1er Mai : boulangers et fleuristes pourront ouvrir, mais deux métiers crient à l’injustice
Le bras de fer autour de l’ouverture des commerces le 1er Mai vient de connaître un tournant. Sébastien Lecornu a tranché : les boulangeries et les fleuristes artisanaux pourront lever le rideau ce jour-là. Mais alors que les intéressés savourent leur victoire, d’autres professions se sentent abandonnées — et ne comptent pas se taire.
Ce que Lecornu a officiellement annoncé
Après avoir reçu les représentants des boulangers, pâtissiers et fleuristes à Matignon, le Premier ministre a confirmé ce vendredi une mesure attendue depuis des années. Les artisans indépendants de ces trois secteurs sont désormais autorisés à ouvrir leurs portes le 1er Mai prochain, mettant fin à une zone grise juridique qui durait depuis trop longtemps.
Le mot-clé de cette annonce : « artisanaux ». Sébastien Lecornu a insisté sur la distinction entre les artisans indépendants et les structures industrielles. Seuls les premiers sont concernés par cette dérogation. Un boulanger qui pétrit son pain sur place, oui. Une chaîne de boulangerie industrielle, non.
Concrètement, un projet de loi sera présenté en Conseil des ministres pour « cadrer » juridiquement cette possibilité. Le texte renverra à une discussion sociale branche par branche, une demande que les professionnels formulaient depuis des années sans obtenir de réponse claire. Mais le calendrier législatif pose un problème évident : le 1er Mai arrive bien avant que la loi ne soit votée.
Le tour de passe-passe juridique pour le 1er Mai 2025
Les délais sont si serrés que le cadre législatif définitif ne pourra pas s’appliquer avant l’an prochain. Pour éviter que les artisans se retrouvent face à des agents de contrôle le jour J, Lecornu a pris une décision pragmatique : des « instructions » seront transmises aux services de l’État afin de « sécuriser » l’ouverture. En clair, les préfectures et les inspections du travail ont reçu la consigne de ne pas verbaliser les boulangers et fleuristes artisanaux qui ouvriront le 1er Mai.
C’est une solution temporaire, un filet de sécurité administratif en attendant que la loi soit gravée dans le marbre. Pas un blanc-seing définitif, mais un signal suffisamment fort pour que les artisans puissent ouvrir sans craindre une amende ou un contentieux prud’homal.
Reste la question des salariés — et c’est là que les conditions sont strictes.
Volontariat écrit et salaire doublé : les règles pour les employés
Matignon a été très clair dans son communiqué : aucun salarié ne pourra être contraint de travailler le 1er Mai. Ceux qui accepteront devront donner leur accord par écrit à leur employeur, et seront rémunérés au double de leur salaire habituel, conformément au Code du travail.

Le Premier ministre a également rappelé que, au-delà de ces « situations particulières », le 1er Mai demeure un jour férié et chômé. Il n’existe « pas de dérogation de droit à cette règle ». Autrement dit, la mesure ne constitue pas un précédent pour une ouverture généralisée des commerces ce jour-là.
Les représentants des boulangers et des fleuristes ont quitté Matignon satisfaits. Mais dans le même temps, à quelques rues de là, d’autres artisans préparaient un tout autre communiqué.
Bouchers et poissonniers : « Un manque de courage »
La Confédération Française de la Boucherie, Boucherie-Charcuterie, Traiteurs (CFBCT) et l’Organisation Professionnelle des Entreprises du Froid (OPEF) représentant les poissonniers n’ont pas mâché leurs mots. Dans un communiqué publié dans la foulée de l’annonce, ils ont exprimé « leur très profond regret et leur incompréhension totale ».
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Pourquoi un boulanger pourrait-il ouvrir et pas un boucher ? Pourquoi un fleuriste et pas un poissonnier ? La logique de la distinction leur échappe, et ils dénoncent un traitement inégal entre des professions artisanales qui partagent les mêmes contraintes. Le mot qui revient : « manque de courage » du gouvernement.
Leur inquiétude est aussi très concrète. De nombreux bouchers et poissonniers ouvrent déjà chaque année le 1er Mai, dans un flou juridique complet. « Les professionnels qui décideront d’ouvrir — comme ils le font chaque année — s’exposent à des interprétations incertaines et locales de l’administration, à des risques de contentieux et à une absence de lisibilité et de sérénité », préviennent-ils.
En somme, la mesure qui rassure boulangers et fleuristes met en lumière, par contraste, la précarité juridique dans laquelle restent plongés les autres métiers de bouche.
Un projet de loi qui pourrait tout changer — branche par branche
Sébastien Lecornu n’a pas totalement fermé la porte aux autres professions. Le futur projet de loi prévoit un mécanisme de négociation « branche par branche ». Chaque secteur pourra discuter et, potentiellement, obtenir l’autorisation d’ouvrir le 1er Mai selon ses propres conditions.

Ce système évite un débat frontal sur la sacralité du 1er Mai — sujet explosif syndicalement — en le découpant en négociations sectorielles plus discrètes. Même Sophie Binet, la secrétaire générale de la CGT, a reconnu publiquement « qu’il est utile d’avoir des boulangeries ouvertes » ce jour-là, ouvrant une brèche syndicale inédite sur ce sujet.
Si les négociations de branche aboutissent pour la boucherie et la poissonnerie, ces professionnels pourraient être intégrés au dispositif dès 2026. Mais en attendant, le 1er Mai 2025 se jouera à deux vitesses : sécurité juridique pour les uns, incertitude persistante pour les autres.
Ce que ça change concrètement pour les Français
Pour les consommateurs, l’impact est simple : vous pourrez acheter votre baguette et votre bouquet de muguet le 1er Mai chez votre artisan de quartier sans que celui-ci risque une amende. En revanche, si vous comptiez sur un rôti ou un plateau de fruits de mer, mieux vaut anticiper vos courses la veille.
Derrière cette annonce se joue un débat plus large sur l’avenir des jours fériés en France. D’un côté, ceux qui estiment que le 1er Mai a une valeur symbolique intouchable. De l’autre, des artisans qui rappellent que ce jour représente l’un de leurs plus gros chiffres d’affaires de l’année — surtout pour les fleuristes, dont le muguet est indissociable de cette date.
Lecornu a visiblement choisi la voie du compromis ciblé plutôt que celle de la réforme globale. Un geste politique calibré qui satisfait les professions les plus visibles, tout en renvoyant les autres à la table des négociations. Les bouchers et poissonniers, eux, attendent une réponse. Et comme ils l’ont fait savoir, ils ne comptent pas attendre en silence.
