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Adieu le Livret A pour vos enfants : la stratégie à 20 000 € que les conseillers patrimoniaux recommandent désormais

Publié par Mathieu le 30 Avr 2026 à 22:30

Depuis des décennies, le réflexe des parents français est le même : direction la banque pour ouvrir un Livret A au nom du petit dernier. Mais avec un taux tombé à 1,5 % depuis février 2026, des conseillers en gestion de patrimoine proposent une tout autre approche. Emprunter 20 000 euros pour acheter des parts de SCPI et constituer, en 20 ans, un capital bien plus conséquent qu’un livret d’épargne classique. Une stratégie qui commence à séduire les familles prévoyantes.

Pourquoi le Livret A ne suffit plus sur 20 ans

Couple de parents consultant un conseiller en patrimoine

Le Livret A reste le placement préféré des Français, et pour cause : il est sûr, liquide, disponible à tout moment. Mais ces qualités deviennent des limites quand l’horizon dépasse dix ans. Avec son taux fixé à 1,5 %, le plus bas depuis quatre ans, il protège l’épargne de précaution sans réellement la faire fructifier.

Parent inquiet consultant un Livret A pour son enfant

Concrètement, un parent qui place 100 euros par mois sur un Livret A pendant 20 ans obtient environ 28 000 euros à l’arrivée, hors évolution future du taux. Ce n’est pas négligeable, mais rapporté à l’inflation et au coût de la vie dans deux décennies, la somme risque de peser bien moins lourd qu’espéré. Le plafond du Livret A, fixé à 22 950 euros, constitue une autre contrainte : une fois atteint, impossible d’y verser davantage.

« Le Livret A répond à un besoin de sécurité immédiate, pas à un objectif de constitution de capital important », explique Florian Dussoulier, conseiller en gestion de patrimoine indépendant et fondateur de Portée. Pour lui, quand un parent se projette sur 18 à 20 ans, la réflexion doit basculer vers la transmission patrimoniale. Et c’est précisément là qu’un outil financier méconnu du grand public entre en jeu.

Le principe : emprunter pour investir dans la pierre-papier

La stratégie repose sur un mécanisme simple mais contre-intuitif : plutôt que d’épargner petit à petit, le parent contracte un crédit d’environ 20 000 euros sur 20 ans pour acheter immédiatement des parts de SCPI. Les SCPI, ou Sociétés Civiles de Placement Immobilier, investissent dans des bureaux, des commerces, des cliniques ou des entrepôts logistiques. L’épargnant détient une fraction de ces biens et perçoit des revenus réguliers, sans avoir à gérer quoi que ce soit.

Parts de SCPI symbolisées par un immeuble et des pièces

L’effet de levier du crédit est la clé de voûte du dispositif. Au lieu de cumuler lentement 100 euros par mois, le parent mobilise d’entrée 20 000 euros de capital productif. La mensualité du prêt, située entre 90 et 130 euros selon les conditions, reste comparable à ce qu’il aurait versé sur un livret. Mais la mécanique financière est radicalement différente.

Selon l’ASPIM (Association française des Sociétés de Placement Immobilier), les SCPI ont affiché un taux de distribution moyen de 4,91 % en 2025. Un rendement nettement supérieur au Livret A, même si la performance globale moyenne a été ramenée à 1,46 % en raison de la baisse du prix de certaines parts. Ce point mérite d’être compris : le rendement locatif reste élevé, mais la valeur des parts peut fluctuer à la baisse. Et c’est justement cette nuance qui fait que les alternatives au Livret A demandent un minimum de compréhension.

Les chiffres qui font réfléchir les parents

Mettons les deux scénarios côte à côte. D’un côté, le Livret A à 1,5 % avec 100 euros mensuels pendant 20 ans : environ 28 000 euros au terme. De l’autre, un crédit de 20 000 euros investi en SCPI avec une mensualité comparable.

Avec un taux de distribution de 4,91 %, ces 20 000 euros de parts peuvent générer près de 20 000 euros de revenus bruts cumulés sur la période. À l’arrivée, le parent conserve les parts elles-mêmes — toujours valorisées autour de 20 000 euros si le marché tient — en plus des revenus distribués. Le Livret A, lui, ne produit qu’une épargne accumulée progressivement.

« Avec un TRI net, même avec des taux d’intérêt défavorables, on obtient un rendement net de l’ordre de 4 %, ce qui reste plus intéressant qu’un compte d’épargne », souligne Florian Dussoulier. Pour un parent qui se demande combien laisser sur un livret, ce comparatif change la perspective. Mais l’avantage le plus inattendu de cette stratégie n’est pas financier : il est successoral.

L’argument que personne ne mentionne : la protection en cas de décès

C’est peut-être le point le plus méconnu de cette approche. En contractant un crédit immobilier, le parent souscrit obligatoirement une assurance emprunteur. Si le pire survient — un décès prématuré — cette assurance solde intégralement le prêt. Les parts de SCPI restent alors dans le patrimoine familial, sans aucune dette résiduelle.

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« Le crédit est annulé et l’enfant récupère les parts, qui lui appartiennent de toute façon », résume le conseiller. Avec un Livret A, en cas de décès du parent, l’enfant récupère uniquement ce qui a été versé jusque-là. Si le décès intervient après cinq ans, ce sont peut-être 6 000 ou 7 000 euros. Avec la SCPI à crédit, l’enfant hérite immédiatement de 20 000 euros de parts, nettes de toute dette. La différence est colossale.

Cette dimension successorale intéresse particulièrement les parents qui s’interrogent sur la transmission de leur patrimoine. Et pour les familles avec plusieurs enfants, la stratégie peut se démultiplier.

Diversifier pour ne pas tout miser sur une seule carte

L’erreur classique, selon Florian Dussoulier, serait de concentrer la totalité des 20 000 euros sur une seule SCPI. Comme pour un portefeuille d’actions, la logique patrimoniale impose de répartir l’investissement entre plusieurs supports : une SCPI de bureaux, une autre spécialisée dans la santé, une troisième dans la logistique. Cette diversification sectorielle limite le risque en cas de retournement d’un marché spécifique.

Pour un parent avec plusieurs enfants, certains conseillers recommandent de constituer des poches distinctes plutôt qu’un seul investissement global. Chaque enfant dispose ainsi de son propre lot de parts, ce qui simplifie considérablement la transmission le moment venu. Il existe aussi un cadre juridique précis pour les placements au nom des enfants, qu’il convient de maîtriser avant de se lancer.

Les SCPI ne sont d’ailleurs pas exemptes de risques. Le risque de liquidité existe : revendre rapidement des parts n’est pas toujours possible, contrairement à un retrait sur Livret A. La valeur des parts peut aussi baisser, comme l’ont montré les ajustements de 2024-2025 sur certaines SCPI de bureaux. « Il existe un risque de perte en valeur des parts, mais l’objectif est justement d’éviter la revente », rappelle Dussoulier. L’horizon long — 15 à 20 ans — est précisément ce qui permet d’absorber ces fluctuations.

SCPI, assurance-vie, Livret A : comment articuler le tout

Le conseiller insiste sur un point : la SCPI à crédit n’est pas censée remplacer tous les autres placements. L’assurance-vie reste, à long terme, la solution la plus souple pour la transmission, notamment grâce à sa fiscalité avantageuse après huit ans et son cadre successoral dérogatoire. La SCPI intervient comme un complément patrimonial, un étage supplémentaire dans une stratégie globale.

Le Livret A conserve aussi sa place, mais pour un usage différent : constituer une épargne de précaution disponible immédiatement, un matelas de sécurité. Certains experts recommandent d’ailleurs de optimiser les versements pour maximiser les intérêts, même sur un produit aussi simple. Pour ceux qui cherchent des placements à rendement supérieur, les options existent — mais chacune implique un arbitrage entre rendement et risque.

L’accompagnement par un professionnel devient essentiel dès qu’on touche au crédit immobilier. Taux d’emprunt, fiscalité des revenus fonciers, qualité intrinsèque des SCPI sélectionnées, assurance emprunteur : chaque paramètre influe sur le résultat final. Une mauvaise lecture peut transformer un montage rentable en opération neutre, voire légèrement perdante. Les parents qui ont été victimes de placements douteux le savent : la promesse de rendement ne vaut rien sans l’analyse rigoureuse du support.

Le vrai sujet, au fond, n’est pas de choisir entre le Livret A et la SCPI. C’est de décider si l’on veut simplement mettre de l’argent de côté pour ses enfants… ou leur transmettre un actif qui continuera à produire des revenus bien après qu’on aura cessé de cotiser. Deux philosophies, deux résultats radicalement différents sur 20 ans.

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