depuis longtemps. D’autres chiens n’ont malheureusement pas eu cette chance, comme cet animal qui n’avait jamais vu de vétérinaire avant d’être secouru in extremis par la même fondation.
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Une plainte déposée, la Fondation 30 Millions d’Amis en première ligne
Une plainte a été déposée au commissariat de Saverne pour sévices graves et actes de cruauté envers un animal domestique. La Fondation 30 Millions d’Amis a immédiatement annoncé qu’elle se porterait partie civile dans cette affaire, comme elle le fait systématiquement dans les dossiers les plus graves de maltraitance envers des chiens.
Sur le plan juridique, les textes sont clairs. L’article 521-1 du Code pénal prévoit que tout acte de cruauté ou sévice grave envers un animal domestique est passible de trois ans d’emprisonnement et de 45 000 euros d’amende. Des peines alourdies ces dernières années sous la pression de l’opinion publique et des associations.
Dans les faits, les condamnations restent souvent en deçà des maximums prévus. À Marseille, une femme ayant fait exécuter son chien n’avait écopé que de deux mois avec sursis. Un cas parmi d’autres qui illustre le décalage entre la loi et son application effective. L’affaire de Nayko sera un nouveau test pour la justice française sur ce sujet brûlant.
Une réalité encore trop fréquente en France
L’histoire de Nayko n’est pas un cas isolé. Chaque année, des milliers d’animaux sont victimes d’actes de cruauté, de négligence grave ou d’abandon sur le territoire français. Les refuges comme celui de Saverne fonctionnent souvent à capacité maximale, accueillant des animaux dans des états parfois effroyables. On se souvient de ces 823 chiens et chats saisis dans un élevage clandestin du Var ou encore de ces 250 caniches retrouvés entassés dans une seule maison en Angleterre.
Ce qui distingue l’affaire de Saverne, c’est l’intervention immédiate d’une citoyenne ordinaire. Sans elle, Nayko serait peut-être encore attaché à cette attache-remorque — ou pire. Les associations rappellent qu’en cas de constat de maltraitance, chaque témoin peut et doit alerter les autorités ou contacter directement un refuge.
Pour Nayko, la route vers la guérison est en cours. Son avenir dépendra de la justice, mais aussi, peut-être, d’une famille prête à lui offrir ce qu’il n’a visiblement jamais connu : des soins, de l’attention et un foyer digne de ce nom.
