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Le bitcoin au plus haut depuis janvier, mais… ce n’est pas si simple

Publié par Mathieu le 06 Mai 2026 à 15:26

Le bitcoin vient de franchir un seuil qu’il n’avait plus atteint depuis janvier : 81 000 dollars. Les marchés sont euphoriques, les investisseurs institutionnels affluent, et pourtant, en coulisses, un indicateur clé du réseau vient de toucher son point le plus bas depuis deux ans. Ce décalage entre le prix affiché et la réalité technique pourrait bien réserver de mauvaises surprises.

Un cap symbolique porté par l’euphorie des marchés

Mercredi, vers 10h55, le bitcoin s’échangeait à 81 901 dollars, en hausse de 1,4 % sur 24 heures selon les données de CoinMarketCap. Un niveau qu’il n’avait plus touché depuis le début de l’année. La reine des cryptomonnaies profite d’un cocktail favorable : apaisement des tensions géopolitiques entre Washington et Téhéran, et un optimisme débordant autour des valeurs liées à l’intelligence artificielle.

Investisseur surveillant le cours du bitcoin à 81 000 dollars

Les places boursières mondiales ont donné le ton. Mardi, le S&P 500 et le Nasdaq Composite ont inscrit de nouveaux records historiques, tirés par les valeurs technologiques américaines. Mais c’est en Asie que la surprise a été la plus spectaculaire : la Bourse de Séoul a bondi de 6,5 % en une seule séance, atteignant elle aussi un sommet inédit.

Ce rally asiatique a été largement alimenté par l’envolée de Samsung. L’action du fabricant de puces a flambé de 14,4 %, propulsant le groupe au-dessus du seuil symbolique des 1 000 milliards de dollars de capitalisation boursière. En Asie, seul Taiwan Semiconductor Manufacturing (TSMC) avait atteint ce niveau auparavant. Dans ce contexte d’appétit généralisé pour le risque, le bitcoin a naturellement été aspiré vers le haut.

Mais derrière cette vitrine étincelante, les fondamentaux racontent une histoire bien différente.

L’activité du réseau au plus bas depuis deux ans

Rania Gule, analyste marché senior chez XS.com, a adressé une note à ses clients dans laquelle elle pointe un paradoxe préoccupant. Si les cours grimpent, l’activité réelle sur la blockchain — les transactions, les mouvements de portefeuilles — a chuté à son plus bas niveau depuis deux ans. Un signal que l’analyste estime impossible à ignorer.

Analyste financière montrant le décalage entre prix et activité réseau

« Ce à quoi nous assistons n’est pas une simple vague haussière, mais plutôt un changement complexe de la structure du marché, où les flux de capitaux institutionnels sont devenus un moteur dominant, l’emportant sur les indicateurs traditionnels de l’activité on-chain », explique-t-elle. En clair : ce sont les gros investisseurs, via les ETF bitcoin, qui font monter les prix. Pas l’usage réel du réseau.

Ce décalage entre le prix et les fondamentaux est exactement le type de configuration qui a précédé plusieurs corrections brutales par le passé. Pour ceux qui se souviennent de la pire baisse de l’histoire du bitcoin en début d’année, le parallèle a de quoi interpeller. Et un autre facteur aggravant se cache dans les produits dérivés.

Le piège des contrats à terme « perpétuels »

Selon l’analyse de Rania Gule, une part importante de la dynamique actuelle provient des marchés dérivés, en particulier des contrats à terme perpétuels. Ces instruments financiers permettent de parier sur le prix du bitcoin avec un effet de levier considérable. Résultat : les gains sont amplifiés à la hausse, mais les pertes le sont tout autant à la baisse.

« Le recours croissant à ces instruments amplifie la volatilité du marché et augmente le risque de corrections brutales, car ces positions sont souvent fortement endettées », prévient l’analyste. Concrètement, quand le marché subit un choc — même mineur —, les liquidations forcées peuvent provoquer un effet domino. Les positions à effet de levier sont automatiquement fermées, ce qui accélère la chute des prix et entraîne d’autres liquidations en cascade.

Rania Gule est catégorique : « Le contexte actuel comporte des risques cachés qui ne sont pas forcément visibles au premier abord. » Elle estime que le rally en cours doit être analysé avec une grande prudence, car « il pourrait manquer des bases solides nécessaires à une poursuite durable à moyen terme ». En d’autres termes, l’alerte sur le bitcoin ne vient pas de l’extérieur : elle vient de sa propre structure.

Et justement, un événement inattendu vient de bousculer l’une des convictions les plus sacrées de l’écosystème crypto.

Strategy brise le dogme du « never sell »

Michael Saylor, le fondateur de Strategy (anciennement MicroStrategy), était devenu le symbole absolu de l’accumulation de bitcoin. Son mantra : ne jamais vendre, quoi qu’il arrive. Sa société, la plus grande détentrice institutionnelle de bitcoin au monde, avait bâti toute sa réputation sur cette philosophie intransigeante.

Michael Saylor annonçant la vente de bitcoins par Strategy

Mardi, tout a changé. Michael Saylor a déclaré que Strategy vendra probablement une partie de ses bitcoins pour financer les dividendes versés à ses actionnaires. Une volte-face qui a surpris le marché entier. Alexis Boeglin, directeur des opérations de CrypCool, ne mâche pas ses mots : cette décision « modifie la nature même du modèle de bitcoin treasury company popularisé par Saylor ».

Selon lui, ces sociétés ne sont plus uniquement des « accumulatrices passives de bitcoin ». Elles s’apparentent désormais à des « foncières du bitcoin » qui arbitrent leur stock pour servir leurs créanciers. Pour les investisseurs qui comptent sur le bitcoin à long terme, la nuance est de taille.

Le signal envoyé à la cinquantaine de sociétés cotées qui ont imité le modèle de Strategy à travers le monde est, selon Boeglin, « ambivalent ». D’un côté, plus de flexibilité financière. De l’autre, « une reconnaissance officielle qu’une dévalorisation prolongée du bitcoin peut contraindre ces véhicules à liquider — le scénario que le marché redoutait depuis des mois ».

Le reste du marché crypto suit le mouvement

Le bitcoin n’est pas le seul actif numérique à profiter de l’embellie. L’Ether progressait de 0,7 % à 2 391 dollars, tandis que le XRP gagnait 2,4 % à 1,44 dollar. La crypto de Binance, le BNB, affichait +2,9 % à 645,5 dollars. Solana, quant à lui, se distinguait avec une hausse de 5 % à 89 dollars.

Mais ces progressions doivent être lues à travers le même prisme. Si le marché monte parce que les institutionnels injectent des capitaux via les ETF et les dérivés, sans que l’activité réelle sur les réseaux suive, la question de la solidité de cette hausse se pose pour toutes les cryptomonnaies majeures. Pour les détenteurs français, la question fiscale reste d’ailleurs un sujet brûlant : une case oubliée sur la déclaration d’impôts peut coûter très cher, et le fisc peut désormais traquer les portefeuilles dès 5 000 euros.

Faut-il pour autant céder à la panique ? Pas forcément. Mais l’avertissement de Rania Gule mérite d’être pris au sérieux : quand le prix d’un actif s’envole alors que son activité fondamentale s’effondre, l’histoire montre que la correction finit toujours par arriver. La seule inconnue, c’est quand.

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