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Pont de l’Ascension 2026 : votre employeur peut-il vous forcer à poser un RTT le vendredi 15 mai ?

Publié par Mathieu le 07 Mai 2026 à 14:11

Le jeudi 14 mai 2026, c’est l’Ascension. Un jour férié que des millions de salariés rêvent de transformer en week-end de quatre jours. Sauf que le vendredi 15 mai, lui, n’a rien de férié. Et c’est précisément là que les tensions commencent entre salariés et employeurs. RTT imposé, congé refusé, retenue sur salaire… On fait le point sur ce que votre patron a — et surtout n’a pas — le droit de vous demander.

Le jeudi 14 mai : un vrai jour férié, mais pas forcément chômé pour tout le monde

Commençons par la base. L’Ascension fait partie des onze jours fériés listés à l’article L.3133-1 du Code du travail. C’est un fait. Mais « férié » ne veut pas automatiquement dire « chômé ». La nuance est importante, et beaucoup de salariés l’ignorent.

Salarié consultant un calendrier de mai 2026 au bureau

En réalité, seul le 1er Mai est un jour férié obligatoirement chômé pour la quasi-totalité des travailleurs. Pour les dix autres jours fériés — dont l’Ascension — c’est l’employeur ou la convention collective qui décide. Si votre entreprise prévoit que le 14 mai est chômé, vous restez chez vous sans perte de salaire. Sinon, votre employeur peut vous demander de travailler ce jour-là.

Concrètement, dans la majorité des entreprises, l’Ascension est bien chômée. Mais les secteurs comme la restauration, l’hôtellerie, la santé ou le commerce fonctionnent souvent à plein régime. Si c’est votre cas, vérifiez votre convention collective : certaines prévoient une majoration de salaire ou un repos compensateur pour le travail un jour férié. D’autres non. Et la loi, elle, n’impose aucune majoration automatique — sauf pour le 1er Mai.

Reste un point qui fâche régulièrement : le fameux vendredi coincé entre le jeudi férié et le week-end. Un jour ouvrable tout ce qu’il y a de plus normal, mais que personne n’a envie de travailler.

Le vendredi 15 mai n’est PAS férié — et ça change tout

Autant le dire clairement : le vendredi 15 mai 2026 est un jour de travail ordinaire. Aucune loi, aucun décret, aucune disposition du Code du travail ne fait du lendemain de l’Ascension un jour férié ou chômé. Si vous ne vous présentez pas au travail ce jour-là sans avoir posé de congé, vous êtes en absence injustifiée. Point final.

Employé seul au bureau un vendredi de pont de l'Ascension

Votre employeur est donc parfaitement en droit de vous demander de venir travailler le vendredi. Et si vous décidez de ne pas venir sans autorisation, il peut appliquer une retenue sur salaire proportionnelle aux heures non travaillées. Dans les cas les plus extrêmes — absences répétées, par exemple —, cela peut même justifier une sanction disciplinaire. Certains litiges autour des congés finissent devant les tribunaux, et ils ne tournent pas toujours en faveur du salarié.

La mauvaise nouvelle, c’est que cette année encore, le calendrier ne fait aucun cadeau. Mais la question la plus brûlante n’est pas de savoir si le vendredi est travaillé — c’est de savoir si votre patron peut vous obliger à poser un jour de repos pour le « pont ».

RTT imposé pour le pont : votre employeur en a-t-il le droit ?

C’est LA question que des millions de salariés se posent chaque année. Et la réponse est : ça dépend. Pas très satisfaisant, mais le droit du travail n’est jamais simple.

Premier cas de figure : les jours de RTT. La loi permet à l’employeur de fixer une partie des jours de RTT. En général, l’accord d’entreprise ou l’accord de branche prévoit une répartition : une moitié à l’initiative du salarié, l’autre à l’initiative de l’employeur. Si votre entreprise a un tel accord, votre patron peut tout à fait décider que le vendredi 15 mai sera un « jour de RTT employeur ». C’est légal, même si c’est agaçant.

Deuxième cas : les congés payés. Là, les règles sont différentes. L’employeur peut imposer les dates de congés payés, mais il doit respecter un délai de prévenance. L’article L.3141-16 du Code du travail impose que l’ordre des départs en congé soit communiqué à chaque salarié au moins un mois à l’avance. Si votre employeur vous annonce le 10 mai que vous devez poser un CP le 15, c’est trop tard. Vous êtes en droit de refuser.

En revanche, si la fermeture de l’entreprise le vendredi 15 mai a été annoncée dans les délais — par note de service, affichage ou mail — et que le comité social et économique (CSE) a été consulté, l’employeur est dans son droit. Vous devrez poser un jour de congé ou de RTT pour couvrir cette journée. Mais attention : il ne peut pas vous imposer un congé sans solde si vous n’avez plus de jours disponibles.

Reste un scénario que beaucoup redoutent : celui où vous demandez le pont et où on vous dit non.

Votre demande de pont refusée : quels recours ?

Vous avez posé votre vendredi 15 mai en congé et votre manager a refusé. C’est rageant, mais est-ce légal ? Dans la grande majorité des cas, oui. L’employeur dispose d’un pouvoir de direction qui lui permet de refuser une demande de congé, à condition que ce refus soit justifié par des raisons liées au fonctionnement de l’entreprise : effectifs insuffisants, pic d’activité, commandes urgentes…

Discussion tendue entre un manager et un salarié au bureau

Ce qu’il ne peut pas faire, en revanche, c’est refuser votre congé de manière discriminatoire. Si tous vos collègues obtiennent le pont sauf vous, sans motif objectif, vous êtes en droit de demander des explications. La jurisprudence est claire là-dessus : le refus doit reposer sur des critères objectifs et non discriminants. Un refus abusif lié au planning a déjà coûté cher à certains employeurs devant les prud’hommes.

Autre point méconnu : si votre entreprise ferme le vendredi 15 mai mais que vous n’avez plus aucun jour de congé ou de RTT disponible, l’employeur ne peut pas vous imposer une journée sans solde. La Cour de cassation a rappelé à plusieurs reprises que la fermeture de l’entreprise ne peut pas se traduire par une perte de rémunération pour le salarié qui n’a plus de droits à congé. Dans ce cas, l’employeur doit maintenir le salaire ou trouver une autre solution (récupération, etc.).

Cette règle est souvent ignorée, y compris par les services RH. Et ce n’est pas le seul angle mort du droit des congés payés en France.

Les pièges méconnus autour du pont de l’Ascension

Premier piège : la « journée de solidarité ». Depuis 2004, chaque salarié doit travailler une journée supplémentaire non rémunérée par an, au profit de l’autonomie des personnes âgées et handicapées. Historiquement fixée au lundi de Pentecôte, elle peut être positionnée sur n’importe quel jour — y compris le vendredi 15 mai, si un accord d’entreprise le prévoit. Vérifiez : si votre employeur place la journée de solidarité sur ce vendredi, vous travaillez gratuitement ce jour-là. C’est parfaitement légal.

Deuxième piège : croire que le pont est un « droit acquis ». Même si votre entreprise accorde le pont depuis 20 ans, il ne constitue pas un usage d’entreprise automatiquement opposable — sauf s’il remplit trois critères cumulatifs : constance (accordé chaque année), généralité (pour tous les salariés) et fixité (mêmes conditions). Si ces trois critères sont réunis, l’employeur doit dénoncer formellement cet usage avec un préavis raisonnable avant de le supprimer. Il ne peut pas décider du jour au lendemain que le pont n’existe plus.

Troisième piège, et pas des moindres : les jours de fractionnement. Si vous posez un congé le 15 mai et que cela contribue à fractionner vos congés principaux en dehors de la période légale (1er mai – 31 octobre), vous pourriez avoir droit à des jours de congé supplémentaires. Un ou deux jours bonus que des millions de salariés laissent filer chaque année.

Ce qu’il faut retenir avant le 14 mai

Récapitulons. Le jeudi 14 mai est férié, mais pas obligatoirement chômé (sauf si votre convention collective ou votre employeur le prévoit). Le vendredi 15 mai est un jour de travail normal. Votre employeur peut vous imposer un RTT « employeur » ce jour-là si un accord le permet. Il peut aussi fermer l’entreprise, à condition de vous avoir prévenu au moins un mois avant et d’avoir consulté le CSE.

En revanche, il ne peut pas vous imposer un congé payé au dernier moment, ni vous forcer à prendre une journée sans solde si vous n’avez plus de jours. Et si le pont est un usage établi dans votre entreprise, sa suppression doit suivre une procédure précise. D’ailleurs, dans un contexte où certains parlementaires évoquent la suppression des 35 heures ou la remise en cause de la cinquième semaine de congés, connaître ses droits n’a jamais été aussi essentiel.

Dernier conseil : si vous avez un doute, consultez votre convention collective et votre accord d’entreprise. Tout est écrit dedans — même si personne ne les lit jamais. Et cette année, mieux vaut vérifier avant le pont plutôt qu’après.

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