Chauffage : dépasser cette température pourrait vous rendre malade tout l’hiver
Quand le froid s’installe, beaucoup d’entre nous font la même chose : on ferme tout, on augmente le chauffage, et on se promet de ne plus sortir du cocon. Le problème, c’est que ce cocon finit parfois par ressembler à une petite serre. Et, malgré la sensation de confort, les rhumes s’enchaînent, la gorge gratte, la fatigue s’accroche.
Derrière cette impression paradoxale, il y a des mécanismes très concrets. Air trop sec, muqueuses fragilisées, écarts de température brutaux, sommeil moins réparateur… La température intérieure n’est pas qu’une affaire de bien-être, elle influence aussi nos défenses.
Pourquoi une maison surchauffée ne vous protège pas (et peut vous exposer davantage)
Chauffer fort donne l’impression de “tuer” les microbes. En réalité, ce n’est pas la pièce qui vous immunise, c’est votre organisme. Or, en hiver, les virus respiratoires circulent surtout parce qu’on vit davantage en intérieur, fenêtres fermées, dans un air qui stagne et se renouvelle moins.
Plus on chauffe, plus l’air a tendance à s’assécher. Cette combinaison — chaleur + air sec — n’aide pas vos voies respiratoires. Elle peut même favoriser un terrain propice à l’irritation et aux micro-lésions qui facilitent l’installation d’un virus.
Le réflexe “je monte à 23°C pour être tranquille” ressemble alors à un raccourci. Il apaise sur le moment, mais il dégrade parfois les conditions qui permettent au corps de filtrer ce qu’il inhale, d’autant que le thermostat n’est pas toujours synonyme de santé.
Air sec et muqueuses : le point faible de l’hiver
Le nez et la gorge ne sont pas de simples tuyaux. Les muqueuses et les cils présents dans les voies aériennes constituent une barrière active : ils piègent une partie des particules et évacuent le mucus vers l’extérieur. Quand l’air est trop sec, cette barrière se dessèche et fonctionne moins bien.
Des travaux scientifiques ont montré que la faible humidité peut altérer la clairance mucociliaire et certaines réponses immunitaires innées, avec des infections plus sévères dans des modèles expérimentaux.
En clair : si votre nez est irrité, votre gorge est sèche et que vous vous réveillez avec les muqueuses “cartonnées”, ce n’est pas un détail. Ce sont souvent les premiers signaux d’un air intérieur trop chauffé et pas assez humidifié, surtout quand on vit fenêtres closes.
Le bon duo : hygrométrie et température, pas l’un sans l’autre
On parle beaucoup des degrés, mais l’humidité relative compte tout autant. L’ADEME recommande de viser un taux d’humidité entre 40% et 60% et une température entre 18°C et 22°C, en adaptant selon les pièces.
Le ministère de la Santé, dans un guide sur l’air intérieur, évoque la même logique : rester dans cette zone permet de limiter certains indésirables (comme les acariens) tout en évitant un air trop sec, avec une température moyenne du logement autour de 19°C.
Ce point change la lecture du “trop chaud”. Monter à 23–24°C n’apporte pas forcément plus de confort si, en parallèle, l’air devient irritant et lourd. À l’inverse, 19–20°C dans une pièce correctement ventilée et pas trop sèche peut sembler plus agréable qu’un salon surchauffé.
Le choc thermique : l’autre piège de la surchauffe
Passer d’un intérieur à 24°C à un extérieur proche de 0°C, c’est imposer à votre corps une transition brutale. Les vaisseaux sanguins se dilatent à la chaleur, puis se contractent dehors. Ce yo-yo n’est pas dangereux en soi pour tout le monde, mais il fatigue et accentue l’inconfort respiratoire, surtout si vos muqueuses sont déjà fragilisées.
Le résultat se ressent souvent au quotidien. On a chaud dedans, froid dehors, puis chaud dans les transports ou au bureau, avant de remettre une couche de chauffage le soir. Votre organisme passe sa journée à compenser, plutôt qu’à récupérer.
Dans ce contexte, réduire l’écart entre l’intérieur et l’extérieur devient un vrai levier de prévention. Un logement un peu moins chaud, mais mieux réglé et mieux ventilé, limite ces variations extrêmes.
Sommeil : quand la température intérieure fait basculer vos nuits
La nuit, le corps a besoin de faire baisser légèrement sa température interne pour favoriser l’endormissement et les phases profondes. Une chambre trop chaude peut fragmenter le sommeil : micro-réveils, sensation d’étouffement, transpiration, bouche sèche au réveil.
L’Institut national du sommeil et de la vigilance (INSV) rappelle l’importance de l’environnement de la chambre, dont la température fait partie.
Sur le terrain, c’est souvent là que tout se joue. Une chambre plus fraîche, couplée à une bonne couette, améliore la récupération. Et mieux vous dormez, plus votre organisme tient le choc face aux infections saisonnières.
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Température intérieure : la limite à ne pas dépasser (et ce que dit la règle en France)
En France, il existe une référence réglementaire souvent méconnue : dans un logement chauffé, la moyenne des températures des pièces est limitée à 19°C. Service-Public précise aussi qu’un chauffage est considéré insuffisant s’il ne permet pas d’atteindre 18°C au centre de chaque pièce (selon les cas), et détaille ce cadre.
Concrètement, cette règle ne veut pas dire “19°C partout, tout le temps”. Elle rappelle surtout qu’au-delà, on est souvent dans l’excès… y compris pour le confort réel. Beaucoup de foyers vivent pourtant à 21–23°C par habitude, sans forcément réaliser que ce réglage peut accentuer l’air sec et les inconforts respiratoires.
Si vous cherchez un repère simple, retenez ceci : dans les pièces de vie, rester autour de 19–20°C est une base solide. Et dès que vous dépassez régulièrement 21–22°C, la question n’est plus “est-ce agréable ?”, mais “est-ce utile ?”.
Adapter pièce par pièce, sans transformer la maison en igloo
Le bon réglage dépend des usages. Une salle de bain peut monter plus haut pendant la douche, parce que l’objectif est ponctuel. À l’inverse, un couloir ou une chambre n’a pas besoin d’être chauffé comme un salon.
L’ADEME propose une logique claire : viser 18°C dans une chambre et jusqu’à 22°C dans une salle de bain, tout en gardant l’humidité dans la zone 40–60%.
Cette approche a un autre avantage : elle évite de “cuire” l’air partout. Vous gagnez en confort respiratoire, vous dormez mieux, et vous réduisez les grands écarts de température quand vous bougez d’une pièce à l’autre.
Aérer : le geste simple qui change l’ambiance (même en plein hiver)
Le chauffage donne chaud, mais il ne rend pas l’air “propre”. Sans renouvellement, l’air intérieur se charge en humidité de cuisine, en composés irritants, en CO₂, et en particules. Ouvrir les fenêtres quelques minutes suffit souvent à retrouver une sensation plus saine, sans refroidir durablement les murs.
L’idée n’est pas de laisser les fenêtres ouvertes une heure. Mieux vaut aérer court, mais régulièrement, et surtout éviter de confondre “air chaud” et “air respirable”.
Sur ce point, on retrouve la même logique que pour la température : un logement légèrement plus frais, mais mieux ventilé, est souvent plus confortable qu’un intérieur étouffant.
Que retenir ?
Chauffer plus n’est pas toujours chauffer mieux. En hiver, la température intérieure influence l’air que vous respirez, l’état de vos muqueuses, la qualité de votre sommeil et la manière dont votre corps encaisse les transitions entre dedans et dehors.
Le repère le plus fiable reste simple : dans les pièces de vie, essayez de ne pas dépasser 19–20°C, et gardez un œil sur l’humidité pour rester dans la zone 40–60%. En quelques jours, beaucoup remarquent déjà un air moins irritant et des nuits plus stables.
Si vous voulez tester sans vous brusquer, commencez par baisser d’un degré ce soir. Le confort ne disparaît pas forcément, mais votre corps, lui, peut y gagner.
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