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« J’ai honte » : cité 2 000 fois dans les dossiers Epstein, un recruteur de mannequins basé à Paris sort du silence

Publié par Cassandre le 08 Mai 2026 à 12:44
« J'ai honte » : cité 2 000 fois dans les dossiers Epstein, un recruteur de mannequins basé à Paris sort du silence

Son nom revient plus de 2 000 fois dans les documents judiciaires liés à Jeffrey Epstein. Pourtant, Daniel Siad affirme n’avoir « rien à se reprocher ». Ce recruteur de mannequins installé à Paris, accusé par cinq femmes de viol et de traite d’êtres humains, a choisi de briser le silence au micro de RTL. Et ce qu’il raconte oscille entre défense méthodique et aveu glaçant : « J’ai honte d’avoir été abusé par cet homme. »

Un carnet d’adresses au cœur du système

Daniel Siad est Suédois d’origine kabyle. Depuis Paris, il a exercé pendant des années comme « scout » — un de ces chasseurs de visages qui repèrent de jeunes femmes pour les présenter aux agences de mannequinat du monde entier. Un métier de réseau, de contacts, de confiance. Et c’est précisément ce réseau qui l’a conduit jusqu’à Jeffrey Epstein.

Dossiers d'agence de mannequins posés sur une table parisienne

Au début des années 2000, Siad explique avoir rencontré le milliardaire américain par l’intermédiaire de Jed Hunter, alors patron de la célèbre agence Ford Models. Epstein lui aurait été présenté sous un jour respectable : « directeur de casting pour Victoria’s Secret ». À l’époque, le financier utilisait effectivement sa proximité avec Les Wexner, propriétaire de la marque de lingerie, pour approcher les milieux du mannequinat. Une couverture parfaite.

Pendant une quinzaine d’années, Siad affirme avoir présenté « une dizaine ou quinzaine » de mannequins à Epstein. Des chiffres qu’il avance lui-même, sans qu’on puisse les recouper pour l’instant. Mais un détail frappe : son nom apparaît plus de 2 000 fois dans les dossiers judiciaires du prédateur. Pour quelqu’un qui se dit simple intermédiaire professionnel, c’est une fréquence difficile à expliquer par de simples échanges de book photos.

« Je ne suis pas ce Daniel » : la stratégie de défense

Interrogé sur RTL ce jeudi 7 mai, Daniel Siad a déroulé une ligne de défense claire : oui, il connaissait Epstein. Oui, il lui a présenté des jeunes femmes. Mais non, il ne savait rien des agissements du milliardaire. « Ma relation avec ce monsieur a été strictement professionnelle », martèle-t-il. Il insiste : jamais il n’est allé en boîte de nuit avec Epstein. Jamais il ne s’est rendu chez lui aux États-Unis. Il dit ne même pas avoir connu son adresse.

Écran d'ordinateur affichant des emails judiciaires dans l'affaire Epstein

Sauf que les enquêteurs disposent de mails attribués à Siad, envoyés directement au pédophile. Le contenu est cru. L’un d’eux contiendrait la phrase : « On va essayer de te trouver une nouvelle chatte. » Face au journaliste, le recruteur nie catégoriquement en être l’auteur. « Ce n’est pas moi. Je ne suis pas ce Daniel. Je ne suis pas ce genre de personnage. Je n’ai jamais utilisé de ma vie un langage pareil. » Une dénégation totale, qui repose sur l’hypothèse d’une usurpation d’identité — sans qu’il apporte, à ce stade, d’élément pour l’étayer.

Ce type de défense n’est pas sans rappeler d’autres personnalités publiques confrontées aux documents déclassifiés de l’affaire. Mais rares sont ceux qui ont été cités aussi massivement dans les fichiers judiciaires. Et aucun n’est, à ce jour, visé par autant de plaintes directes.

Cinq femmes, cinq plaintes

Car derrière les mails et les dossiers, il y a des femmes. Cinq exactement. Cinq plaignantes qui accusent Daniel Siad de viol et/ou de traite d’êtres humains. Des accusations d’une gravité extrême, qui font de lui bien plus qu’un simple nom dans un carnet d’adresses.

Face à ces plaintes, le recruteur adopte un ton qui oscille entre reconnaissance partielle et mise à distance. À propos de l’une des plaignantes, il lâche : « Je reconnais cette fille, mais je ne connais pas sa vie privée. » Puis, plus fermement : « Je n’ai jamais violé quelqu’un. Je suis un père, un grand-père. Je vois aucune raison de me rabaisser à ce niveau. »

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Il se dit prêt à affronter la justice, à « confronter les victimes ». Rappelle qu’il n’a jamais été incarcéré. Affirme être « serein ». Mais cette sérénité affichée contraste violemment avec le poids des accusations — et avec le parcours de ceux qui gravitaient autour d’Epstein. On sait que des victimes françaises ont témoigné de leur calvaire à Paris même. Le réseau du milliardaire ne s’arrêtait pas aux frontières américaines.

Jean-Luc Brunel, le fantôme qui plane sur l’affaire

Il y a un nom que Daniel Siad prononce spontanément : celui de Jean-Luc Brunel. L’ancien patron d’agence de mannequins français, retrouvé mort dans sa cellule en février 2022, était considéré comme l’un des principaux rabatteurs d’Epstein en Europe. Siad les qualifie tous deux de « monstres ».

« Cette crapule utilisait des agences de mannequins pour recruter des femmes », lâche-t-il à propos d’Epstein. Une phrase lourde de sens, car elle décrit précisément le mécanisme dont lui-même est accusé d’avoir fait partie. La différence, selon lui ? Il ne savait pas. Il n’a rien vu. Il a été « abusé par cet homme qu’il voyait comme un saint ».

La référence à Brunel n’est pas anodine. Leur milieu était le même : celui des agences parisiennes qui alimentaient le marché mondial du mannequinat. Un écosystème où les rapports de pouvoir entre recruteurs et jeunes femmes vulnérables étaient, de l’aveu même des professionnels du secteur, structurellement déséquilibrés. La mort d’Epstein en prison puis celle de Brunel ont laissé un vide judiciaire immense. Siad, lui, est vivant. Et les plaignantes comptent bien obtenir des réponses.

Le volet français de l’affaire Epstein prend de l’ampleur

Entrée d'un palais de justice français un matin gris

Cette prise de parole de Daniel Siad intervient dans un contexte où le volet français de l’affaire Epstein n’a jamais été aussi actif. Depuis la publication des dossiers déclassifiés aux États-Unis, plusieurs personnalités françaises ont été mises en cause ou interpellées sur leurs liens avec le milliardaire. Jack Lang a dû s’expliquer publiquement sur sa proximité avec Epstein. Un second politique français a été cité dans les dossiers. Flora Coquerel, ancienne Miss France, a vu son nom apparaître dans un mail daté de 2015.

La justice française enquête, mais avance lentement. Les victimes, elles, s’impatientent. D’autant que certaines n’ont pas survécu à l’attente. Chaque nouvelle révélation relance la pression sur les magistrats — et sur les témoins potentiels.

Daniel Siad se présente comme une victime collatérale d’un système qu’il n’aurait pas compris. Mais avec 2 000 mentions dans les dossiers, cinq plaintes pour viol et des mails compromettants, la justice devra trancher entre la version du « professionnel abusé » et celle de l’intermédiaire actif d’un réseau de prédation internationale. Emmanuel Macron lui-même a appelé la justice à agir dans ce dossier. Reste à savoir si les mots du président se traduiront en actes suffisamment rapides pour que toutes les victimes obtiennent, enfin, des comptes.

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1 commentaire

  • J
    Jonas
    10/05/2026 à 12:55
    Pourquoi on a laissé ce monstre Epsteïn sévir pendant des années sans intervenir pour arrêter sa folie . Les USA ont une grande responsabilité dans cette pourriture humaine

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