Dans les comptes de Camille, sage-femme à Nantes à 2 650 € nets par mois
Camille, 34 ans, sage-femme hospitalière à Nantes, touche 2 650 € nets par mois. Un salaire qui peut sembler confortable sur le papier, mais qui fond vite face aux réalités d’une ville où le coût de la vie grimpe chaque année. Voici, poste par poste, comment elle gère chaque euro.

Les revenus : un salaire de fonctionnaire avec des primes variables
Camille est sage-femme hospitalière depuis huit ans au CHU de Nantes. Son salaire de base s’établit à 2 280 € nets, auquel s’ajoutent des primes liées aux gardes de nuit et aux week-ends travaillés.
Ces primes représentent en moyenne 370 € supplémentaires par mois, ce qui porte son revenu mensuel à 2 650 € nets. Un mois sans garde de nuit, elle peut descendre à 2 400 €. Un mois chargé, elle peut monter à 2 900 €.
Elle ne perçoit ni APL ni allocation particulière. En revanche, elle bénéficie d’une mutuelle hospitalière prise en charge à 50 % par son employeur, ce qui allège un peu ses charges. « Les gardes, c’est épuisant, mais sans elles je ne m’en sortirais pas financièrement », confie-t-elle.
Les dépenses fixes : le loyer écrase tout le reste
Camille vit seule dans un appartement de 48 m² dans le quartier Hauts-Pavés à Nantes. Son loyer charges comprises s’élève à 870 €. C’est le poste le plus lourd de son budget, et de loin.
Viennent ensuite l’électricité et le chauffage au gaz : environ 85 € par mois en moyenne annuelle. Elle a réduit sa consommation depuis deux ans, consciente que quelques astuces simples sur l’électroménager peuvent faire une vraie différence à l’échelle de l’année.
Son forfait mobile lui coûte 18 €, son abonnement internet 32 €. Côté streaming, elle paie Netflix à 13,49 € et Spotify à 10,99 €. Des abonnements qu’elle envisage de revoir, surtout depuis la dernière hausse des tarifs Spotify.
Sa mutuelle lui coûte 28 € après la part employeur. Elle a souscrit une assurance habitation à 14 € et une assurance auto à 62 € par mois. Au total, ses dépenses fixes s’élèvent à 1 133 € chaque mois, soit 43 % de son revenu.

Les dépenses variables : la tentation du quotidien
Camille fait ses courses essentiellement au Leclerc ou au Lidl selon les promotions. Elle dépense en moyenne 280 € par mois en alimentation. Elle cuisine beaucoup à la maison, mais reconnaît que certains produits du quotidien ont sérieusement augmenté ces derniers mois.
Les sorties représentent environ 120 € par mois : restaurants avec des amis, cinéma, soirées. Un poste qu’elle surveille. « Quand on bosse autant les week-ends, on a envie de profiter quand on est libre. C’est humain. »
L’essence et les frais de voiture lui coûtent environ 110 € mensuels. Elle utilise sa voiture pour aller au CHU et pour rentrer chez ses parents en Loire-Atlantique une fois par mois. Elle a déjà calculé si une voiture électrique serait rentable pour elle, et la réponse n’est pas aussi évidente qu’on pourrait le croire.
Le shopping représente en moyenne 70 € par mois, entre vêtements, cosmétiques et petits achats. Camille essaie de raisonner ses achats depuis qu’elle s’est rendu compte que des postes invisibles grignotent bien plus qu’on ne le croit sur un budget mensuel.
Les loisirs et abonnements ponctuels (sorties culturelles, sport, livres) représentent environ 60 € supplémentaires. Au total, ses dépenses variables s’élèvent à 640 € par mois en moyenne.
Ce n’est pourtant pas là que le bât blesse vraiment. La suite de ses comptes réserve quelques surprises.
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Épargne et bilan : une marge qui existe, mais plus fragile qu’il n’y paraît
Après les fixes et les variables, Camille dispose théoriquement de 877 € par mois. Mais la réalité est plus nuancée.
Elle rembourse un crédit à la consommation contracté il y a trois ans pour financer une formation complémentaire en gynécologie. Ce crédit lui coûte 180 € par mois et court encore 18 mois. Une ligne qui pèse.
Elle tente de mettre de côté 300 € par mois sur son Livret A, dont le taux a été revu. Elle dispose aujourd’hui d’une réserve de 4 200 € d’épargne de précaution. « C’est loin des trois mois de salaire conseillés, mais je construis doucement. »

Elle a également ouvert un Plan d’Épargne Retraite (PER) sur lequel elle verse 80 € par mois. Un réflexe qu’elle a pris après avoir lu que la retraite réclame une préparation bien plus tôt qu’on ne le pense.
En fin de mois, il lui reste entre 250 et 400 € selon les imprévus. Une marge réelle, mais pas suffisante pour envisager sereinement un achat immobilier dans les deux prochaines années, même si c’est son projet.
« Je gagne bien ma vie par rapport à beaucoup de gens, je ne me plains pas. Mais quand je vois le prix des appartements à Nantes, je me dis que sans aide ou sans apport familial, c’est très compliqué de devenir propriétaire seule », dit-elle avec franchise.
Elle s’est renseignée sur le PTZ et d’autres dispositifs d’aide à l’accession. Elle espère accumuler un apport de 20 000 € d’ici deux ans, ce qui implique de maintenir une discipline d’épargne rigoureuse et de limiter les dépenses imprévues.
Un défi réel quand on sait que le moindre pépin — une panne de voiture, un problème dentaire non remboursé — peut avaler deux mois d’épargne en un seul coup.
Ce que les chiffres révèlent vraiment
Le budget de Camille est, à bien des égards, représentatif d’une certaine France qui travaille beaucoup pour s’en sortir correctement. Elle est loin du seuil de pauvreté, mais elle est aussi très loin du seuil de richesse tel que défini en 2025.
Son salaire de 2 650 € nets se situe au-dessus du salaire médian français, estimé à environ 2 000 € nets par mois selon les données INSEE. Elle fait donc partie de la classe moyenne telle qu’on peut la définir aujourd’hui en France.
Pour comparaison, une infirmière en CHU comme Lucie, à 2 350 € nets, vit une situation assez proche, avec des arbitrages budgétaires similaires. Le glissement entre les deux professions médicales est souvent mal perçu du grand public, alors que les contraintes du quotidien sont très comparables.
Ce qui frappe dans le budget de Camille, c’est la part incompressible du loyer dans une grande ville de l’Ouest. À 870 € pour 48 m², elle consacre 33 % de ses revenus au seul logement. Un ratio tendu, qui laisse peu de place à l’erreur et oblige à des choix constants.
« Je sais que je devrais épargner davantage chaque mois, mais entre le crédit et les fins de mois imprévus, c’est plus facile à dire qu’à faire. » Une phrase que des millions de Français pourraient prononcer mot pour mot.