1er mai : Lecornu tranche pour les boulangers et fleuristes après le fiasco à l’Assemblée
Le feuilleton aura duré plusieurs jours, semé la pagaille à l’Assemblée nationale et agité tout le monde politique. Ce vendredi 17 avril, Sébastien Lecornu a mis fin au suspense depuis le perron de Matignon : oui, les boulangeries et les fleuristes artisanaux pourront bien ouvrir le 1er mai. Mais les conditions posées par le Premier ministre changent pas mal de choses par rapport à ce qui avait été débattu à l’Assemblée ces derniers jours.

Un projet de loi gouvernemental va être déposé dans les prochains jours pour encadrer tout ça. Retour sur une annonce qui met fin — temporairement — à l’un des débats les plus surréalistes de ce printemps politique.
Pourquoi Lecornu a dû reprendre la main en personne
Pour comprendre l’annonce de ce vendredi, il faut rembobiner de quelques jours. Les députés Renaissance avaient défendu un texte à l’Assemblée nationale pour permettre le travail le 1er mai dans certains commerces. Sauf que la proposition a viré au crash parlementaire. Le texte a été torpillé en séance, entre amendements contradictoires et oppositions de tous bords.
Résultat : un fiasco législatif en bonne et due forme. Le genre de moment où le gouvernement Lecornu se retrouve dans une position délicate, coincé entre les syndicats, les artisans et une Assemblée ingérable. Le Premier ministre a donc décidé de court-circuiter le Parlement — enfin, de « reprendre la main », comme il l’a formulé lui-même.
Ce vendredi matin, une réunion a été organisée à Matignon avec les principaux intéressés. Autour de la table : Dominique Anract, président de la Confédération nationale des boulangers, Pascal Mutel de l’Union nationale des fleuristes, et Farell Legendre de la Fédération française des artisans fleuristes. Les ministres Jean-Pierre Farandou et Serge Papin étaient également présents. Bref, du monde, et une volonté claire de régler l’affaire avant qu’elle ne dégénère davantage.
Mais concrètement, qu’est-ce qui a été décidé pour les salariés concernés ?
Volontariat écrit et salaire doublé : le cadre posé par Matignon

Sébastien Lecornu l’a martelé sur le perron de Matignon à 15 heures : il sera possible de « faire travailler les salariés sur la base du volontariat et en les payant double ». Deux conditions non négociables qui répondent directement aux inquiétudes des syndicats.
Le communiqué officiel du gouvernement précise que seuls les salariés ayant donné leur accord par écrit à leur employeur pourront travailler ce jour-là. Pas question de pression implicite ou de « volontariat » de façade. La rémunération doublée est quant à elle conforme à ce que prévoit déjà la loi pour le travail un jour férié.
Autre point important : le dispositif ne concerne que les artisans indépendants. Les industriels du secteur — les grandes chaînes de boulangerie, par exemple — sont explicitement exclus. Lecornu a insisté sur cette distinction, visiblement conscient que c’était l’un des points de crispation majeurs lors du débat parlementaire raté.
Le projet de loi gouvernemental qui sera présenté « sous peu » reprend cette philosophie. Il indiquera que « dans les conditions définies par accord des partenaires sociaux de branche, les boulangers-pâtissiers artisanaux et les artisans fleuristes pourront occuper des salariés le 1er mai ». Les représentants des deux professions se sont par ailleurs engagés à ouvrir des négociations de branche dans la foulée.
Reste une question : pourquoi les syndicats, habituellement vent debout contre toute atteinte au 1er mai férié, n’ont pas bloqué cette fois ?
La CGT ne s’y oppose pas — et voici pourquoi
C’est peut-être le détail le plus surprenant de toute cette affaire. Dans une interview au Parisien, Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT, a clairement indiqué que son syndicat ne s’opposerait pas au dispositif. La raison ? Il existe déjà un accord de branche dans la boulangerie artisanale, signé par la CGT elle-même, qui prévoit des compensations et des contreparties pour l’ouverture le 1er mai.
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« Les artisans peuvent travailler le 1er mai. Il existe un accord de branche dans la boulangerie artisanale pour ce secteur, signé par la CGT, qui prévoit des compensations, des contreparties à l’ouverture le 1er mai », avait souligné Sophie Binet. En clair : le gouvernement ne fait qu’entériner quelque chose qui fonctionnait déjà dans la pratique pour les boulangers.
Pour les fleuristes, la situation est légèrement différente puisque les négociations de branche doivent encore avoir lieu. Mais le principe reste le même : un cadre négocié entre partenaires sociaux, pas une décision imposée d’en haut. C’est d’ailleurs ce qui distingue fondamentalement l’approche de Lecornu de la proposition qui a échoué à l’Assemblée.
Mais si tout le monde semble d’accord, pourquoi ça a été un tel bazar au Parlement ?
Le vrai problème : ce qui s’est passé à l’Assemblée
Le texte initial porté par les députés Renaissance avait un défaut majeur : il ratissait trop large. Au lieu de se limiter aux artisans boulangers et fleuristes, il ouvrait potentiellement la porte à d’autres secteurs. De quoi braquer instantanément la gauche et les syndicats, qui y voyaient le début d’un détricotage du caractère férié du 1er mai.
Les amendements se sont empilés, les débats ont déraillé, et le texte a fini par s’écraser. Un cafouillage parlementaire de plus dans une Assemblée déjà habituée aux séances houleuses. Sébastien Lecornu, en reprenant le dossier via un projet de loi gouvernemental, choisit une voie plus rapide et plus maîtrisée.
Le Premier ministre joue ici un coup politique assez habile. En limitant strictement le périmètre aux artisans, en imposant le volontariat écrit et le paiement double, il coupe l’herbe sous le pied de ceux qui l’accuseraient de vouloir supprimer le 1er mai. Le message est clair : ce n’est pas une réforme du droit du travail, c’est un ajustement pratique pour deux professions spécifiques.
D’ailleurs, cette distinction entre artisans et industriels n’est pas anodine. Elle répond à une crainte très concrète : que les grandes enseignes de boulangerie industrielle profitent du texte pour ouvrir leurs centaines de points de vente avec des salariés qui n’auraient pas vraiment le choix de refuser. En réservant le dispositif aux artisans indépendants, le gouvernement évite ce piège.
Ce qui va se passer maintenant
Le projet de loi gouvernemental doit être présenté « sous peu », selon les termes de Matignon. Vu que le 1er mai approche à grands pas, on peut s’attendre à une procédure accélérée. Le texte devra tout de même passer devant le Parlement, mais avec un périmètre aussi restreint et l’aval tacite de la CGT, les chances d’un nouveau blocage semblent limitées.
Côté boulangers, les choses devraient rouler assez naturellement. L’accord de branche existant fournit déjà un cadre éprouvé. Pour les fleuristes artisanaux, des négociations de branche vont s’ouvrir « à brève échéance » selon le communiqué gouvernemental. Concrètement, les artisans des deux secteurs qui le souhaitent pourront lever le rideau le 1er mai, à condition de respecter les deux règles d’or : accord écrit du salarié et rémunération doublée.
Reste à voir si cette solution satisfera tout le monde sur la durée. Certains élus auraient préféré un texte plus ambitieux, ouvrant le travail le 1er mai à d’autres professions. D’autres, à gauche, continueront de surveiller de près toute tentative d’élargissement. Mais pour l’instant, le dossier semble clos — du moins jusqu’au prochain bras de fer entre Matignon et l’Assemblée nationale.
Une chose est sûre : le 1er mai prochain, si vous passez devant votre boulangerie de quartier et qu’elle est ouverte, vous saurez que derrière cette baguette toute chaude, il y a eu une sacrée bataille politique.