15 000 commandes en 34 minutes : cette berline électrique affole les compteurs
En Chine, il a suffi d’une demi-heure pour qu’une berline électrique pulvérise les compteurs de précommandes. Le même jour, un concurrent faisait encore mieux. Deux lancements, des dizaines de milliers de commandes, et un message limpide : le marché chinois du véhicule électrique premium fonctionne à une vitesse que l’Europe peine à imaginer.
Xiaomi : 15 000 commandes en moins de 35 minutes

Le 19 mars 2026, Xiaomi a ouvert les précommandes de sa berline SU7 restylée. Résultat : 15 000 commandes en seulement 34 minutes. Même pour un géant de la tech habitué aux lancements spectaculaires, ce chiffre donne le vertige.
La SU7 n’est pourtant pas une nouveauté. Elle était déjà la berline électrique la plus vendue en Chine dans la catégorie au-dessus de 200 000 yuans. En 2025, elle s’est classée cinquième des voitures électriques les plus vendues du pays avec 258 164 unités écoulées.
Pour mettre ce chiffre en perspective : la Tesla Model 3, sa rivale directe, s’est arrêtée à environ 200 000 ventes sur la même période. La SU7 l’a donc devancée de plus de 58 000 unités. Un écart significatif.
Un tarif qui reste inférieur à celui de Tesla

La nouvelle version de la SU7 démarre à 229 900 yuans, soit environ 31 500 euros. La finition Max grimpe à 303 900 yuans (environ 41 700 euros). Par rapport à la génération précédente, la hausse est modeste : 4 000 yuans, soit environ 550 euros.
Malgré cette augmentation, la SU7 conserve un avantage tarifaire face à la Model 3, vendue à partir de 235 500 yuans en Chine. L’écart dépasse 5 000 yuans en faveur de Xiaomi. Pour les consommateurs chinois, c’est un argument qui pèse.
Xiaomi a aussi préparé sa logistique en amont. Un stock initial de véhicules permet des livraisons dans un délai de une à cinq semaines. Cette réactivité impressionne pour un constructeur relativement nouveau dans l’automobile.
Huawei entre dans la danse avec SAIC et la Shangjie Z7
Le même jour que Xiaomi, un autre lancement secouait le marché. SAIC dévoilait ses nouvelles Shangjie Z7 et Z7T, développées en partenariat avec Huawei. Et le résultat a été encore plus spectaculaire.
18 000 précommandes en trois heures. Pas aussi fulgurant que Xiaomi en termes de rythme, mais un volume supérieur. Et une promesse technologique différente, portée par le savoir-faire de Huawei en intelligence artificielle et conduite autonome.
Côté prix, la Z7 berline démarre à 229 800 yuans (environ 31 500 euros). La Z7T, version shooting brake au style plus polyvalent, s’affiche à 239 800 yuans (environ 32 900 euros). Des tarifs calés au centime près face à la Xiaomi SU7 et à la Tesla Model 3.
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Un détail important : en Chine, les prix de lancement définitifs sont souvent inférieurs aux tarifs de précommande. Les prix finaux pourraient donc être encore plus agressifs.
Un capteur LiDAR capable de voir un objet de 14 cm à 122 mètres

Sur le plan technique, les Z7 et Z7T embarquent des batteries CATL et le système de conduite autonome Qiankun ADS 4.1 de Huawei. Mais l’élément le plus impressionnant, c’est leur capteur LiDAR à 896 lignes.
Ce capteur détecte un objet de 14 centimètres à plus de 122 mètres de distance. Même la nuit. Pour donner un ordre d’idée, c’est comme repérer une canette de soda posée sur la route à plus d’un terrain de football de distance, dans le noir complet.
Cette capacité place ces véhicules parmi les mieux équipés du marché en matière d’assistance à la conduite. Le niveau technologique chinois dans ce domaine n’a plus rien à envier aux constructeurs européens ou américains.
Avec 5 036 mm de longueur et un empattement de 3 000 mm, la Shangjie Z7 se positionne dans les mêmes dimensions que la Porsche Taycan. La Z7T shooting brake se rapproche de la Taycan Cross Turismo. Sauf que les prix, eux, n’ont rien à voir.
Xiaomi contre Huawei : la guerre des smartphones s’invite dans l’automobile
Voilà peut-être l’élément le plus fascinant de cette journée de lancements simultanés. Les Shangjie Z7 et Z7T seront vendues via le réseau HIMA de Huawei. C’est la première confrontation directe entre Huawei et Xiaomi dans le secteur automobile.
Ces deux géants se livrent une bataille féroce depuis des années sur les smartphones et l’électronique grand public. Ils étendent désormais cette rivalité aux voitures électriques. Et aucun des deux ne compte perdre.
Huawei multiplie d’ailleurs les partenariats dans l’automobile. Les Z7 et Z7T devront aussi composer avec la Luxeed S7, une autre berline premium née de la collaboration entre Huawei et Chery Automotive. Le géant de Shenzhen ne veut pas devenir constructeur. Il veut devenir le fournisseur technologique incontournable de la mobilité électrique.
La stratégie rappelle celle d’un autre acteur que les marques chinoises connaissent bien : fournir la plateforme, les logiciels, l’intelligence. Et laisser les autres assembler les voitures.
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Un marché chinois qui donne le tournis aux Européens

Ces deux lancements ne sont pas des cas isolés. Ils s’inscrivent dans un contexte plus large. En 2025, la Chine a écoulé 7,87 millions de véhicules électriques. C’est une progression de 24,4 % par rapport à l’année précédente.
Pour mettre ce chiffre en perspective : c’est plus que l’ensemble des ventes de voitures (toutes motorisations confondues) dans la plupart des pays européens. Le géant asiatique domine le segment électrique mondial, et l’écart ne cesse de se creuser.
Pendant que l’Europe débat de nouvelles taxes sur les véhicules électriques et que certains constructeurs historiques hésitent sur leur stratégie, la Chine avance à pleine vitesse. Les constructeurs y multiplient les lancements de modèles premium, toujours plus performants, toujours plus accessibles.
La question de la dépendance européenne aux batteries chinoises se pose avec encore plus d’acuité. CATL, qui fournit les batteries des Shangjie Z7, est aussi le principal fournisseur de Tesla, BMW et Mercedes.
Ces chiffres de précommandes reflètent-ils les ventes réelles ?
Il faut garder la tête froide. En Chine, les précommandes nécessitent souvent un simple acompte remboursable. Une partie de ces commandes ne se transformera pas en livraison. Mais même en tenant compte de ce filtre, les volumes restent impressionnants.
La vraie question est désormais celle de la capacité de production. Xiaomi a prouvé qu’il savait livrer en construisant un réseau logistique solide dès son premier modèle. SAIC et Huawei devront faire leurs preuves sur ce terrain.
L’année 2026 s’annonce décisive pour le classement des berlines électriques en Chine. La SU7 restylée, la Shangjie Z7, la Luxeed S7 et la Tesla Model 3 vont se livrer une bataille acharnée. Le consommateur chinois, lui, a l’embarras du choix.
Ce qui se joue en Chine aujourd’hui façonne le marché mondial de demain. Des voitures premium à 31 500 euros, bourrées de technologie, livrées en quelques semaines. Un modèle qui fait rêver — et qui devrait inquiéter — de l’autre côté de la planète. Pendant que certains constructeurs abandonnent des modèles électriques, d’autres en vendent 15 000 en une demi-heure.